Le concert classique, le ringard du moment ?

C’est le débat du mois : le concert classique est-il « has been » ?  Le guitariste du groupe Radiohead ne pensait pas initier un questionnement mondial en disant qu’il fallait s’interroger sur le concert de musique classique. Repris sur les réseaux sociaux et sur les blogs à l’image de celui du chef d’orchestre suisse Baldur Brönnimann qui propose 10 pistes pour réformer le concert classique, le débat a stimulé les méninges de musiciens classiques inquiets. Car il est un fait avéré : le concert classique ne va pas bien et les désastreux taux de remplissage de cette rentrée musicale ne cessent de le démontrer ! Même l’opéra, longtemps considéré comme une assurance-vie en termes d’audiences commence à être menacé. Des productions, comme à Nancy, s’en trouvent modifiées (l’opéra prévu pour les fêtes de fin d’année sera proposé en version de concert, faute de réservations suffisantes), et l’Opéra de Paris brade les meilleures places de Tosca à -50%  par des campagnes publicitaires par SMS, au risque de frustrer ceux qui ont payé leurs places près de 200€, et d’inciter tout le monde à attendre l’aubaine avant de faire une réservation à plein tarif.

Ce désamour entre le public et le concert classique n’est au fond qu’une suite logique : le concert étant tiraillé entre des auditeurs plus exigeants et une forme de spectacle fossilisée vivante, modulée sur le même thème au-delà du raisonnable depuis l’invention même du concert classique en plein XIXe siècle !

Pourtant les pistes existent pour démythifier le concert classique  et surtout en refaire un vrai spectacle, loin du cérémonial figé et soporifique auquel nous assistons encore dans la plupart des cas.  Prenons exemple sur les festivals qui, pour la plupart d’entre eux, et en dépit des difficultés de financement tentent de renouveler l’approche entre des œuvres, des lieux, des programmes et des artistes.

Les  grandes salles de concerts devront faire leur révolution 2.0 en s’imposant comme des lieux connectés, ouverts sur l’extérieur et pas seulement lors des concerts mais en s’affirmant comme des places de découvertes, ouverts du matin au soir, à l’occasion de répétitions publiques, d’activités ou d’ateliers spécifiques et même lors de classes de maître publiques en partenariat avec des conservatoires. L’intégration des nouvelles technologies devra être au cœur de ces actions : prenons exemple sur les pistes initiées aux Etats-Unis où le lance les concerts Insight avec des animations vidéos qui complètent l’expérience auditive.  Le concert devient un spectacle total et unique !

Le principal défi sera de répondre à ces enjeux alors que les fonds publics, les recettes de mécénats ou celles de la billetterie ne cessent de fondre comme neige au soleil.  Il faudra donc faire mieux, développer de nouvelles activités, défricher des terres inconnues avec moins d’argent. Mais confortablement installées dans un cocon financièrement très généreux (au vu de leur part naturelle d’audience), les grandes institutions, à de rares exceptions, n’ont  pas vu le vent venir. Il ne servira à rien de se parer des oripeaux de la vertu pour hurler au scandale quand les tutelles commenceront à se poser des questions sur le ratio subvention/retour sur investissement des sommes injectées ! Les métamorphoses sont inhérentes à l’humanité, les refuser et les craindre, c’est accélérer son risque de disparition. Il n’est pas encore trop tard pour renverser la tendance et gagner la partie, mais il faut retrousser ses manches et se mettre au travail dès maintenant !

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