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Les révélations classiques de l’ADAMI aux Bouffes du Nord

Concerts, La Scène

Paris, Théâtre des Bouffes du Nord, 12-I-2014. Œuvres de : Félix Mendelssohn (1809-1847), Robert Schumann (1810-1856), Erich Wolfgang Korngold (1897-1957), Ambroise Thomas (1811-1896), Maurice Ravel (1875-1937), Eugène Ysaÿe (1858-1931), Christophe Willibald Gluck (1714-1787), Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Gaetano Donizetti (1797-1848), Johannes Brahms (1833-1897), Gioacchino Rossini (1792-1868), Piotr Illich Tchaïkovski (1840-1893), Johann Sebastian Bach (1685-1750), Charles Gounod (1818-1893), Jacques Offenbach (1819-1880), Francis Poulenc (1899-1963), Leonard Bernstein (1918-1990). Avec : Irène Duval, violon ; Guillaume Sigier, piano ; Yan Levionnois, violoncelle ; Olivier Stankiewicz, hautbois ; Eve-Maud Hubeaux, mezzo-soprano ; Mathieu Gardon, baryton ; Armelle Khourdoïan, soprano ; Rémy Mathieu, ténor. Sophie Teulon, accompagnement des chanteurs.

_42A6180A l’aube des 20 ans de ses Révélations classiques l’année prochaine, l’ propose, comme chaque année, quatre instrumentistes et quatre chanteurs très prometteurs.

Les instrumentistes

Nous avons le plaisir d’entendre cette année le hautbois, cet instrument si important dans l’orchestre mais trop peu mis en avant, grâce à . Soliste de l’Orchestre national du Capitole de Toulouse depuis 2011, ce musicien surdoué (il a fait ses débuts de soliste à 16 ans à Monte-Carlo) a une musicalité exceptionnelle, avec une fluidité mélodique et une précision dans chaque phrasé, sans parler de sa très belle sonorité. Il fait preuve de ces qualités dans la première Romance op. 94 de Schumann et des extraits de la Partita en la mineur (pour flûte, transcription) de Bach.

Le violoncelliste , déjà bien connu des mélomanes, donne une prestation tout aussi exceptionnelle : Pezzo Capriccioso de Tchaïkovski avec une virtuosité naturelle, associée à une légèreté aérienne. Dans « Sarabande » de la Suite n° 4 de Bach, il s’exprime avec une gravité profonde.

La violoniste , née en 1992, est à la fois une bonne chambriste (« Scherzo » du Trio n° 1 de Mendelssohn) et une soliste confirmée (2e mouvement de la Sonate de Ravel et le final de la 4e Sonate d’Ysaÿe).

Le pianiste , qui a non seulement accompagné les trois autres instrumentistes mais a également joué en solo (Brahms, Klavierstücke op. 118 n° 1 et 2), se distingue par un dynamisme et un grand lyrisme, dans une interprétation très soignée et colorée.

_42A6685Les chanteurs

La voix du baryton (nomination aux Victoires de la Musique 2014) est très agréable à écouter pour son timbre et pour une émission naturelle. Il chante l’air « Mein Sehnen, mein Währen » de La Ville morte de Korngold avec très grande attention et sensibilité ; dans « O vin, dissipe la tristesse » d’Hamlet (Ambroise Thomas), sa voix devient plus ouverte et claire, en explorant pleinement l’espace de la salle.

Le nom d’ est familier pour les habitués de l’Atelier Lyrique de l’Opéra de Paris et elle a déjà de nombreuses expériences scéniques avec différentes productions. Dans Mozart (« Tiger ! Wetze nur die Klauen » de Zaïde), elle impose l’atmosphère grave, et dans l’air de Tatinia de Mignon (Ambroise Thomas), elle joue intelligemment avec son timbre bien personnel plutôt que de montrer le caractère de colorature qu’elle n’a pas.

Le ténor a un très beau timbre qui s’élance. S’il n’avait pas tout à fait réussi à le mettre en valeur dans « Unis dès la plus tendre enfance » (Iphigénie en Tauride de Gluck), ni dans « Una furtiva lagrima » (Elisir d’Amore de Donizetti) à cause de projection parfois maladroite qui entraine quelques problèmes de justesse, il est parfaitement à l’aise dans « Tonight » (West Side Story de Bernstein, dans l’ensemble final), sa voix est beaucoup plus éclatante.

La plus grande « découverte » de la soirée, c’est Eve-Maud Hubeaux, une mezzo-soprano à un talent surprenant. A son agilité technique à couper le souffle (« Cruda sorte » de L’Italienne à Alger et le duo de Rosina et Figaro du Barbier de Séville) s’ajoute ses jeux d’actrice très convaincants qui va de regards et de gestuels jusqu’aux mouvements du corps ; On sent nettement qu’elle s’éclate sur la scène, dans le chant, tant dans le style « léger » comme Rossini que dans celui plus sérieux (Sapho de Gounod, « O ma lyre immortelle »), bien qu’elle ait commencé un peu bas pour Gounod.

Malgré leur prestation remarquable, il y a un bémol : tous les chanteurs auront encore un grand progrès à faire sur le plan d’articulation et de diction en français – ce qui relève également d’un problème d’enseignement. Le tableau ne sera pas complet si on ne mentionne pas l’incontestable talent de la pianiste qui a accompagné les chanteurs : elle respire avec le chant, avec la musique, en adaptant parfaitement son jeu à chaque style et au caractère personnel de chaque chanteur.

Photo 1, de gauche à doite : , , , , , , , Eve-Maud Hubeaux. Photo 2 : Eve-Maud Hubeaux et au piano. © Florent Drillon

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