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Dernière production de Tahra, label historique d’exception

À emporter, Actus Prod, CD, Musique symphonique

TAHRA STORY – Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Concert en sextuor n°6. Franz Schubert (1797-1828) : Symphonie n°8 en si mineur, D. 759 « Inachevée ». Anton Bruckner (1824-1896) : Allegro moderato de la Symphonie n°7 en mi majeur. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Poco sostenuto – Vivace de la Symphonie n°7 en la majeur, op. 92 ; Andante con moto de la Symphonie n°5 en ut mineur, op. 67. Orchestre Radio-Symphonique de Paris, direction : Hermann Scherchen. Nordwestdeutsche Philharmonie Herford, direction : Hermann Scherchen. Staatskapelle Schwerin, direction : Hermann Abendroth. Orchestre Philharmonique de Berlin, Orchestre Philharmonique de Vienne, direction : Wilhelm Furtwängler. 1 CD Tahra Tah 768. Code barre : 3504129076818. Enregistré entre 1943 et 1960 en France, Allemagne et Autriche. ADD [mono]. Notices bilingues (français, anglais) excellentes (Myriam Scherchen et René Trémine). Durée : 76’22.

 

tahra_storyEt voilà… la magnifique aventure du label français Tahra s’achève avec l’ultime production de ce CD « Tahra Story ». Âmes du label, Myriam Scherchen – la fille du grand chef d’orchestre – et son mari René Trémine entrent ainsi dans l’histoire de l’édition discographique.

En fait ils y étaient déjà entrés depuis la naissance du label en 1992 : avec une constante régularité et la qualité exemplaire de leurs publications totalisant près de 700 CDs et quelques SACDs, ils ont sauvé un patrimoine musical inestimable consacré notamment aux immenses chefs du passé, et cet ultime CD Tahra regroupe tout naturellement trois des plus illustres d’entre eux, (1891-1966), (1883-1956) et (1886-1954).

La morosité économique actuelle, accentuée par le marché du CD en pleine mutation, et surtout, tristement, la disparition inopinée de René Trémine, ont eu raison de ce fleuron discographique. Toutefois, si plus aucun nouveau CD Tahra ne verra le jour, Myriam Scherchen nous précise que son label subsistera d’une façon ou d’une autre – nous supposons par le téléchargement de ce qui existe déjà. Comme elle nous le confie : « ce serait faire insulte à la mémoire de René que de mettre brutalement et totalement fin à Tahra. Même si je n’envisage pas de continuer la production de CDs, je vais faire tout mon possible pour que restent accessibles à la vente les CDs existants (parmi lesquels les premières sorties de Tahra et quelques autres incunables) et surtout pour diffuser le résultat des recherches effectuées pendant nos 23 ans de travail. »

Des trois chefs présentés ici, peut-être les enregistrements bien connus de sont moins nécessaires, car les extraits des Symphonies n°5 en ut mineur op. 67 et n°7 en la majeur op. 92 de Beethoven sont aisément disponibles dans leur contexte intégral chez les labels originaux, et leur présence ici sert tout autant de témoignage qu’à compléter le CD de manière homogène. Par contre les enregistrements consacrés à Hermann Scherchen et sont inestimables, car rares. On retrouvera avec le plus grand plaisir l’indépendance artistique d’Hermann Scherchen avec son interprétation du Concert en sextuor n°6 de Rameau, qui, loin des techniques « baroqueuses » en mars 1954, semble pourtant plus orthodoxe (La Poule) que les adaptations orchestrales (très habiles au demeurant) de Respighi, toute de fraîcheur et pleine de vie. La Symphonie « Inachevée » de Schubert par Scherchen en février 1960 est de celles – comme disent les Anglo-Saxons – à emporter sur une île déserte, tant le chef sait aller tout naturellement au cœur de la partition sans s’embarrasser de faux romantisme. Quel dommage que la reprise du premier mouvement ne soit pas observée !

De Schubert à Bruckner, il n’y a qu’un pas, et c’est celui qu’emprunte royalement le trop peu connu Hermann Abendroth dans ce premier mouvement, Allegro moderato, de la Symphonie n°7 en mi majeur, d’une bande magnétique incomplète de 1951. Et on se rend compte qu’à une époque où le compositeur autrichien était encore loin de connaître la notoriété actuelle, un très grand chef savait imposer le message brucknérien avec une fraîcheur et un naturel confondants que bien peu de chefs actuels sauraient à peine envisager…

Mais peut-être que, finalement, ce sont les précieux textes de la plaquette du CD, rédigés par Myriam Scherchen et René Trémine, et agrémentés de photos touchantes, dont une de René Trémine avec Madame Wilhelm Furtwängler, qui constituent les témoignages les plus émouvants de cette « Tahra Story » où transparaît la passion pour la musique de deux êtres d’exception qui ont offert – et offriront encore ! – aux mélomanes la joie indicible d’un bonheur musical intense.

 

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