Après la râpe à fromage, l’heure des choix et de l’union

La décision de , intendant du Théâtre royal de La Monnaie de Bruxelles, de supprimer la danse de sa programmation belge a été l’un des chocs de la fin de l’année 2014. Face aux restrictions budgétaires, le manager a opté pour une solution radicale : amputer les spectacles  de danse. Les réactions ont été nombreuses et houleuses car la danse était dans l’ADN de la maison bruxelloise, depuis la grande période Maurice Béjart, des années 1960 aux années 1980. Pourtant à y regarder de plus près, cette décision n’est pas dénuée de fondements, elle est même courageuse. Face à la disette budgétaire et la perte de moyens artistiques, a décidé de se concentrer sur les activités musicales, au lieu de passer un coup de râpe, plic-ploc, sur une production à gauche et sur quelques postes de musiciens à droite. On rappellera que la danse à La Monnaie reposait uniquement sur des compagnies invitées et des coproductions.  Car l’équation à laquelle font face les gestionnaires est comment conserver des ambitions dans un climat difficile, réorganiser les moyens et redéfinir des objectifs atteignables.  a eu l’honnêteté de dire qu’avec les moyens qui lui sont accordés, il ne peut plus tout faire et il l’a assumé.

Face au défi posé par des finances publiques qui ne sont plus extensibles, le milieu culturel doit tout poser à plat, discuter sans tabous, sans raidissements intempestifs et sans vociférations contre-productives. Même un nom établi ne peut plus justifier un gros chèque, il faut réfléchir à une optimisation des moyens ou à la recherche de nouveaux revenus. Il faut donc combattre la râpe à fromage et poser les bases d’une stabilité et d’une visibilité à long terme.  Il faut appeler à de véritables assises de la culture qui débouchent sur un socle d’ambitions communes adapté aux défis à relever et aux réalités budgétaires.

Cela fait de nombreuses années que des petites  et moyennes structures, sans moyens financiers considérables mais avec de l’ambition, de la créativité et un véritable souffle d’énergie, souffrent en silence au nom de la « râpe à fromage » qui vise à couper du budget partout, asphyxiant la création, rognant les ambitions, progressivement, insidieusement, et somme toute lâchement. Pour cela, le milieu musical devra éviter la division entre une « musique du tiers état»,  synonyme de disette budgétaire et de galère pour de nombreux professionnels et une « noblesse de la musique» aux cachets XXL, à la recherche d’un prestige louis-philippard et drapée dans une morgue hautaine.

Depuis  les élections du printemps dernier, du nord au sud de l’Hexagone le maillage local est la première victime des coupes unilatérales, qui s’abattent sur le « tiers état » comme sur les « nobles ». Et les élections départementales et régionales de 2015, avec le tsunami populiste qui s’annonce, risquent d’être un nouveau coup de poignard dans le dos de la culture locale.  Sans même parler de la réforme des régions qui dès 2016 mettra les décideurs  politiques locaux face à des « doublons », préludes à de nouveaux coups de râpe.  Pourtant, suite aux terribles évènements de janvier 2015, la culture apparaît plus que jamais comme un vecteur d’émancipation sociale et d’affirmation de valeurs communes.

Pour redéfinir la culture, il faudra avoir le courage de troquer la râpe à fromage du gestionnaire, qui abîme tous ceux sur laquelle elle s’abat, contre un burin qui sculptera la politique de demain. L’exemple belge des contrats-programmes, qui garantissent pour une durée déterminée les subventions des différents échelons de pouvoirs en échanges d’objectifs précis, est à regarder de près. Quand les budgets manquent, il faut lister ce qu’il est possible de faire et avoir le courage de faire des choix. Et ainsi donner à ceux qui ont été choisis des conditions de création et d’exercice décentes. Dans ces moments difficiles, la musique du tiers état, majoritaire et dynamique, au contact avec les publics et à même de développer des projets, peut démontrer toute sa pertinence et constituer une vraie solution d’avenir. L’adoption française du contrat-programme serait le signe d’une maturité qui tournerait enfin la page des gestionnaires besogneux et du personnel politique sans vision ni courage.

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