Le Quatuor Apollon Musagète au Louvre

La Scène, Musique de chambre et récital

Paris, Auditorium du Louvre, 18-III-2015. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Quatuor à cordes en mi mineur op. 59 n° 2 ; Antonín Dvořák (1841-1904) : Quatuor à cordes n° 11 en ut majeur op. 61. Quatuor Apollon Musagète : Pawel Zalejski, violon I ; Bartosz Zachlod, violon II ; Piotr Szumiel, alto ; Piotr Skweres, violoncelle.

AMQ Photo: Marco BorggreveDans Beethoven et Dvořák, le cultive une perfection qui ne comble pas.

Les jeunes polonais du vont à l’essentiel : après un salut d’une sévérité monacale, ils restent debout (sauf le violoncelliste) pour attaquer les deux accords qui ouvrent le Quatuor en mi mineur de Beethoven. Ils semblent d’abord se concentrer presque exclusivement sur la qualité du son, comme s’ils sculptaient une matière qui prend forme, séquence après séquence. En l’occurrence, dans ce premier mouvement, la nuance pianissimo revient sans cesse. Les musiciens l’observent à chaque reprise, avec un effet impressionnant. Refusant par ailleurs tout geste interprétatif marqué, ils paraissent vouloir rendre la partition à nu.

Le Molto adagio est l’une des pages les plus célébrées des quatuors de Beethoven. Les musiciens l’exposent avec une transparence exceptionnelle, et une véritable subtilité d’archet. L’extrême concentration peut tenir lieu du « molto di sentimento » demandé. Dans les deux derniers mouvements, l’humeur de Beethoven s’enflamme de nouveau, soumettant à son orgueil le « thème russe » qu’on lui avait suggéré, et animant le Finale d’une énergie féroce dont il fut seul capable. A ce moment, dans l’interprétation du Quatuor Apollon Musagète, la sveltesse du trait l’emporte sur la violence, cela vole, mais cela ne brûle pas. Les obstacles les plus abrupts sont franchis à grande vitesse, et comme aplanis. Cette combinaison d’un jeu impeccable et d’une expression imperturbable déçoit en fin de compte.

On ne peut pas reprocher à Dvořák ce qui paraît une évidence : qu’après Beethoven, son Quatuor n° 11 semble anodin, avec l’optimisme de son ut majeur et la joliesse « mozartienne » de ses thèmes. Il ne s’agit pas des mêmes enjeux, mais on constate que l’interprétation du Quatuor Apollon Musagète conserve les mêmes caractères essentiels, un tonus et une délicatesse qui ne racontent pas vraiment grand chose. Que ce soit dans le touchant Adagio ou dans les accents folkloriques des deux derniers mouvements – largement atténués par la pudeur des musiciens -, on est séduit sans être profondément convaincu. En bis, une pièce d’Erwin Schulhoff confirme le talent de cette formation.

Crédit photographique : Quatuor Apollon Musagète © Marco Borggreve

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