Éditos

Paris brûle et après ?

 

On savait Radio France et ses orchestres en crise, mais les deux concerts donnés ces dernières semaines par l’Orchestre national dans le hall de la Maison de la Radio et par le Philharmonique dans la grande salle de la Philharmonie vide de tout public ont mis en relief l’incapacité de la direction et de la tutelle à gérer la situation et à donner des perspectives.

Depuis l’arrivée de Mathieu Gallet, le désastre est total. Certes, il n’est pas responsable de l’héritage (calamiteux) qu’il a reçu de ses prédécesseurs Jean-Paul Cluzel et Jean-Luc Hees mais ses erreurs sont trop nombreuses : le National n’a toujours pas de Directeur musical désigné alors que quittera ses fonctions en juin 2016, la direction artistique des deux orchestres est officiellement vacante depuis les départs d’Eric Montalbetti du Philharmonique et de Cristina Rocca du National, et le très bref passage de comme Chargé de mission en septembre dernier n’a fait que renforcer l’impression d’une navigation à vue. Dernier avatar en date, le téléphone sonne dans le vide à la Direction de la musique, le titulaire du poste, nommé par le PDG actuel, n’apparaissant plus dans les couloirs de la Maison Ronde.

Confrontée à une situation budgétaire plus que délicate où la peur de la casse sociale a provoqué une grève illimitée, le seul mot d’ordre actuel de la direction est : les formations musicales coûtent trop cher avec un budget de 60 millions d’euros pour 2 millions d’euros de recettes. Propos relayés par une presse complaisante faisant des formations musicales une cible facile en ces temps de disettes et un triste symbole de la « gabegie » radiophonique.

Une malédiction semble frapper nos décideurs politiques : ils trouvent des budgets colossaux pour de superbes équipements, auditoriums à Radio-France et Philharmonie de Paris, et s’avèrent en même temps incapables de financer les formations musicales destinées à les animer alors que… plusieurs postes viennent d’y être ouverts. Les déclarations, souvent contradictoires, de Mathieu Gallet, distillées dans la presse ne font qu’envenimer le détestable climat actuel et renforcer l’impression d’amateurisme et d’incompétence.

Face à ce constat, plusieurs solutions sont envisagées. La première, la plus aberrante, verrait la fusion des orchestres comme dans le land allemand du Bade-Wurtemberg où les orchestres radio-symphoniques de Stuttgart et de Baden-Baden-Freiburg vont être réunis en dépit des protestations unanimes des esprits musiciens et éclairés. À Paris, l’effectif total de ce nouvel orchestre serait de 260 musiciens… c’est bien plus que le Gewandhaus de Leipzig qui assure les saisons lyriques et symphoniques et les services religieux…On peine dès lors à comprendre l’argumentaire de la Cour des comptes pour cette fusion d’entités aux ADN si différents voire opposés, sans même parler de la problématique liée à l’utilisation d’un effectif instrumental aussi pléthorique à moins de programmer la Symphonie n°8 de Mahler ou les Gurre-Lieder de Schoenberg tous les mois. Cette fusion rimerait dès lors avec de lourdes pertes d’emplois pour faire maigrir le nouvel orchestre jusqu’à une taille usuelle (sans même parler du coût stratosphérique du financement de ces réductions de postes).

Deuxième piste, la plus triste, Mathieu Gallet a évoqué à plusieurs reprises une décentralisation de l’Orchestre national de France au Théâtre des Champs-Elysées, sinistre retour en arrière pour la phalange qui justement reviendrait à son ancienne résidence connue pour son acoustique sèche. La Caisse des Dépôts et Consignations, propriétaire du théâtre, ne veut d’ailleurs pas de cette option qui ne rencontre en rien ses besoins (on imagine d’ailleurs mal le National dans la fosse du TCE entre Mozart et Rossini).

Troisième hypothèse, la plus technocratique, un transfert de l’orchestre à Dijon. Curieuse idée car si la salle est très belle et réputée, la ville de Dijon a déjà du mal à financer son actuel orchestre de chambre. L’installation du National scellerait le sort de l’Orchestre Dijon-Bourgogne.

Dernière piste mise sur la table, de loin la plus intelligente : la décentralisation du National à la Philharmonie de Paris. La Philharmonie accueillerait un nouvel orchestre, qui lui garantirait un financement de l’État, loin des pitoyables querelles d’épiciers avec la Mairie de Paris. Le projet sociétal de la Philharmonie s’en trouverait épaulé par une seconde formation musicale à même d’implémenter les projets éducatifs et culturels vers les départements et communes limitrophes. Enfin, une résidence à la Philharmonie serait un beau cadeau et un bel argument pour le futur Directeur musical, sans oublier la fin définitive de la guerre des orchestres au sein de la Maison ronde.

 
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