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Haendel, héros de l’ombre avec Nathalie Stutzmann

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Metz. Arsenal. 22-V-2015. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : ouverture de Giulio Cesare ; sinfonia extraite de Poro ; air « L’aure che spira » extrait de Giulio Cesare ; sinfonia extraite de Serse ; larghetto du concerto grosso op.6/3 HWV321 ; air « Son qual stanco pellegrino » extrait de Arianna in Creta ; allegro du concerto grosso op.6/3 HWV321 ; sinfonia extraite de Orlando ; air « Pena tiranna » extrait de Amadigi di Gaula ; allegro de la sinfonia HWV338 ; sinfonia extraite de Partenope ; air « Son contenta di morire » extrait de Radamisto ; air « Voi che udile il mio lamento » extrait de Agrippina ; concerto grosso op.3/5 HWV316 ; air « Non so se sia la speme » extrait de Serse ; allegro du concerto grosso op.6/6 ; air « Saro qual vento » extrait de Alessandro. Avec : Nathalie Stutzmann, contralto. Orfeo 55, direction : Nathalie Stutzmann.

Nathalie Stutzmann_cop_Simon Fowler (3)Dans un programme savamment construit, et son ensemble ont une fois de plus enchanté le public messin. Pour une fois mis au premier plan, les « héros de l’ombre » auront illuminé une soirée qui restera mémorable à plus d’un titre.

Les règles de l’opera seria telles que les avaient autrefois pratiquées à Londres prévoyaient immanquablement la présence d’un secondo uomo, personnage dit « secondaire » généralement confié au deuxième castrat de la compagnie, dont la présence sur scène était indispensable pour assurer à l’intrigue le ressort dramatique dont elle avait besoin. Que ce personnage soit l’amoureux délaissé, le rival jaloux ou le cruel prédateur, il était indispensable au conflit à la fois personnel et politique qui était la condition sine qua non de toute intrigue digne de ce nom. Confiés à des interprètes aux moyens vocaux peut-être moins phénoménaux que ceux à qui étaient destinés les rôles de primo uomo, les airs de ces personnages, s’ils pouvaient être moins brillants, faisaient souvent appel à des qualités de raffinement et de musicalité au moins identiques à celles exigées des grandes vedettes plébiscitées par les foules. Sur le plan dramatique, leur statut de pervers ou de « méchant » leur conférait souvent un rôle plus complexe et plus intéressant, dans leur hystérie ou dans leur folle passion, que celui du personnage principal au profil plus facilement unidimensionnel.

Tel était donc le parti de , que de sortir de l’ombre ces figures secondaires pour lesquelles la musique la plus sublime a été composée, et de mettre en valeur des personnages trop souvent relégués au second plan. Le programme de ce concert, qui reprenait celui du dernier enregistrement discographique de la chanteuse et de son ensemble , décline ainsi toute une panoplie d’airs plus extraordinaires les uns que les autres, auxquels la cantatrice française prête sa superbe voix de contralto aux couleurs de cuivre et de bronze. Si Stutzmann aborde sans difficulté les airs les plus véhéments, c’est néanmoins dans la plainte et dans l’élégie qu’elle trouve les accents les plus déchirants. Parmi les premiers, la fureur de Cornelia lui donne l’occasion de se chauffer la voix avec « L’aure che spira » de Giulio Cesare, de même que le « Dover, giustizia, amore » du Polinesso d’Ariodante lui permet, à l’occasion de son premier bis, de faire valoir à nouveau sa science de la vocalise ; avec le « Son contenta di morire » de Radamisto, accompagné à l’orgue, elle dépeint la noble indignation de l’héroïne Zenobia, qui déclare préférer la mort à l’acharnement implacable du destin. Autre sommet dramatique de la soirée, le splendide « Pena tiranna » d’Amadigi di Gaula au cours duquel le personnage de Dardano, avec ce superbe contrepoint confié au hautbois et au basson, chante le désespoir et la solitude de l’amant transi. Les deux plus beaux moments du programme auront évidemment été la plainte d’Alceste dans Arianna in Creta, avec ce superbe solo de violoncelle pour l’air « Son qual stanco pellegrino », sans oublier la sublime lamentation de l’Ottone d’Agrippina, avec l’air « Voi che udile il mio lamento » et son ineffable solo de hautbois. Un ultime moment de pur bonheur vocal aura été le deuxième bis de Nathalie Stutzmann, le « Senti, bell’idol mio » de Silla sobrement accompagné d’un solo de théorbe.

On aura compris que le choix des airs réunis pour cet exquis programme était également l’occasion de mettre en valeur les qualités des différents instrumentistes d’Orfeo 55. On constate en effet, d’année en année, l’incroyable progrès effectué par ce remarquable ensemble, qui nous ravit par autant par le caractère généralement moelleux de ses sonorités que par le côté volontiers mordant et incisif que Nathalie Stutzmann parvient à insuffler au jeu de ses musiciens. C’est maintenant dans un opéra complet, plutôt que dans des successions d’airs, qu’on rêverait d’entendre un ensemble musical aux qualités aussi théâtrales. Espérons que les programmations des années à venir sauront vite nous satisfaire.

Crédit photographique : Nathalie Stutzmann © Simon Fowler

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Metz. Arsenal. 22-V-2015. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : ouverture de Giulio Cesare ; sinfonia extraite de Poro ; air « L’aure che spira » extrait de Giulio Cesare ; sinfonia extraite de Serse ; larghetto du concerto grosso op.6/3 HWV321 ; air « Son qual stanco pellegrino » extrait de Arianna in Creta ; allegro du concerto grosso op.6/3 HWV321 ; sinfonia extraite de Orlando ; air « Pena tiranna » extrait de Amadigi di Gaula ; allegro de la sinfonia HWV338 ; sinfonia extraite de Partenope ; air « Son contenta di morire » extrait de Radamisto ; air « Voi che udile il mio lamento » extrait de Agrippina ; concerto grosso op.3/5 HWV316 ; air « Non so se sia la speme » extrait de Serse ; allegro du concerto grosso op.6/6 ; air « Saro qual vento » extrait de Alessandro. Avec : Nathalie Stutzmann, contralto. Orfeo 55, direction : Nathalie Stutzmann.

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