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Iván Fischer et son Budapest Festival Orchestra jouent Brahms

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Paris. Philharmonie de Paris. 26-V-2015. Johannes Brahms (1833–1897) : Symphonie n°3 en fa majeur op.90 ; Symphonie n°4 en mi mineur Op.98. Orchestre du Festival de Budapest, direction : Iván Fischer.

Fischer-Ivan-Akos-Stiller-Phil-20150526-b-362x241A l’instar d’un récent concert de Christoph Eschenbach et des Wiener Philharmoniker dans une autre salle parisienne, voilà que le Budapest Festival Orchestra et son chef proposaient au public parisien une soirée consacrée à deux symphonies de Brahms. Pour un résultat finalement plus constant et convaincant.

C’est dans une Philharmonie quasiment au complet que les musiciens hongrois attaquèrent les premiers accords de la Symphonie n°3 de Brahms, avec un passionato modéré à l’entrée des cordes qui laissa présager un romantisme de bon ton autant que modérément héroïque. Et c’est exactement ce que nous entendîmes ce soir dans cette symphonie où le chef prit soin de varier judicieusement son tempo entre le début du mouvement et les moments les plus agités, sachant réserver le maximum d’énergie aux moments propices, laissant ainsi le mouvement se développer constamment. Pour autant, si les proportions de tempo et de dynamiques furent respectées, il nous sembla que le chef ne poussa pas ses troupes au delà du moderato, privilégiant la fluidité des phrasés et la continuité du tissu sonore plutôt que la pulsation et le rebond typiquement brahmsien. Privée de toute tentation héroïque, l’ « Allegro con brio » ravit l’oreille sans nous saisir les tripes. En parfaite logique musicale, le finale retrouva le caractère et la vigueur du premier, mais pas plus, alors que les mouvements intermédiaires fonctionnèrent à merveille, avec juste ce qu’il faut de pathos et d’élégance réunis pour sobrement émouvoir.

Notons que l’orchestre utilisa la même disposition avec contrebasses alignées en fond de salle, derrière les vents, comme dans leur salle du Palais des Arts de Budapest, ce qui conféra aux cordes une assise grave très claire même si, en contrepartie, un poil détachée du continuum. Si cela joua peut-être son rôle en réduisant l’impact de l’ensemble violoncelles et contrebasses avant l’entracte, cela fonctionna fort bien dans la Symphonie n° 4, plus abstraite de ton. Commencé tout en douceur, d’un pas paisible, parfaitement Allegro non troppo, le mouvement gagna progressivement en ampleur et tension, sans devenir pour autant follement paroxystique. On put admirer tout au long de cette symphonie l’art avec lequel le chef tient son orchestre ici pour le laisser plus libre là, nous permettant d’apprécier la qualité de ses solistes, en particulier dans la grande passacaille finale, sans doute le sommet de cette soirée, où aucune des variations successives ne nous parut fermée à double tour ou extravagante, telle que nous l’avions entendue sous la baguette de Christoph Eschenbach quelques semaines plus tôt. Cette justesse de ton fit plaisir à entendre, surtout servie avec cette qualité instrumentale.

Qualité que l’on s’apprêtait à retrouver dans le bis normalement attendu. Mais quand on vit les instrumentistes se lever et chambouler leur disposition, femmes et hommes se séparant entre eux ainsi que de leurs instruments, tous debout, on se demanda s’ils n’allaient pas entonner leur hymne national, mais ce fut bien du Brahms a capella qui nous attendait avec « Es geht ein Wehen durch den Wald », extrait des Sept chants op.62, fort joliment interprété par des musiciens qui prouvèrent ainsi qu’ils avaient plus d’une corde à leur arc.

Crédit photographique : Concert du 26 mai 2015 © Akos Stiller

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Paris. Philharmonie de Paris. 26-V-2015. Johannes Brahms (1833–1897) : Symphonie n°3 en fa majeur op.90 ; Symphonie n°4 en mi mineur Op.98. Orchestre du Festival de Budapest, direction : Iván Fischer.

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