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Le New York City Ballet au Lincoln Center : visages du classique

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New York. Lincoln Center.
12-V-2015. « Bournonville Divertissements ». Chorégraphie : Auguste Bournonville. Musique: Advard Helsted et Holger Simon Paulli ; avec Sara Adams et Tayor Stanley (Ballabile), Sara Mearns et Tyler Angle (Pas de deux). « La Sylphide ». Chorégraphie : Auguste Bournonville. Musique : Herman Severin LØvenskjold. Avec Ashley Bouder (la Sylphide), Andrew Veyette (James), Marika Anderson (Madge), Megan LeCrone (Effie), Joseph Gordon (Gurn). Chef d’orchestre : Henrik Vagn Christensen.

13-V-2015. « Goldberg Variations ». Chorégraphie : Jerome Robbins. Musique : Johann Sebastian Bach. Avec Faye Arthurs, Zachary Catazaro (Theme), Lauren Lovette, Emilie Gerrity, Daniel Applebaum, Anthony Huxley, Joseph Gordon, Taylor Stanley (Variations 1), Sterling Hyltin, Maria Kowroski, Tiler Peck, Amar Ramasar, Tyler Angle, Gonzalo Garcia (Variations 2). Piano : Susan Walters. « West Side Story Suite ». Chorégraphie : Jerome Robbins. Musique : Leonard Bernstein. Avec Adrain Sanchig-Waring (Tony), Georgina Pazcoguin (Anita), Mimi Staker (Maria), Andrew Veyette (Riff). Chef d’orchestre : Andrew Sill.

15-V-2015. « Walpurgisnacht Ballet ». Chorégraphie : George Balanchine. Musique : François Gounod. Avec Teresa Reichlen, Adrian Danchig-Waring, Erica Pereira. « Sonatine ». Chorégraphie : George Balanchine. Musique : Maurice Ravel. Avec Ashley Bouder et Gonzalo Garcia. Pianiste : Elaine Chelton. « La Valse ». Chorégraphie : George Balanchine. Musique : Maurice Ravel. Avec Sara Mearns, Jared Angle et Amar Ramasar. « Symphony in C ». Chorégraphie : George Balanchine. Musique : Georges Bizet. Avec Ana Sophia Scheller, Andrew Veyette (Premier Mouvement), Maria Kowroski, Tyler Angle (Deuxième Mouvement), Ashly Isaacs, Joseph Gordon (Troisième Mouvement), Lauren King, Sean Suozzi (Quatrième Mouvement). Chef d’orchestre : Clotile Otranto.

NYCB 1Classique, mais pas académique, le est un des fers de lance de la culture new-yorkaise. Sur le même parvis que celui du Metropolitan Opera House (où se produit l’American Ballet Theatre) se trouve, comme un dialogue artistique, la troupe fondée par et Lincoln Kirstein. Elle est reconnue pour être l’étalon du style balanchinien et de celui de et le programme des soirées est fortement influencé par les deux chorégraphes qui ont renouvelé la chorégraphie au XXème siècle.

Toutefois, une première soirée est entièrement dévouée à Bournonville. S’ouvrant sur Bournonville Divertissements, la pièce est un pot-pourri issu de Napoli, avec un « Ballabile », le « Pas de deux » et le « Pas de Six » bien connus et la « Tarentelle ». On ne peut nier qu’il ne s’agira pas de comparer la troupe avec le Ballet Royal du Danemark, tant les manières sont ici différentes ; les bras sont paradoxalement très sophistiqués, placés trop haut, alors que tout est dit quand on parle des « bras bas » de Bournonville. On voit beaucoup le travail du buste, mais pas assez celui du dos, ce qui n’autorise pas les filles à avoir une belle petite batterie et incline les garçons à être un rien dégingandés, ne sachant comment faire avec une énergie débordante et peu contrôlée. Le contentement survient avec , dont l’entrain, le travail très fin du bas de jambe, les déplacements nombreux suscitent un plaisir irrépressible, notamment dans le « Pas de Deux » ; il y est accompagné par , correctement dansante, mais dont ce n’est pas là le répertoire naturel : trop d’extensions de jambe, pas assez de naïveté. Bournonville est le chorégraphe de la joie, et c’est dans le « Pas de six » que les filles brillent surtout, ainsi que dans la « Tarentelle » finale, où tous les danseurs sont conviés à s’exprimer à leur façon.

La seconde partie de la soirée est le ballet entier de la Sylphide. Bien surprenante est , dont rien ne laisse présager qu’elle puisse s’approprier avec autant de mystère et d’évidence un rôle si connoté. Elle fait réellement partie des rares danseurs qui intéresse quoi qu’elle danse ; rien n’est conventionnel, et pourtant on ne peut être qu’ébahi par des bras aussi jolis, une tenue du buste si ravissante, une telle fraîcheur dans l’interprétation. Elle emporte indéniablement l’adhésion, et quand bien même rien ne semble orthodoxe, l’affect est sollicité par la danseuse sous les traits de l’évanescence incarnée. est fort bien dansant, et il trouve en la figure de (Gurn) un rival bien terrible, à la propreté technique impeccable et au jeu bien mené. En revanche, autres lieux, autres mœurs : Marika Anderson (la sorcière Madge) est très caricaturale, aplatissant les efforts demandés par la pantomime dans une lourdeur emphatique et amincissant le récit au profit des effets visuels. La production est, il faut le dire, ridicule avec une mise en scène quasi-inexistante, et qui, si ce n’est l’intelligence des acteurs, rend l’histoire brouillonne et ne remplit pas l’espace de la scène. On aura quasiment pu assister à une version de concert de ce ballet…

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La deuxième partie de soirée est consacrée à . Les Goldberg Variations, bientôt au répertoire de l’Opéra de Paris, donnent du fil à retordre au spectateur : on voit dans cette pièce une réminiscence de Dances at a Gathering sur du Bach; les costumes oscillent entre redingote et pourpoint baroques et les justaucorps aux couleurs neutres chers à Robbins (à l’image du blanc et noir de Balanchine). Ce mélange des genres n’empêche le même bavardage que dans les pièces longues de Robbins, moins fraternelles, et qui est dans la représentation. Mêlant les déhanchés avec une lecture contemporaine d’une idée de la danse baroque, cette pièce n’évite donc pas les longueurs qui auraient méritées d’être élaguées. Ce n’est pas une interprétation délicieusement musicale, la virtuosité de Tiler Peck, la noblesse de Zachary Catazaro qui rattraperont ce ballet. Il faut donc attendre West Side Story Suite, qui reprend quelques tubes de la comédie musicale, pas forcément les plus connus, et au dénouement très précipité. Il n’y pas beaucoup de danse, la scène de combat prend beaucoup de place, et c’est très théâtral. Ce qu’il y a d’exaltant est de voir l’euphorie des danseurs à s’amuser sur scène, partageant un morceau de culture commune.

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C’est finalement une troisième soirée, entièrement balanchinienne, qui montrera, forcément, l’intérêt le plus grand de la troupe gardienne du temple. Quatre ballets qui montrent également l’amour de Balanchine pour la musique française; le premier d’entre eux est l’académique et un rien banale (eu égard au génie du chorégraphe) Walpurgisnacht. Les cheveux se dénouent lors de la « Bacchanale » et les corps s’engagent dans des figures de bravoure abstraites, alternant entre les moments de virtuosité pure et ceux de lyrisme. C’est une pièce de circonstance, non déplaisante, qui a une fonction de divertissement et où se fait remarquer Teresa Reichlen dans sa première variation. Sur une musique de Maurice Ravel, Sonatine permet de retrouver la si délicate et solaire . Ces quelques minutes de plaisir soyeux se déploient dans une ambiance intimiste (avec le piano sur scène) et mystérieuse ; c’est une conversation dans un esprit très français sur la générosité dans la relation de couple : entre le moelleux d’ et la belle technique de , il y a là le réconfort que procure la confiance et l’abandon en l’autre.

Encore Ravel, pour la Valse, sur un jeu qui ne finit pas très bien. Appelant des forces obscures qui aspirent la vie de sa protagoniste, le sombre Amar Ramasar est celui qui étreint mortellement, laissant exsangue et désarticulée , qui trouve un meilleur emploi ici que dans Bournonville. Exploitant une veine dramatique naturelle chez elle, elle ne fait passer les difficultés qu’à la lumière de l’expression dramatique plutôt que des prouesses gratuites.

Enfin, le légendaire Symphony in C, sur la partition de Georges Bizet, et le livre une leçon de style absolument exemplaire. Ce qui ne cesse d’interpeller est le fait que la troupe ne se regarde pas en train de danser. Le tempo bien rapide de cette symphonie se fait le lit d’une ambiance qui n’est pas réellement préhensile et est difficilement descriptible. Ce qui frappe est l’évidence même de l’articulation de la musique et l’absence de déconnexion dans les cellules musicales qui sont ainsi fluides, et se font la transcription auditive de ce que l’on voit sur scène, qui n’est plus alors une succession de pas mais la respiration même de la musique. Dans ce jeu de va-et-vient, les aspérités, qui peuvent être caricaturales, s’équilibrent de façon ingénieuse entre le maintien et le relâché. Tout à coup, la petite batterie retrouve sa place, le lever de jambe est évident, et l’on est face à l’affirmation des danseurs qui savent de qui ils sont les héritiers.

Le plaisir de retrouver ces danseurs tout au long de ces soirées crée une complicité, comme une histoire personnelle qui se tisse dans les méandres des émanations intellectuelles, de l’ennui à l’émerveillement.

Crédits photographiques : et Sara Mearns dans « Bournonville Divertissements », Ashley Bouder dans « la Sylphide », Corps de Ballet dans « Symphony in C » © Paul Kolnik

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New York. Lincoln Center.
12-V-2015. « Bournonville Divertissements ». Chorégraphie : Auguste Bournonville. Musique: Advard Helsted et Holger Simon Paulli ; avec Sara Adams et Tayor Stanley (Ballabile), Sara Mearns et Tyler Angle (Pas de deux). « La Sylphide ». Chorégraphie : Auguste Bournonville. Musique : Herman Severin LØvenskjold. Avec Ashley Bouder (la Sylphide), Andrew Veyette (James), Marika Anderson (Madge), Megan LeCrone (Effie), Joseph Gordon (Gurn). Chef d’orchestre : Henrik Vagn Christensen.

13-V-2015. « Goldberg Variations ». Chorégraphie : Jerome Robbins. Musique : Johann Sebastian Bach. Avec Faye Arthurs, Zachary Catazaro (Theme), Lauren Lovette, Emilie Gerrity, Daniel Applebaum, Anthony Huxley, Joseph Gordon, Taylor Stanley (Variations 1), Sterling Hyltin, Maria Kowroski, Tiler Peck, Amar Ramasar, Tyler Angle, Gonzalo Garcia (Variations 2). Piano : Susan Walters. « West Side Story Suite ». Chorégraphie : Jerome Robbins. Musique : Leonard Bernstein. Avec Adrain Sanchig-Waring (Tony), Georgina Pazcoguin (Anita), Mimi Staker (Maria), Andrew Veyette (Riff). Chef d’orchestre : Andrew Sill.

15-V-2015. « Walpurgisnacht Ballet ». Chorégraphie : George Balanchine. Musique : François Gounod. Avec Teresa Reichlen, Adrian Danchig-Waring, Erica Pereira. « Sonatine ». Chorégraphie : George Balanchine. Musique : Maurice Ravel. Avec Ashley Bouder et Gonzalo Garcia. Pianiste : Elaine Chelton. « La Valse ». Chorégraphie : George Balanchine. Musique : Maurice Ravel. Avec Sara Mearns, Jared Angle et Amar Ramasar. « Symphony in C ». Chorégraphie : George Balanchine. Musique : Georges Bizet. Avec Ana Sophia Scheller, Andrew Veyette (Premier Mouvement), Maria Kowroski, Tyler Angle (Deuxième Mouvement), Ashly Isaacs, Joseph Gordon (Troisième Mouvement), Lauren King, Sean Suozzi (Quatrième Mouvement). Chef d’orchestre : Clotile Otranto.

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