Les Musicales de Pommiers prennent de l’ampleur au cœur de la Loire

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital

Festival Les Musicales de Pommiers, Pommiers-en-Forez (la Loire), concerts du 5 au 9-VIII-2015.
Œuvres de : Georg Friedrich Haendel (1685-1759) / Johan Halvorsen (1964-1935), Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Franz Schubert (1797-1828), Robert Schumann (1810-1856), Max Bruch (1838-1920), Johannes Brahms (1833-1897), Camille Saint-Saëns (1835-1921), Jules Massenet (1842-1912), Gabriel Fauré (1845-1924), Arnold Schoenberg (1874-1951), Sergueï Prokofiev (1891-1953), Thierry Escaich (1965-), Yaron Herman (1981-)
Avec : Christian-Pierre La Marca, violoncelle, Adrien La Marca, alto ; Geneviève Laurenceau, Elise Thibaut, Liya Petrova, David Petrlik, violons ; Kyle Ambrust, alto ; Victor Julien-Lafarrière, violoncelle ; Yann Dubost, contrebasse ; Raphaël Sévère, clarinette ; Lise de la Salle, Jonas Vitaud, Jérôme Ducros, Yaron Herman, piano ; Karine Deshayes, mezzo-soprano, Thierry Escaich, piano et composition, Quatuor Modigliani, quatuor à cordes.

La MarcaLes Musicales de Pommiers compte désormais parmi les meilleurs festivals de musique de chambre en France pour sa qualité musicale propulsée par les jeunes interprètes. En élargissant sa durée à 5 jours, la manifestation prend l’ampleur, avec la création des « clés de concerts » et du « café-concert » le dimanche matin.

Situé dans la province historique de Forez, au centre de la Loire, le petit village de Pommiers, dont la population n’a guère dépassé 400 habitants depuis le milieu du 20e siècle, est connu pour son prieuré, fortifié depuis l’époque de la guerre de Cent Ans. Sous l’égide de l’abbaye de Cluny dès le 10e siècle, le prieuré comptait 12 moins au 13e siècle, et ce fut l’une des plus importantes dépendances de Cluny. C’est sur ce site chargé d’histoire que le festival se déroule, les différentes salles de l’édifice servant comme lieux de répétitions et l’église bénédictine, comme la salle de concert. C’est Joseph La Marca, le père des deux frères, l’altiste Adrien et le violoncelliste Christian-Pierre, qui était tombé amoureux du lieu et avait projeté d’y créer un festival, mais il décède avant de voir son projet réalisé ; les frères reprennent l’idée et aboutissent enfin à la première édition, en 2013.

Elargies de trois jours l’année dernière à cinq cette années, Les Musicales ont chaque jour un moment fort, intense d’émotion. Ainsi, à la première soirée, La Nuit transfigurée de Schoenberg, interprétée par le et Adrien et , ainsi que le Quintette avec piano op. 34 de Brahms la deuxième soirée (par , , Élise Thibaut, et ) procurent un réel plaisir par l’immersion totale dans la musique de chambre à l’état pur, les musiciens et le public formant ensemble une entité musicale, à travers une écoute attentive à l’extrême. Cette qualité d’écoute a été en quelque sorte préparée par deux moments, l’un par l’improvisation sur le thème de La Nuit transfigurée par , au cours du concert inaugural, et l’autre, par les « clés du concert », une nouveauté de cette édition, où a livré quelques secrets de composition. Cette séance était portée essentiellement sur sa propre œuvre La Ronde pour quatuor à cordes et piano, mais il a également donné quelques éléments sur Brahms, ce qui rendait le public plus apte à se concentrer dans les œuvres proposées. Pour le reste de la deuxième soirée, Stücke in Volkston et Adagio et Allegro de Schumann, tous deux pour violoncelle et piano, donnent une belle note du romantisme (le thème de la soirée est « les romantiques »), mais il est dommage que l’équilibre entre les deux instruments soit un peu disproportionné, le son du piano sonnant trop fort. En revanche, pour le Quintette, le plan de résonance était idéalement réparti.

Escaich-HermanLe troisième jour est consacré à l’improvisation, et ce, avec un invité de marque, le pianiste de jazz , réputé dans le monde entier en la matière. A 19 heures, dans une autre séance des « clés du concert », et , après avoir expliqué des procédés d’improvisation dans la musique classique (notamment à l’orgue et au clavier en général, avec une version « romantique » improvisée sur la « marche de Darth Vador » de Star Wars) et dans le jazz, livrent une formidable cession sur Summer Time, à quatre mains ! Plus précisément, reprend l’idée de Thierry Escaich qui a commencé, puis, les deux musiciens se mettent à deux sur le même clavier pour se laisser aller à l’imagination, en s’éloignant quelque peu du thème.

Avec ces bases dans leur tête, les auditeurs assistent à un concert entièrement improvisé de Yaron Herman. Au fil du temps, des pièces, tour à tour calme, rythmique, grave, dansante, et de bien autres caractères, se tissent, se serrent, s’épanouissent sous ses doigts, changeant à chaque morceau l’expression. Au début de certaines pièces, il hésite encore dans quelle direction et dans quel style il va jouer – conformément à ce qu’il avait expliqué dans « les clés de concert » ; il agrémente parfois sa musique avec des pincements de cordes et des pressions sur elles, ainsi qu’avec un métallophone-jouet et sa seule baguette. De temps à autre, il cite des références, parfois un fragment, parfois une phrase, parfois encore juste un ou deux accords, parmi lesquels on a bien reconnu, en ce qui concerne de la musique classique, des Fauré, des Debussy et notamment Hallelujah. Une ambiance bien différente des deux jours précédents, son concert sert aussi à un pont entre le passé et le présent, rappelant indéniablement le caractère vivant et spontané de toutes les musiques, y compris de la musique classique, qui s’improvisait dans la plupart du temps.

Pour le concert du samedi 8 août, est le musicien de la soirée. Il joue avec une grande simplicité la mélodie si obstinée de l’Ouverture sur des Thèmes Juifs op. 34 de Prokofiev. Dans Chorus d’Escaich ainsi que le Quintette avec clarinette de Brahms, le jeune virtuose se montre non seulement comme un excellent soliste mais aussi comme un véritable chambriste ; dans les tutti on entend sa clarinette, à peine mais de manière sûre, fondue totalement dans le paysage sonore de l’ensemble, tandis qu’il se met très clairement en avant pour les parties en solo.

final PommiersLe dimanche 9 août, dernier jour du festival, on assiste à deux concerts, le matin et le soir. Dès 10 heures du matin, des cafés, des thés, des jus de fruit sont gracieusement servis devant l’église, créant une atmosphère détendue. Au programme, éclectique, beaucoup de petites pièces, des « tubes » du classique (La Méditation de Thaïs de Massenet, la « Danse des chevaliers » de Roméo et Juliette de Prokofiev, Tzigane de Ravel, « Le Cygne » des Carnaval des animaux de Saint-Saëns…) mais aussi des morceaux moins connus au grand public (Passacaille de Haendel/Halvorsen, Zwei Gesang de Brahms, extraites des Huits pièces pour alto, clarinette et piano de Bruch…). Les enfants, nombreux, accompagnés de parents et de grands-parents, applaudissent à tout rompre à la fin de chaque pièce, contents d’avoir entendu des mélodies connues, sur de « vrais » instruments et « en direct » ! Le succès du concert doit cependant essentiellement à l’excellente qualité de l’interprétation de la part des musiciens très investis.

On retrouve la même qualité dans le Schubertiade final, à 20 heures 30. , , , Adrien et Christian-Pierre La Marca, , , et offrent tout leur savoir-faire musical dans une convivialité amicale et familiale ; la bonne camaraderie, qui se reflète d’ailleurs dans la musique tout au long du festival, est telle que , qui n’était pas prévu pour le concert du soir, reste quelques heures de plus pour offrir des prestations avec ses amis. Au final, tout le monde « improvise » sa partie sur la partition chant, violoncelle et piano de Ständchen (Sérénade) de Schubert, dans le bon et total esprit de shubertiade.

Crédits Photographiques : Adrien et Christian-Pierre La Marca © DR ; Escaich/Hermann, Concert finale ©

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