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Oeuvres pour violon de Boris Tichtchenko par Gabriel Tchalik

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Boris Tishchenko (1939-2010) : Intégrale des oeuvres pour violon : Sonates n°1 (1957) et 2 (1975) et Fantaisie (1994) pour violon seul, Rondo (1957), Capriccio (1965), Deux danses dans un style ancien (1975) pour violon et piano. Gabriel Tchalik, violon; Dania Tchalik, piano. 1 CDs Alkonost EVCD013. Enregistré salle Colonne à Paris en avril 2015. Livret de 24 pages en français et anglais de Frans Lemaire et Nicolas Bolkov, richement illustré de 12 dessins inédits d’Oscar Rabine de 1955 à 1966. Durée : 74:28.

 

Les Clefs Resmusica

EVCD013-Cover-Tishchenko-300Le jeune violoniste est d’un engagement sans faille dans cette première intégrale des oeuvres pour violon de , un disque qui vaut aussi par la richesse et la pertinence de son livret.

Pour qui s’intéresse à la musique de chambre russe du XXème siècle, en particulier celle qui s’inscrit dans l’orbite de Prokofiev et Chostakovitch, l’album de est un bel apport à la discographie.

Sur le plan musical,  (lire notre entretien donné quelques mois avant sa mort) est un compositeur de premier ordre dans la continuité de Chostakovitch. ResMusica avait salué son cycle symphonique Béatrice (3 CDs Northern Flowers, Clef ResMusica) et son oeuvre pour quatuors (3 CDs Northern Flowers, Clef ResMusica). Son oeuvre pour violon seul (deux Sonates de 1957 et 1975) ou pour violon et piano est relativement réduit, puisqu’il ne représente que 75′ de minutes. Il couvre presque quarante ans de carrière et s’inscrit dans les influences qui vont  de Prokofiev (Sonate n°1 et Rondo de 1957) à Webern (Sonate n°2) en passant par à un clin d’oeil à la musique médiévale (Deux danses dans un style ancien). En terme d’ambition, la Sonate n°2 de 1975 domine l’ensemble du corpus, par sa durée (plus d’une demi-heure), sa difficulté technique et l’originalité de sa structure en 7 mouvements dont 3 intermezzi rêveurs et arachnéens. Elle est aussi, reconnaissons-le, la pièce la plus difficile à appréhender, austère et exigeante. Dans la Fantaisie, Tishchenko retrouve sinon le sourire et la légèreté, du moins un cantabile et un dramatisme qui en fait la pièce la plus « chostakovienne » de cet ensemble. Elle fait logiquement l’ouverture de ce disque.

Sur le plan éditorial, le livret richement illustré croise la musique avec les beaux-arts et l’écriture, pour un portrait des plus pertinents sur l’URSS des années 1960 et 70. A côté du compositeur sont proposés des dessins inédits du peintre Oscar Rabine, qui était l’instigateur d’une  exposition « des Bulldozers » en 1974 qui fut réprimée par les autorités, et un texte de Nicolas Bokov, écrivain qui fut contraint à l’exil, qui raconte les difficultés de l’époque et évoque Tishchenko et Rabine. Les dessins figuratifs de Rabine aux tonalités sombres évoquent de manière angoissante les campagnes et villes du temps soviétique bien loin des prescriptions officielles.

L’ensemble de ce projet éditorial – la musique, l’interprétation, les dessins et les textes – donne une image précise et juste de l’URSS d’après-guerre sur la question toujours actuelle de la vie face à l’oppression politique, et se distingue par sa double qualité artistique et – osons-l’écrire – morale.

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