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Charles-Marie Widor à l’orchestre

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Charles-Marie Widor (1844-1937) : Les Pêcheurs de Saint-Jean, opéra : 3 préludes orchestraux ; Concerto pour violoncelle op. 41 ; Symphonie n°2 en la majeur op. 54. Torleif Thedéen, violoncelle. Royal Scottish National Orchestra, direction : Martin Yates. 1 CD Dutton « Epoch » CDLX7303. Enregistré les 27 et 28 septembre 2012 au Royal Concert Hall de Glasgow. Durée : 76’14.

Charles-Marie Widor (1844-1937) : La Nuit de Walpurgis, poème symphonique en 3 mouvements op. 60 ; Concerto pour violon, op. 41 (édité par Martin Yates) ; Symphonie n°1 en fa mineur, op. 16. Sergueï Levitin, violon. Royal Scottish National Orchestra, direction : Martin Yates. 1 SACD Dutton « Epoch » CDLX7315. Enregistré les 25 et 26 août 2014 au Henry Wood Hall, RSNO Centre de Glasgow. Durée : 77’44.

 

09__dutton_widor_martin_yates_vol2L’admirable chef d’orchestre britannique , également compositeur, a entrepris en première mondiale pour Dutton ce qui aurait pu être l’apanage de Timpani : une série d’enregistrements d’œuvres orchestrales de , qui, enfin, nous offre une vision plus complète de cet important compositeur français.

Après un superbe premier volume consacré à des pages pour piano et orchestre dont les deux concertos (Dutton CDLX7275), voici les volumes 2 et 3 qui nous révèlent notamment les deux premières symphonies pour orchestre, le Concerto pour violon et le Concerto pour violoncelle. Ces deux disques sont intelligemment agencés chacun selon la formule classique d’un concert : œuvre orchestrale introductive – concerto – symphonie.

(1844-1937) est l’auteur bien connu de 10 symphonies pour orgue solo dont l’une, la n°5 en fa mineur op. 42 n°1, contient en mouvement final la célèbre Toccata. Toutefois cela est un peu réducteur : en consultant la partition de cette Symphonie n°5 pour orgue il y a quelques dizaines d’années, l’auteur de ces lignes découvrait avec étonnement en dernière page, dans la liste de ses œuvres, l’existence de symphonies avec orchestre. Étonnement, car à l’époque, Widor pour le mélomane était uniquement synonyme de pages pour orgue solo : les éditeurs discographiques avaient ainsi encore beaucoup de pain sur la planche !… Faisons le point. Il existe deux symphonies purement orchestrales : la Symphonie n°1 en fa mineur op. 16 (1870) et la Symphonie n°2 en la majeur op. 54 (1882). Ce sont celles enregistrées ici par . Il y a ensuite la Symphonie n°3 pour orgue et orchestre op. 69 (1894), et trois symphonies non numérotées : la Symphonie en sol mineur pour orgue et orchestre op. 42 (1882), la Sinfonia Sacra pour orgue et orchestre op. 81 (1908) et enfin la Symphonie Antique pour solistes, chœur, orchestre et orgue op. 83 (1911).

10__dutton_widor_martin_yates_vol3Vu le grand âge du compositeur (93 ans), on peut certainement considérer la Symphonie n°1 en fa mineur op. 16 écrite à 26 ans comme œuvre de jeunesse : elle s’inscrit tout naturellement dans le courant du renouveau de la symphonie française néoclassique initiée par Bizet, Gounod, d’Indy, Messager, Saint-Saëns, et anticipe même le style d’un Magnard qui serait moins tourmenté, avec parfois des influences schumanniennes et même russes. La Symphonie n°2 en la majeur op. 54, écrite douze ans plus tard, voit Widor se libérer cette fois de toute influence en une œuvre tout aussi concise que sa devancière (26 min) mais d’une maturité plus affirmée et équilibrée. Et malgré leur concision et leur relative brièveté, ces deux œuvres, par leur richesse thématique et rythmique, donnent à l’audition le sentiment d’être de plus vaste envergure. N’oublions pas que Widor est l’auteur de l’ouvrage Technique de l’orchestre moderne, considéré comme suite du Traité d’instrumentation et d’orchestration de Berlioz.

Plus passionnants encore sont les deux concertos ici proposés, et particulièrement le Concerto pour violoncelle op. 41 (1878) qui semblerait issu de la plume d’un Saint-Saëns particulièrement chaleureux et inspiré. En trois mouvements d’allure rhapsodique, avec un splendide mouvement lent sous forme d’intermède alla Schumann, et un Finale superbe d’éloquence et d’une admirable péroraison, l’œuvre se révèle une magnifique redécouverte qui ne devrait plus quitter le répertoire relativement restreint des violoncellistes. Le Concerto pour violon (1877) reçut une première et seule exécution plutôt décevante, ce qui incita Widor à le réviser en 1894, et les retouches sont principalement dans la réduction en trois portées. L’édition enregistrée ici est due à Martin Yates qui utilisa en 2014 le conducteur de 1877 et la réduction de 1894 pour respecter au mieux les intentions finales de Widor. Le résultat est une belle œuvre mélodieuse en un vaste mouvement continu en trois sections, qui, si elle n’est pas du même niveau que le Concerto pour violoncelle, n’en est pas moins digne d’intérêt.

Les deux œuvres restantes ont en commun la forme tripartite : d’abord le poème symphonique La Nuit de Walpurgis op. 60 (1887) qui eut beaucoup de succès lors de sa création, et est sans surprise influencé par Liszt (lui-même auteur de la Faust-symphonie), ensuite les trois préludes orchestraux de l’opéra Les Pêcheurs de Saint-Jean (1905) – oui, Widor a même écrit de la musique de théâtre ! – de belle allure wagnérienne.

Tout cela est défendu avec une éloquence des plus persuasives par les solistes, le (décidément l’un des meilleurs orchestres britanniques du moment) sous la baguette enthousiaste et inspirée de Martin Yates. On attend impatiemment la suite de cette prospection, avec notamment la musique du ballet fantastique en 2 actes La Korrigane (1880) dont il n’existe apparemment en enregistrement commercial qu’un extrait gravé chez Pathé par… en 1906 !

Prise de son superbe de naturel et de transparence.

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Charles-Marie Widor (1844-1937) : Les Pêcheurs de Saint-Jean, opéra : 3 préludes orchestraux ; Concerto pour violoncelle op. 41 ; Symphonie n°2 en la majeur op. 54. Torleif Thedéen, violoncelle. Royal Scottish National Orchestra, direction : Martin Yates. 1 CD Dutton « Epoch » CDLX7303. Enregistré les 27 et 28 septembre 2012 au Royal Concert Hall de Glasgow. Durée : 76’14.

Charles-Marie Widor (1844-1937) : La Nuit de Walpurgis, poème symphonique en 3 mouvements op. 60 ; Concerto pour violon, op. 41 (édité par Martin Yates) ; Symphonie n°1 en fa mineur, op. 16. Sergueï Levitin, violon. Royal Scottish National Orchestra, direction : Martin Yates. 1 SACD Dutton « Epoch » CDLX7315. Enregistré les 25 et 26 août 2014 au Henry Wood Hall, RSNO Centre de Glasgow. Durée : 77’44.

 
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