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Un grand crescendo du Quatuor Ehnes

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris, auditorium du Louvre. 4-XI-2015. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Quatuor à cordes n° 11 en fa mineur op. 95 « Quartetto serioso » ; Jean Sibelius (1865-1957) : Quatuor en ré mineur op. 56 « Voces intimae » ; Franz Schubert (1797-1828) : Quatuor à cordes n° 14 en ré mineur D 810 « La jeune fille et la mort ». Quatuor Ehnes : James Ehnes, Amy Schwartz Moretti, violons ; Richard O’Neill, alto ; Robert DeMaine, violoncelle.

EhnesPour leur deuxième concert à l’auditorium du Louvre, les quatre musiciens venus d’Amérique du Nord, la plupart issus de la Juilliard School, ont donné une prestation qui allait de crescendo en crescendo.

Formé en 2010 au sein de la Société de musique de chambre de Seattle, dont le premier violon James Ehnes est le directeur artistique, les musiciens sont partenaires de musique de chambre depuis plus de vingt ans. Autant dire qu’ils se connaissent parfaitement l’un l’autre pour que l’on puisse attendre d’eux une émotion intense. Mais cela n’arrivait pas tout de suite.

Le « Serioso » de Beethoven qu’ils jouent en premier lieu ne fascine pas, nous avons dès le début l’impression que la musique se glisse à la surface, qu’il manque des détails et une profondeur. Ce n’est pas leur interprétation qui est défaillante ; non, bien au contraire, il y a des mouvements, du dynamisme, du lyrisme expressif… mais cela ne touche pas. Dans la première partie de Sibelius, ils continuent à susciter ce sentiment ; on entend de la belle musique, de très belle musique, mais elle ne retient pas l’attention. Jusqu’à ce que dans les trois derniers mouvements, qui vont de l’« Adagio molto » à l’« Allegro » en passant par l’« Allegretto », il se passe quelque chose. La tension augmente, ainsi que l’intensité. Le jeu devient plus consistant, il brille tout d’un coup de mille éclats. Ainsi, dans l’« Allegro » final, on assiste à un véritable « réveil », voire une révélation musicale, pleine de vie.

Après l’entracte, leur « Jeune fille et la mort » est infiniment dramatique ; à travers les quatre mouvements, on sent différentes pulsations, tantôt grave, tantôt tranquille, tantôt irrésistible. De leur exécution se dégage un élan qui va au-delà des notes, une sorte de lutte entre la vie et la mort symbolisée par la musique… Le « presto » final, commencé déjà très rapide, va encore plus rapidement dans la coda, mais ce fameux élan ne s’arrête plus, les musiciens lancent une course contre la mort et c’est la vie qui triomphe avec les accords finaux !

Les quartettistes ont-ils calculé ce déploiement d’énergie dans un gigantesque crescendo à mesure que la soirée avance ? Nul ne saurait, sauf eux. Quoi qu’il en soit, le dernier mouvement du quatuor « américain » de Dvorak, qu’ils ont joué en bis, était débordant de vie, dans une pulsation – décidément – joyeuse et allègrement séduisante.

Crédit photographique  © DR

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