Quid sit musicus? de Philippe Leroux : du geste au son

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Philippe Leroux (né en 1959) : Quid sit Musicus ? pour sept voix, deux instrumentistes (luth/guitare, vièle/violoncelle) et électronique. Ensemble solistes XXI : Raphaële Kennedy, soprano 1 ; Marie Albert, soprano 2 ; Lucile Richardot, mezzo-soprano ; Vincent Bouchot, ténor1 ; Laurent David, ténor 2 ; Jean-Christophe Jacques, baryton ; Marc Busnel, basse ; Caroline Delume, guitare/luth ; Valérie Dulac, violoncelle/vièle ; direction Rachid Safir; technique Ircam/ RIM Gilbert Nouno. CD S228 Soupir éditions ; code barre 3341348158815 ; enregistré à Paris, espace de projection de l’Ircam les 6, 7, 8 et 9 octobre 2014. Texte français/anglais. 54’23

 

41KEGyRAc+L._SX355_Quid sit musicus ? (qu’est-ce que le musicien ?) est la question que se pose le théoricien latin Boèce, au VIème siècle de notre ère. Dans sa pièce éponyme, le compositeur tente d’y répondre en croisant, confrontant et fusionnant tout à la fois, la musique du Moyen-âge et l’écriture contemporaine.

Depuis Voi(rex), pièce pour voix et électronique de 2003, poursuit un travail compositionnel singulier dans le domaine vocal, fondé sur le geste, son mouvement dans l’espace et ses implications musicales via des moyens technologiques susceptibles de faire avancer ses recherches.

Quid sit musicus ? est une nouvelle aventure, aussi risquée que fascinante, menée en 2014 par Philippe Leroux avec l’ sous la direction de leur chef et la technologie sophistiquée de l’Ircam. Fin connaisseur de la musique médiévale, Leroux s’attache à l’écriture des manuscrits de Guillaume de Machaut, figure de proue du XIVème siècle. Grâce au stylo optique Bluetooth et au papier interactif, les données gestuelles de la calligraphie médiévale vont être converties en autant d’informations sonores. C’est en effet sur ce matériau prélevé que le compositeur élabore sa propre écriture et la fait dialoguer avec le répertoire ancien. Ainsi passe-t-on des Rondeaux, Virelais, Ballades et autre Motet de l’Ars Nova, accompagnés au luth et à la vièle – Caroline Delume et polyvalentes – à l’univers sonore spatialisé de Philippe Leroux (avec guitare et violoncelle), selon une alchimie sonore aussi secrète que confondante. Epaulées par les deux instrumentistes, les sept voix qui s’engagent dans cette forme “tressée” et virtuose réalisent une véritable performance, tant dans le répertoire médiéval dont elles restituent admirablement les couleurs et la fluidité, que dans l’écriture aventureuse et originale de Leroux, mettant, quant à lui, en musique ses cinq réponses à la question de Boèce et autant de poèmes de l’écrivain français Jean Grosjean (1912-2006). La partie électronique toujours très raffinée fait corps avec l’écriture vocale et instrumentale. Elle suscite également de superbes fondus enchaînés entre les deux univers dans lesquels on pénètre avec la même délectation, à la faveur d’une captation des plus soignée.

 

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