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Le label Parnassus publie des enregistrements inédits de Richter

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Sviatoslav Richter, série de dix-sept disques comportant des œuvres de : Béla Bartók (1881-1945), Ludwig van Beethoven (1770-1827), Alexandre Borodine (1833-1887), Frédéric Chopin (1810-1849), Dimitri Chostakovitch (1906-1975), Claude Debussy (1862-1918), Alexandre Glazounov (1865-1936), Anatoli Liadov (1855-1914), Franz Liszt (1811-1886), Modeste Moussorgski (1839-1881), Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Sergueï Prokofiev (1891-1953), Serge Rachmaninoff (1873-1943), Maurice Ravel (1875-1937), Franz Schubert (1797-1828), Robert Schumann (1810-1856), Alexandre Scriabine (1872-1915), Karol Szymanowski (1882-1937), Piotr Ilitch Tchaïkovski (1843-1893), Carl Maria von Weber (1786-1826). Sviatoslav Richter (piano), Galina Pisarenko (soprano), Oleg Kagan (violon), Orchestre symphonique d’État de l’URSS, Nathan Rachlin et Hermann Abendroth (direction). 10 albums qui comprennent au total 17 disques. Parnassus PACD 96-001/2 (code barre : 606345001223), PACD 96-003/4 (code barre : 606345003425), PACD 96-005/6 (code barre : 606345005627), PACD 96013/14 (code barre : 606345131425), PACD 96017/18 (code barre : 606345171827), PACD 96025 (code barre : 606345004132), PACD 96046/7 (code barre : 606345004187), PACD 96032 (code barre : 606345003227), PACD 96053 (code barre : 606345004217), PACD 96054/5 (code barre : 680474031610). Enregistré entre 1949 et 1982. Durée totale : 20 heures 13 minutes et 27 secondes.

 

Parnassus Richter, dont le 100e anniversaire de la naissance a été célébré le 20 mars de cette année, compte parmi ces rares musiciens dont le legs discographique est indénombrable. Extrêmement doué et charismatique, il était enregistré en concert dans le monde entier. De nos jours, ces gravures sont successivement publiées par différents labels, tels que Parnassus aux États-Unis. Leur chef, , a contribué à la découverte de quelques « trésors » inédits de ce pianiste.

La série «  in the 1950s » s’impose en premier lieu, soit 7 albums qui renferment au total 13 disques, avec des enregistrements effectués pendant des récitals à Moscou, donnés entre 1949 et 1958. Malgré une qualité sonore médiocre (comparable à celle qu’on trouve sur les disques édités par Brilliant Classics), surtout en raison d’un filtrage excessif, on parvient à connaître l’art de l’interprétation d’un Richter du début de sa carrière : plus expressif que jamais, un maître sûr de son art, un technicien hors pair, mais aussi un peintre sensible aux nuances dynamiques et à la sonorité.

Le premier volume offre une exécution magistrale de la Grande Sonate en sol majeur op. 37 de Tchaïkovski – pleine d’énergie, parfaitement rythmisée et fluide. Il y a encore un bouquet de Préludes de Rachmaninoff, servis avec un mélange de tension, de souffle poétique et de simplicité. Hormis cela, on y trouve des compositions de Prokofiev, par exemple une interprétation fulgurante de la Sonate pour piano n° 7, ainsi que celles de Schumann, Debussy, Chopin et Liszt.

Le second volume est dévolu à Schumann (l’excellente Grande Humoresque op. 20), Scriabine (l’énigmatique Sonate-Fantaisie op. 19 et l’hallucinante Sonate pour piano n° 6 op. 62), Moussorgski (Tableaux d’une exposition) et Tchaïkovski (Concerto pour piano n° 1). Richter favorise la clarté des plans sonores et la mise en lumière des contrastes dynamiques, au détriment de la souplesse et de la liberté dans le choix des tempi. Bien qu’il ne soit pas infaillible dans les Tableaux d’une exposition, surtout dans le dernier mouvement, La Grande Porte de Kiev, où des erreurs digitales se font entendre de temps en temps, son interprétation se hisse sur le podium de la discographie, derrière celles de et de Maria Yudina. On notera que, dans le concerto, Richter est accompagné par l’Orchestre symphonique d’État de l’URSS dirigé par .

Le troisième volume, probablement le plus intéressant de tous, réunit des œuvres de Liszt, Beethoven, Weber, Ravel, Rachmaninoff et Prokofiev. On entendra un Liszt réflexif, chatoyant et vigoureux à la fois, marqué aussi bien par la finesse des sonorités que par un geste foudroyant : Vallée d’Obermann, Au bord d’une source, Sposalizio, Aux cyprès de la Villa d’Este, Sonnetto 123 del Petrarca et Venezia e Napoli. Puis, l’interprétation de la sonate « Pathétique » de Beethoven est une combinaison d’élégance, de naturel et de vaillance. Ensuite, celle de la Sonate pour piano n° 3 op. 49 de Weber, grandiose et nuancée, oscille entre la délicatesse et la vitalité. Pour ce qui est des œuvres de Ravel, Richter joue la Pavane pour une infante défunte, Le Gibet (le 2e mouvement de Gaspard de la nuit), les Jeux d’eau, les Valses nobles et sentimentales et Alborada del gracioso (le 4e mouvement des Miroirs), en retrouvant à chaque mesure la poésie, la sérénité et l’inquiétude. C’est ainsi qu’il découvre un Ravel secret, plein de morosité, mais en même temps lumineux, voire brillant. Le récital est complété par un Rachmaninoff époustouflant de virtuosité (Étude-tableau op. 33 n° 6, Prélude op. 23 n° 7 et Prélude op. 32 n° 2) et par un Prokofiev moitié sarcastique, moitié ironique (Gavotte du ballet Cendrillon).

La Sonate pour piano n° 9 op. 103 de ce dernier compositeur ouvre le quatrième volume de la série. Le pianiste en offre une exécution d’un lyrisme à la fois tendre et violent. Puis, il pénètre huit Préludes et fugues de l’opus 87 de Chostakovitch comme s’il disait une prière – fervemment et humblement – en donnant une lecture lucide, contrastée et profondément dramatique. Dans Vers la flamme op. 72 et Poème op. 32 n° 1 de Scriabine, il se plonge dans un monde sombre, intériorisé et marqué par la peur. Une vision totalement différente se manifeste, par contre, dans l’interprétation du Concerto pour piano n° 3 de Beethoven, empreinte d’élégance et de raffinement. L’accompagnement de l’Orchestre symphonique d’État de l’URSS sous la baguette d’ paraît cependant un peu raide. La prestation des Quinze chants paysans hongrois de Bartók est un peu décevante car, en dépit d’un lyrisme saisissant, elle est peu mélodieuse. C’est dans la Sonate pour piano n° 6 op. 82 de Prokofiev qu’il est plus convaincant : son jeu, imprégné d’une brutalité froide, met en évidence l’ambiance de la guerre.

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Le verso du cinquième album propose la Sonate pour piano n° 21 de Schubert, la Sonate pour piano n° 2 de Szymanowski, la Sonate pour piano n° 8 de Mozart, ainsi que des pièces de Debussy, Liszt et Schumann. On notera avant tout l’importance de l’interprétation de la sonate de Szymanowski, la meilleure version de cette œuvre de l’histoire : vive, d’une tension dramatique hallucinante, mais aussi d’une douceur extrême dans le dernier mouvement. Mozart, une autre réussite qu’on ne peut pas rater, est d’abord calme et délicat pour devenir, au fur et à mesure, inquiet et agité à l’instar de Beethoven.

Quoique le sixième volume soit le seul à comporter un disque au lieu de deux, il est d’une valeur inestimable en raison de la présence de compositions russes qui ne sont presque jamais jouées de nos jours dans les salles de concert : de Borodine (trois mouvements de la Petite suite, y compris une magnifique Mazurka en ut majeur), Liadov (Étude et Canzonetta op. 48 et La Boîte à musique op. 32) et Glazounov (Nocturne op. 37). En outre, on y trouve des miniatures de Rachmaninoff, Prokofiev, Scriabine, Schubert-Liszt et Chopin. Parmi eux, on distingue la Mazurka en mi mineur op. 25 n° 3 de Scriabine, façonnée de manière illusoire et mystique. De plus, Richter se fait remarquer dans l’interprétation du Prélude en ut dièse mineur op. 45 de Chopin, chanté avec un lyrisme ombreux, qui se termine par une cadence dans laquelle il se montre comme un virtuose accompli : équilibré, pas excessif, mais à la fois électrisant.

Le dernier volume de la série est consacré entièrement aux œuvres de Beethoven : les Sonates pour piano n° 12 et n° 27, deux Rondos op. 51, la Bagatelle op. 33 n° 3, ainsi que les Variations op. 34, op. 35, op. 76 et op. 120. Les exécutions séduisent par la transparence des textures, la rondeur du son, une vigueur étincelante des phrasés et la force du toucher, malgré un certain désordre narratif, par exemple dans les Variations Diabelli.

PACD96032_Sviatoslav_Richter_LeipzigÀ part la publication des récitals donnés par Richter à Moscou, a édité trois albums présentant des concerts du même artiste qui ont eu lieu à Leipzig et à Varsovie. En Allemagne, Richter a interprété, le 28 novembre 1963, les trois dernières sonates pour piano de Beethoven, de même que trois pièces de Brahms (la Ballade op. 118 n° 3, l’Intermezzo op. 118 n° 6 et l’Intermezzo op. 119 n° 3) et la Nocturne en fa majeur op. 15 n° 1 de Chopin. Dans ces prestations, il est au sommet de son art. C’est de manière discrète qu’il fait découvrir aux auditeurs un large éventail d’émotions « vécues » intérieurement. En effet, délicat dans les passages piano et agité dans des moments d’angoisse, il apporte aux sonates de Beethoven non seulement de la fraîcheur (des tempos fluides), de la lumière et de la poésie, mais aussi, et peut-être avant tout, de la réflexion, de la nostalgie et, même, de la rage. Les miniatures de Brahms et celle de Chopin semblent chantées plutôt que jouées, imprégnées de splendides couleurs sombres, de nuances dynamiques subtiles et d’un équilibre parfait entre la morosité mélodique et la puissance rythmique.

En ce qui concerne le premier des deux récitals de Varsovie, dédié cent pour cent à Scriabine, Richter l’a donné le 27 octobre 1972, soit à l’occasion du 100e anniversaire de la naissance du compositeur. Un choix d’œuvres diversifié a rempli l’affiche de cette soirée : un bouquet de Préludes extraits des opus 11, 13, 37, 39, 59 et 74, six Études de l’opus 42, le Poème op. 52, la Sonate-Fantaisie op. 19, ainsi que les Sonates pour piano n° 5 et n° 9. Dans ces interprétations, Richter est plus poétique que virtuose, plus pensif que vaillant, plus naturel qu’affecté, et plus calme que tourmenté, et ce, malgré quelques moments où son phrasé exprime de l’inquiétude inséparable du caractère de ces partitions. C’est de cette façon-là que la musique de Scriabine paraît dépourvue de la nervosité qu’on aime y associer. En conséquence, sous les doigts du pianiste, elle est mystérieuse, fantastique, voire irrationnelle, mais aussi fuligineuse.

szymanowski-cover-600Dans le dernier album, Richter propose un parcours sonore d’une musicalité exceptionnelle à travers des œuvres de Szymanowski : les Masques op. 34 n° 1 et n° 2, les Chants du muezzin passionné op. 42, les Mélodies sur des textes de James Joyce op. 54, sept Mazurkas de l’opus 50, les Sonates pour piano n° 2 et n° 3, ainsi que les Mythes op. 30. Les concerts se sont tenus à Varsovie les 25 et 26 novembre 1982 à l’occasion du 100e anniversaire de la naissance du compositeur. Vu que les bandes sonores ont été enregistrées et prêtées à Leslie Gerber par la Radio polonaise, la qualité audio est incontestablement du plus haut niveau. Richter est accompagné par (dans les op. 42 et op. 54) et par (op. 30). Le jeu passionné et inspiré du pianiste est une sorte de voyage dans l’inconnu : imprévisible et plein de surprises sur le plan de la tension dramatique, mais également impressionnant de couleurs aussi bien chaudes que froides qui rendent ces prestations singulières et uniques. La belle et puissante voix de ne correspond cependant pas à cette musique, dont l’ambiance est chambriste plutôt qu’opératique. Pour ce qui est de Kagan, ses Mythes manquent de teintes intermédiaires entre le sombre et le clair, bien qu’il soit sophistiqué dans le choix des moyens d’expression, et que son violon ait une sonorité pure et profonde. Cela ne suffit pas à rendre l’esprit de ces partitions.

Le grand cycle « Richter » ne se termine pas ici car Parnassus a également fait paraître deux productions DVD. Encore que la qualité de l’image laisse à désirer, ces albums sont une aubaine pour les fans du pianiste.

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