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Alireza Farhang : Zāmyād pour violoncelle et électronique; Antonio Juan-Marcos (né en 1979): El Afilador pour violoncelle et électronique ; Aurélien Maestracci (né en 1985) : Je t’attendrai là où je sais que tu ne seras pas (et m’effondrerai de ne pas t’y voir venir) pour violoncelle et électronique; Vittorio Montalti (né en 1984) : Macchina Crudele pour violoncelle et électronique; Núria Gimenez-Comas : Naissance des mots pour violoncelle et électronique; Jean-François Ducher (né en 1971) : Narada pour violoncelle et électronique. Violoncelle : Marie Ythier. 1 CD evidence ; enregistré en avril 2015 au CNSM de Paris. Texte français / anglais. Durée : 48’42.

 

COVER-EVCD016-MarieYthier-2400-700x700Souveraine, est seule en scène avec son violoncelle – certes relayé par l’électronique – dans les six pièces de cet album, écrites pour, et parfois avec elle. Ce disque vient en effet couronner un travail de collaboration avec les compositeurs, que la  violoncelliste mène depuis 2012.

Parmi les six pièces, qui lui sont toutes dédiées, deux partitions sont des commandes de l’interprète.  Elles sont données en création mondiale dans un enregistrement qui fait date puisqu’il s’agit de la première version binaurale et transaurale de pièces pour instrument soliste et électronique en temps réel qui soit commercialisée. Autrement dit, ce nouvel album, écouté au casque ou sur enceintes, restitue une dimension sonore en 3D pour un confort d’écoute optimal.

Deux techniques président à l’utilisation de l’électronique dans les œuvres à l’affiche. Les sons fixés sur support et mixés à la source acoustique d’une part, la transformation live du jeu instrumental d’autre part. L’interprète en a la responsabilité via des pédales qui déclenchent les effets d’un patch programmé en amont. Invoquant les divinités de l’Inde, Narada de François Ducher relève davantage de l’œuvre mixte utilisant les sons fixés. Le violoncelle de y est éloquent et virtuose, s’inscrivant dans un paysage électronique très mouvementé qui fonde la dramaturgie de l’œuvre. Dans les pièces d’ et , la recherche de fusion du violoncelle et de la partie électronique en temps réel confine à l’ambiguïté des sources. L’envoûtement opère dans Zāmyād aux allures ritualisantes du compositeur franco-iranien . Au début de la pièce, les volutes micro-intervalliques de la musique persane semblent faire fléchir le geste répétitif et véhément du violoncelle. Dans la seconde partie plus extatique, habitée de résonances multiples, le violoncelle toujours très actif engendre de somptueuses images spectrales relayées par la magie de l’électronique. se souvient, quant à lui, d’une petite mélodie de son enfance, celle des affûteurs de couteaux jouée sur une flûte de pan que l’on entend dans El Afilador, pièce attachante et sensible du compositeur mexicain. L’imaginaire sonore est à l’oeuvre dans cette évocation troublante à laquelle participe le violoncelle intimiste et chaleureux, évoluant au coeur d’une partie électronique aussi fine que virtuose.

Le violoncelle est conducteur dans les pièces d’ et . Dans Naissance des mots de la compositrice espagnole, le « violoncelle augmenté » engendre sa trace électronique et génère un dialogue réactif et de plus en plus animé entre partie réelle et espace imaginaire qu’habitent des rumeurs étranges. Le solo énigmatique et fantasque du violoncelle qui introduit Je t’attendrai là où je suis… d’ captive également sous l’archet puissant de Marie Ythier ; l’arrivée différée du matériau électronique totalement saturé est du plus bel effet. Moins convaincante est l’option finale qui fait se dissoudre les notes du violoncelle dans l’aura électronique envahissante. En moins de cinq minutes, Macchina crudele de l’Italien se veut une métaphore kafkaïenne de la société. Expéditive et éminemment virtuose pour le violoncelle, l’écriture inscrit les traits incisifs et fulgurants de l’instrument dans un milieu électronique crissant et saturé qui brusquement sombre dans le néant…

Marie Ythier est rien moins qu’impressionnante dans cette performance exigeante et plurielle qui engage la virtuosité du jeu, la variété des couleurs et l’autorité du geste ;  augmenté de l’électronique, il s’impose au sein d’univers très singuliers que la violoncelliste s’est totalement approprié et qu’elle nous dévoile avec d’autant plus de maestria.

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Alireza Farhang : Zāmyād pour violoncelle et électronique; Antonio Juan-Marcos (né en 1979): El Afilador pour violoncelle et électronique ; Aurélien Maestracci (né en 1985) : Je t’attendrai là où je sais que tu ne seras pas (et m’effondrerai de ne pas t’y voir venir) pour violoncelle et électronique; Vittorio Montalti (né en 1984) : Macchina Crudele pour violoncelle et électronique; Núria Gimenez-Comas : Naissance des mots pour violoncelle et électronique; Jean-François Ducher (né en 1971) : Narada pour violoncelle et électronique. Violoncelle : Marie Ythier. 1 CD evidence ; enregistré en avril 2015 au CNSM de Paris. Texte français / anglais. Durée : 48’42.

 
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