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La belle rigueur virtuose du pianiste Joseph Moog

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Paris. Auditorium du Musée du Louvre. 13-I-2016. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Quinze variations et fugue en mi bémol majeur op. 35 « Eroïca ». Frédéric Chopin (1810-1849) : Sonate en si mineur op. 58. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Sonate en sol majeur op. 37 « Grande Sonate ». Joseph Moog, piano.

Le pianiste allemand , trop rare en France pour qu’on parle plus largement de lui, donnait un récital rassemblant trois œuvres monumentales.

Né en 1987, il étudie le piano à la Musikhochschule de Karlsruhe, puis poursuit son travail notamment avec Arie Vardi à Hanovre. Parmi les nombreux prix qu’il a obtenus, mentionnons tout particulièrement deux prix aux International Classical Music Awards (ICMA) en 2012 et 2014.

Il avait choisi d’ouvrir son récital avec 15 Variations et fugue « Eroica » de Beethoven. Pour cette œuvre gigantesque, construite sur le fameux thème utilisé au 4e mouvement de la symphonie portant le même nom, il met au service de la musique ses qualités les plus flagrantes : rigueur structurale et sonorité ouverte. Sa rigueur est naturellement accompagnée de grand scrupule, deux éléments explicitement présents dans le choix et le maintien du tempo. En effet, il ne se laisse jamais emporter par un enthousiasme flamboyant que l’on peut ressentir facilement en interprétant une musique dense et titanesque comme ces Variations.

Cette rigueur suscite quelque appréhension pour la Sonate n° 3 de Chopin. Il joue les trois premiers mouvements avec un tempo assez retenu, comme s’il vérifiait l’exactitude de chaque note ; le « Largo » a une allure de barcarolle plutôt que de nocturne comme on l’imagine habituellement et Moog fait un petit miracle avec les accords si aériens et si transparents juste avant la reprise du thème. Mais sa manière de souligner la partie mélodique, très « en dehors », devient un peu trop insistante à notre goût ; nous aurions préféré un peu de mélange ou fusion entre la mélodie et l’harmonie. Le finale est rapide, très rapide, dans un contraste avec le reste quelque peu déstabilisant.

Sous les doigts de , la Grande Sonate de Tchaïkovski, une œuvre trop rare au programme, retrouve sa solennité. Il l’interprète de manière « olympienne », avec des couleurs très variées, toujours une extrême attention portée aux détails. Il n’est aucunement ébranlé par le gigantisme mêlé du romantisme qui caractérise la composition, et la domine avec une maîtrise admirable. C’est indéniablement à travers cette Sonate qu’il montre le meilleur de son talent pianistique.

En bis, un Scarlatti (la Pastorale) et un Charles Trenet (En avril, arrangé avec grande virtuosité par Alexis Weissenberg), de caractère très différent l’un de l’autre, en guise d’excellents desserts, plein de légèreté et d’esprit, grâce auxquels on apprécie encore mieux le grand plat principal.

Crédit photographique : © Paul Marc Mitchell

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Paris. Auditorium du Musée du Louvre. 13-I-2016. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Quinze variations et fugue en mi bémol majeur op. 35 « Eroïca ». Frédéric Chopin (1810-1849) : Sonate en si mineur op. 58. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Sonate en sol majeur op. 37 « Grande Sonate ». Joseph Moog, piano.

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