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West Side Trovatore au Grand-Théâtre de Luxembourg

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Luxembourg. Grand-Théâtre. 25-II-2016. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Il Trovatore, drame lyrique en quatre partie sur un livret de Salvatore Cammarano et Leone Emanuele Bardare. Mise en scène : Richard Brunel. Dramaturgie : Catherine Ailloud-Nicolas. Scénographie : Bruno de Lavenère. Costumes : Thibault Vancraenbroeck. Lumières : Laurent Castaingt. Avec : Sung Kyu Park, Manrico ; Jennifer Rowley, Leonora ; Igor Golovatenko, il Conte di Luna ; Elena Gabouri, Azucena ; Ryan Speedo Green, Ferrando ; Evgeniya Sonitkova, Inès ; Pascal Marin, Ruiz. Chœur de l’Opéra de Lille (chef des chœurs : Yves Parmentier). Orchestre Philharmonique du Luxembourg, direction : Roberto Rizzi Brignoli.

Située à notre époque dans un camp de Roms, l’intrigue du Trouvère de Verdi survivra sans doute à cette énième transposition. Plateau homogène pour une mise en scène contestable mais parfaitement stimulante.

01_Il Trovatore © Simon GosselinCoproduit avec l’Opéra de Lille, le Théâtre de Caen et les Théâtres de la Ville de Luxembourg, le spectacle conçu par et Catherine Ailloud-Nicolas ne manque pas d’intérêt. Transposé dans un univers contemporain des plus sombres, au sein d’un décor qui évoque à la fois un squat sordide, un terrain vague mal fréquenté, un théâtre ou un cinéma abandonné, il déplace au XXIe siècle certaines des problématiques qui étaient déjà de mise du temps de Verdi : traumatismes, névroses et fixations psychologiques en tout genre, mais aussi histoires de factions, de rivalités amoureuses, de querelles de clans et de luttes de territoires, corollaires de l’incessante confrontation entre destin collectif et intérêt personnel. Qu’importe, donc, que le couvent où compte se retirer Leonora soit remplacé par un dispensaire ou par le siège d’une ONG caritative ; qu’importe que les costumes d’époque soient remplacés par des tenues on ne peut plus « grunge » ; qu’importe – comme d’habitude pour ce genre de transposition – que le spectacle proposé à l’œil du spectateur contredise à tout moment le texte du livret, rendu paradoxalement accessible de nos jours par le truchement du surtitrage… Le public aura apprécié l’habilité et la beauté irréelle du décor de Bruno de Lavenère, davantage évocateur des rues et des façades du West Side ou du Bronx que des salles de garde ou des passages secrets du château de Castellar, ainsi que la fluidité et la pertinence de la direction d’acteurs. L’intrigue du Trovatore y a-t-elle gagné en clarté et en transparence ? Pas si sûr. Mais personne ne croira que là était l’intention principale d’une telle mise en scène, qui se plaît surtout à souligner la complexité abyssale du sentiment, la nature labyrinthique des relations humaines ainsi que la violence insupportable du quotidien. Sans doute faudrait-il, pour parfaire ce spectacle où l’on ne saurait s’ennuyer une seule seconde, donner aux scènes de foule un véritable rythme et un réel mouvement. Il est vrai cependant que la structure compliquée du décor ne se prête guère aux déplacements rapides sur plateau de taille plutôt moyenne.

Sur le plan vocal, la distribution est généralement de bonne tenue, même si elle n’atteint à aucun moment l’exceptionnel. Doté de solides moyens vocaux, le baryton russe pêche par une ligne brouillonne et un chant par trop scolaire. Le ténor du Coréen possède davantage de couleurs, mais si l’artiste est davantage à la recherche de la nuance, il est parfois trahi par la difficulté de la quinte aiguë. Belle prestation en revanche de la soprano américaine , dont le spinto prometteur sait également se plier à la ligne et aux pianissimi de « D’amor sul’ali rosee ». Plus impressionante encore est la mezzo russe , avec ses graves de bronze et son tempérament de feu. Si Inès et Ruiz, dans leurs quelques phrases, parviennent à se détacher, le chant de la basse Ryan Speedo Green aura paru un peu fruste en dépit de moyens tout à fait adéquats. Très en forme, le chœur de l’Opéra de Lille a donné une remarquable prestation, de même que l’, galvanisé par un chef qui de toute évidence croit en la force orchestrale de cet opéra du jeune Verdi. En somme, une soirée énergisante à tous points de vue.
04_Il Trovatore © Simon Gosselin
Crédit photographique : chœur de l’Opéra de Lille (photo 1) ; et (photo 2) © Simon Gosselin

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Luxembourg. Grand-Théâtre. 25-II-2016. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Il Trovatore, drame lyrique en quatre partie sur un livret de Salvatore Cammarano et Leone Emanuele Bardare. Mise en scène : Richard Brunel. Dramaturgie : Catherine Ailloud-Nicolas. Scénographie : Bruno de Lavenère. Costumes : Thibault Vancraenbroeck. Lumières : Laurent Castaingt. Avec : Sung Kyu Park, Manrico ; Jennifer Rowley, Leonora ; Igor Golovatenko, il Conte di Luna ; Elena Gabouri, Azucena ; Ryan Speedo Green, Ferrando ; Evgeniya Sonitkova, Inès ; Pascal Marin, Ruiz. Chœur de l’Opéra de Lille (chef des chœurs : Yves Parmentier). Orchestre Philharmonique du Luxembourg, direction : Roberto Rizzi Brignoli.

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