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Yundi Li dans un programme Chopin à la Philharmonie

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Paris. Philharmonie 1, Grande salle. 13-IV-2016. Frédéric Chopin (1810-1849) : Quatre ballades op. 23, 38, 47 & 52 ; Vingt-quatre préludes op. 28. Yundi Li, piano.

YLi, à la Philharmonie, laisse des impressions contrastées.

Le pianiste chinois, rendu célèbre par sa victoire au concours Chopin de Varsovie en 2000, ne s’est guère écarté depuis de son compositeur de prédilection. Il vient encore d’enregistrer les quatre Ballades, qu’il a justement choisi de donner ce soir, suivies des vingt-quatre Préludes. Grandes fresques ou géniales ébauches, toutes ces pièces ont en commun leur audace formelle, la richesse de leur invention ; le pianiste leur applique pourtant une grille de lecture qui, pour être originale, n’en est pas moins uniforme.

Écartons d’emblée, parce qu’ils sont pardonnables et qu’ils s’émousseront avec l’âge, les défauts du virtuose en  : une propension à précipiter, pour les rendre plus brillants, les traits de vélocité (les « guirlandes », comme on les nomme parfois), ou des cadences finales excessivement tapageuses, accompagnées de gestes théâtraux. Ce qui gêne plus, c’est une manière souvent scolaire de timbrer les basses, ou de faire ressortir des contrepoints intérieurs même insignifiants, comme autant de gages d’une lecture attentive des partitions. Mais les pièces, dans leur ensemble, manquent de cohérence, de direction, d’âme. Il faudrait plus de respirations, plus de hauteur de vue, ou un rubato moins corseté pour que de ces Ballades s’élève un discours musical qui frappe l’imagination.

Un poète des pages oubliées

Certains passages sont toutefois très réussis, et il est remarquable qu’il s’agisse presque toujours de pages en général moins goûtées. On pense en particulier aux dernières mesures de la Première Ballade, à ces gammes qui semblent, sous les doigts de bien des pianistes, rallonger inutilement un propos déjà achevé. Mais Yundi Li, heureux sans doute d’être ici précurseur, en fait un moment d’une grande intensité, où deux personnages semblent dialoguer : au premier, symbolisé par les traits ascendants, rapides et violents, répond tristement un second, en accords graves et résignés.

Ajoutons aussi que Yundi Li possède une admirable science de la résonance. Le prélude en la bémol majeur, à ce titre, est superbe : il se conclut dans une ambiance feutrée, baignant dans le halo de lumière d’un accord parfait qu’entretient la pédale forte. D’autres trouvailles sont du même genre : les dernières notes des Préludes sont ces trois sépulcraux du bas du clavier, pour lesquels le pianiste sait trouver une teinte idéale, à mi-chemin entre glas et coups de semonce.

Crédits photographiques : © Wing Shya

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Paris. Philharmonie 1, Grande salle. 13-IV-2016. Frédéric Chopin (1810-1849) : Quatre ballades op. 23, 38, 47 & 52 ; Vingt-quatre préludes op. 28. Yundi Li, piano.

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