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Àgua de Pina Bausch au Théâtre de la Ville : une eau si sensuelle

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Paris. Théâtre de la Ville. 8-V-2016. Chorégraphie et mise en scène : Pina Bausch ; collaboration musicale : Matthias Burkert, Andreas Eisenschneider ; costumes : Marion Cito ; décor : Peter Pabst. Avec les danseurs du Tanztheater Wuppertal.

Sans titreLa compagnie de présente cette année trois oeuvres de l’artiste allemande, dont Auf dem Gebirge Hat man ein Geschrei gehört, qui sera présenté au Théâtre du Châtelet fin mai 2016 et Viktor en septembre 2016 dans ce même théâtre; et c’est aux premiers beaux jours du printemps que la pièce Àgua est amenée au public comme une réponse désaltérante à la chaleur qui s’installe, s’inspirant d’un voyage de la compagnie au Brésil en 2001.

Comme toujours, la chorégraphe sait être prolifique et généreuse. En créant nombre de petites saynètes qui révèlent une humanité profonde pleine de bienveillance, de tendresse, montrant l’absurdité de situations inhabituelles, cocasses, elle saisit les faiblesses qui attirent indéniablement une sympathie irrésistible. D’une durée de 2h30, le spectacle fait alterner une ambiance de vieille Europe décadente qui s’amuse dans une moiteur quasiment palpable (sur fond de diapositives ou de films de vacances dans un kitsch assumé) avec des scènes plus crues, peut être plus contemporaines, avec une nudité d’une scène soudainement immaculée et aveuglante d’une lumière zénithale. Le talent de est peut être de lier la danse pure, avec son langage propre, ses genoux souples pliés en grande quatrième, le délié décoordonné du haut du corps avec des scènes théâtrales, qui soulignent des situations communes émaillant la vie de l’être humain et qui le rendent accessibles à l’humour, au second degré. Dans un dialogue des corps ou les couples se retrouvent pour se rentrer l’un dans l’autre, s utiliser comme l’on ferait d’un objet pour s’aider à faire des acrobaties, le spectacle permet une grande interactivité avec le public à qui il est servi des boissons, ou bien à qui l’on demande d’allumer un briquet.

Le choix musical est en cela judicieux qu’il donne une certaine représentativité d’une culture terriblement entraînante, de même que l’emploi de la vidéo qui sait rester à titre d’accessoire et ne se substitue pas à ce qui se passe entre les êtres humains. Comme un saisissement des caractéristiques d’une culture que le touriste souhaite voir dans ses voyages, ce transport vers le Brésil est ici avec le rapport immédiat de l’homme avec son corps, avec la poésie du papier cellophane sous lequel des nageurs improbables font écho à un groupe de femmes videoprojeté évoluant sous l’onde d’une rivière rafraîchissante ou bien les poses lascives que prennent les hommes se trouvant derrière des serviettes qu’ils tiennent verticalement et sur lesquels figurent des dessins de femmes aux formes avantageuses.

L’eau fait son apparition dans les toutes dernières minutes de la pièce, célébration d’un élément si indispensable avec lequel vivent ces gens bizarres qui doivent mettre en place une stratégie ingénieuse de tuyauterie pour pouvoir bénéficier de ses vertus qui amènent la vie sur terre. Elle nourrit la créativité de Pina Bausch, dans cette pièce à l’atmosphère très personnalisée et à la joie sans cesse renouvelée.

Crédit photographique : Agua © Ursula Kaufmann

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Paris. Théâtre de la Ville. 8-V-2016. Chorégraphie et mise en scène : Pina Bausch ; collaboration musicale : Matthias Burkert, Andreas Eisenschneider ; costumes : Marion Cito ; décor : Peter Pabst. Avec les danseurs du Tanztheater Wuppertal.

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