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Étude sur la musique de Stefano Gervasoni

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Philippe Albèra : Le parti pris des sons. Sur la musique de Stefano Gervasoni. Contrechamps Editions. Genève. 2015. 510 p.

 

Le parti pris des sonsOn connaît le sérieux et l’engagement des Éditions Contrechamps, attachées à la pensée musicale des XXe et XXIe siècles à travers l’étude des grandes figures de la création sonore, aujourd’hui toutes disparues (Bartók, Webern, Boulez, Stockhausen, Nono, Ligeti, Zimmermann…). Creusant le même sillon, ce nouvel « opus » sur la musique de , signé Philippe Albèra (fondateur et actuel directeur de Contrechamps), fait un bond dans le siècle en s’intéressant à la génération marquée par ce que l’on pourrait appeler « la culture du son ».

C’est un travail de première main sur la musique du compositeur bergamasque (né en 1962), que Philippe Albèra soumet à son analyse, sensible autant que rigoureuse, et à la pertinence de sa réflexion.

L’ouvrage, qui impressionne par son volume (plus de 500 pages) et la densité de son propos, n’est pas une monographie mais une étude critique de l’œuvre de Gervasoni qui n’exclut pas les jugements de valeur, Albèra pointant les fulgurances comme les échecs au regard des stratégies engagées par le compositeur. D’une remarquable hauteur de vue, l’introduction cerne les enjeux de la création gervasonienne dans le contexte de sa génération. Est ensuite dressé, dans une première partie, une sorte de « lexique gervasonien » en dix-sept points abordant, sous l’angle conceptuel et sans le recours aux exemples musicaux, des questions de matériaux (sonorité, figure…), de stratégies compositionnelles (répétition, forme, réécriture…), de catégories stylistiques (simplicité, ton, esthétique…) qui constituent une approche essentielle autant que lumineuse d’une musique « exigeante dans la mesure où elle ne s’ouvre vraiment qu’à ceux qui prennent la peine de l’écouter » souligne l’auteur. Ce dernier revient à plusieurs reprises sur la perception des œuvres de Gervasoni « qui laissent planer une certaine insatisfaction pouvant aller jusqu’à la frustration […] et obligent l’auditeur à s’interroger sur le sens de cette incomplétude. » Albèra sélectionne près de la moitié du catalogue gervasonien (comptant quelques quatre-vingts opus) dans le « parcours de l’œuvre » dont la lecture, émaillée cette fois d’exemples musicaux, reste stimulante de bout en bout. Face à une écriture du timbre « qui ne se laisse pas réduire à des schémas et des diagrammes », Albèra aborde les partitions sous différents angles d’étude – Points, Lignes, Figures, Espace… – renouvelant chaque fois l’approche analytique.

L’attachement quasi vital du compositeur à la poésie se lit dans un chapitre central et captivant (Poésie), Albèra s’interrogeant sur le choix des textes et scrutant avec finesse les techniques d’approche du mot dans la musique de Gervasoni. Plus loin – Impur – il soulève la question épineuse des citations et autres références au passé (post ou alter-modernisme ?) qui nourrissent la pensée du musicien (dans descdesesasf), stimulent son imagination (Come que voz) jusqu’à courir le risque de l’hétérogène (Limbus Limbo). La problématique est débattue dans un passionnant « Épilogue », où le musicologue revient in fine sur la « pensée du timbre » au sein de laquelle Gervasoni  ouvre une voie singulière, en quête de profondeur et de spiritualité.

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Philippe Albèra : Le parti pris des sons. Sur la musique de Stefano Gervasoni. Contrechamps Editions. Genève. 2015. 510 p.

 
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