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Entretien croisé avant la tournée à Tokyo de Pascal Zavaro

14672817_1777431539213020_863679722_oDu 26 au 31 Octobre, la musique du compositeur français (né en 1959) connaîtra un véritable événement international. En effet, pas moins de trois concerts entièrement monographiques auront lieu à Tokyo. L’occasion de présenter un vaste programme de musique chorale et instrumentale. Rencontre croisée avec les protagonistes de cette tournée, le compositeur , la chef de chœur , et les violonistes et

« L’idée était alors de faire une sorte de « résumé » de mon lien musical avec le Japon. »

ResMusica : Comment l’idée de ce festival à Tokyo est-elle née ?

: J’ai été invité là-bas il y a deux ans par l’association « Music for Youth », afin de présenter diverses œuvres de musique de chambre, et je souhaitais revenir aujourd’hui avec un tout autre visage, en compagnie principalement des forces chorales de l’ensemble vocal Apostroph’ dirigé par . Nous partons donc avec dans nos bagages huit chanteurs, un chef, deux violonistes, un photographe et un compositeur. Nous y jouerons des pièces aux effectifs diversifiés : des Duos pour deux violons aux pièces chorales a cappella, en passant par La Machine de Trurl, conte musical pour deux violons, récitant et électronique, ou bien encore Bardo-Thödol dans une nouvelle version pour quatre voix de femmes, deux marimbas, biwa et deux violons, ainsi que mes deux cycles d’après la poésie de William Blake, Songs of Innocence et Songs of Experience pour violon et chœur.

RM : Keiko Abe, qui a été votre professeur de marimba lors de vos études à la Toho Gakuen, sera également sur scène pour jouer l’une de vos pièces. Quelles sont vos relations avec celle qu’on considère comme le « Rostropovitch du marimba » ?

PZ : Après mes études à Tokyo j’ai été à invité à de multiples reprises en tant que marimbiste ou jury de concours international, mais ma venue il y a deux ans était la première en tant que compositeur. Keiko Abe assistait au concert et souhaitait me commander une pièce pour marimba. L’idée était alors de faire une sorte de « résumé » de mon lien musical avec le Japon, un pays dans lequel j’ai vécu et étudié. Elle viendra donc improviser sur une mes propres pièces, je jouerai du marimba avec elle, Kakushin Tomoyoshi, joueur de biwa très connu là-bas se joindra à nous… Et ce sera également l’occasion de faire monter sur scène la compagnie de danse Saïga Ballet avec laquelle je résidais lors de mes études. Une vraie « apothéose » je l’espère !

RM : Pascal Zavaro, ce sera également le retour à votre instrument qu’est le marimba depuis 1993…

PZ : …Effectivement ! Les musiciens japonais ne souhaitant jouer qu’avec des professionnels, je rejouerai donc pour la première fois depuis plus de vingt ans, en duo avec Keiko Abe, pour ma pièce Bardo-Thödol qui est un voyage à l’intérieur du Livre des Morts tibétain.

RM : On retrouvera au cœur des concerts de cette tournée l’ensemble des deux concertos pour violon et chœur Songs of Innocence (2010) et Songs of Experience (2015), quelles en sont les caractéristiques ?

France de la Hamelinaye : Initialement il s’agissait d’un seul concerto qui a été depuis scindé en deux et auquel on a ajouté un mouvement (A Cradle Song, la berceuse qui prend place au centre de Songs of Experience). Avec Apostroph’ nous nous sommes dans un premier temps approprié Experience que nous avons créé en mars 2015, puis Innocence que nous montons spécifiquement pour cette tournée au Japon, avec notre octuor de solistes, tandis qu’à l’origine l’œuvre était pensée pour le plus large effectif du chœur Mikrokosmos de Loïc Pierre. Pour ce qui est du texte, les deux concertos ont été écrit sur des poèmes tirés du célèbre recueil de William Blake Songs of Innocence & of Experience, le choix des poèmes d’Innocence de Zavaro ne faisant pas forcément partie du recueil éponyme de Blake, et même principe avec Experience. Les deux cycles sont ainsi très différents, notamment du point de vue des énergies : dans Songs of Experience chaque mouvement s’achève par exemple dans une coda étirée qui s’évapore doucement, opposé au plus grand « classicisme » de Songs of Innocence.

PZ : En fait il s’agit vraiment de mon « innocence » et de mon « expérience » ! L’écriture à quatre voix de l’un (Innocence) est plus simple que celle à huit voix de l’autre (Experience). Par ailleurs, la pièce qui est aujourd’hui le début d’Experience (Ecchoing Green) ne me satisfaisait pas. Elle s’est transformée plusieurs fois avant de trouver sa forme définitive dans ce dialogue avec les huit voix solistes. La configuration violon et voix étant particulièrement complexe à traiter, notamment du point de vue des équilibres.

: Ainsi l’innocence est devenue expérience à travers ces changements et ce labeur. Le compositeur a gagné un peu d’expérience et perdu un peu d’innocence. (rires)

RM : Et autour de la thématique des textes utilisés ?

FH : La thématique entre les deux cycles est très unifiée, à savoir autour de la nature et de la vie. Le finale The Birds de Songs of Experience, est d’ailleurs un point d’aboutissement. Il s’agit d’un dialogue amoureux entre un oiseau masculin (quatuor d’hommes) et féminin (quatuor de femmes). En réalité tous les mouvements précédents, en forme de méditation sur le jour, la nuit, la vie et la mort, atteignent leur couronnement dans cette libération amoureuse au kaléidoscope de sentiments.

PZ : Il s’avère que je me suis trouvé très proche de Blake : en même temps illuminé, fou de liberté, et épris de spiritualité et de mysticisme. Ses poèmes témoignent ainsi d’une religiosité de la nature profondément moderne et hors-temps, d’une expression simple et non-romantique.

RM : Comment se caractérise l’écriture du violon dans ces deux œuvres ?

EG : La balance est renversée, à savoir que les voix accompagnent le violon autant que le violon les accompagne. Il prévaut alors une « mise ensemble » plutôt qu’une « mise en place », ce qui implique bien plus d’homogénéité et d’humanité.

FH : Le chanteur est d’ordinaire toujours soliste au premier plan, et cette configuration le force par moments à bifurquer vers un rôle d’accompagnement. Chacun a une place égale et au fond on ne sait plus qui est qui.

: C’est un vrai concerto de chambre, où chacun joue et s’écoute à tour de rôle et où il n’y a pas vraiment de « soliste ». En tant qu’instrumentiste, nous sommes inspirés par la sonorité du chœur.

RM : Et il y aura également une création au sein de ces concerts japonais, celle de Revoicy

PZ : J’ai écrit cette courte pièce (7 minutes) à la demande de la marimbiste et chanteuse Kyoko Kimura, une proche de Keiko Abe, dont la spécialité est de chanter tout en jouant du marimba. L’œuvre présente, sur des textes en français et en japonais, une alternance de couplets et de refrains, qui sont partiellement basés sur Le Printemps de Claude Lejeune. Ce sera la pièce la plus cross-over du programme !

Crédit photographique : L’ensemble vocal Apostroph’, France de la Hamelinaye, et Pascal Zavaro © Bernard Martinez 

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