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Alexander Ekman, chorégraphe du divertissement ?

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pg-alexander-ekman-straight-to-camera_1000, chorégraphe suédois au succès international croissant, va se faire connaître du public parisien à l’occasion de la présentation de son Swan Lake au Théâtre des Champs-Élysées à compter du 29 mars 2017. Il fera de nouveau l’actualité en décembre, avec la programmation de Play, sa première création pour le ballet de l’Opéra. Portrait de ce jeune chorégraphe de 34 ans qui cherche à redonner au ballet son caractère de divertissement, au sens noble du terme.

n’en fait qu’à sa tête, faisant fi des conventions et des usages établis : « Je n’ai aucune règle, je veux vous surprendre et vous faire oublier votre vie » explique-t-il au sujet de Play.

Difficile de caractériser ce personnage dont chaque pièce, différente de la précédente, surprend à bien des égards. Il utilise des thèmes loufoques jamais traités dans le ballet – les cactus, dans Cacti ou une vache dans Cow -, revisite les classiques en se permettant toutes les audaces (dans Swan Lake (2014), Ekman inonde la scène sous 6 000 litres d’eau !  » Dans Lac des cygnes, il y a lac, non ? »), mélange danse et théâtre dans May Two (2013) ou collabore avec la chanteuse Alicia Keys pour Tuplet (2012). Artiste complet, Ekman est familier des happening comme Fountain group ou Central Park – 97 Degrees où il se met en scène dans une vidéo ; il a également réalisé un film, 40 Meters Under (2009), avec le et s’est livré à un exercice à la lisère entre danse et one man show comique au Bolshoï, intitulé Thoughts at the Bolshoï (2015).

Qui est Alexander Ekman, ce chorégraphe qui bouleverse tous les codes et s’étonne que le monde du ballet ne soit pas déjà mort tellement il lui semble éloigné des gens ?

« Je n’ai aucune règle, je veux vous surprendre et vous faire oublier votre vie. »

Thought's at the BolshoiUn jeune chorégraphe prolixe

Alexander Ekman a commencé par suivre une formation tout ce qu’il y a de plus classique. Né à Stockholm en 1984, Ekman étudie à l’École du Royal ballet de Suède de 1994 à 2001. Il est engagé à 17 ans à l’Opéra royal de Suède où, lassé des contraintes de la technique classique, il ne reste qu’un an avant d’intégrer le Netherlands Dans Theater II en 2002. Là, Ekman travaille avec des chorégraphes comme , , , Johan Inger et . Il entre ensuite au où il fait ses débuts comme chorégraphe, en 2006, avec Flockwork.

Depuis cette première pièce, Ekman n’a cessé de créer. Il compte à présent plus de 35 pièces à son actif et a collaboré avec 45 compagnies dans le monde, dont le Nederlands Dans Theater I, le Ballet de l’Opéra du Rhin, les , la Compañia Nacional de Danza à Madrid, l’Iceland Dance Company et le Göteborg Ballet. De 2011 à 2013, Alexander Ekman est chorégraphe résident au Nederlands Dans Theater I.

C’est grâce à Cacti, ballet chorégraphié en 2010, que son nom commence à être reconnu à l’international. La pièce est saluée par la critique et récompensée par plusieurs prix.

Une œuvre désarmante qui cherche avant tout à captiver et divertir le public

La première préoccupation d’Ekman en tant que chorégraphe est de tromper l’ennui. C’est pour cela qu’il cherche avant tout à nous divertir, sans hésiter à nous faire rire. Les traits caractéristiques de son œuvre sont la présence de l’humour, capable de faire rire aux larmes un public qui n’y est guère habitué dans l’univers du ballet, la surprise perpétuelle causée par l’absence de limite à l’imagination et le travail sur le rythme.

Si l’humour est une des marques de fabrique d’Ekman, il se défend d’arriver dans un studio en cherchant à créer une pièce comique. Mais le travail créatif en lui-même doit être un amusement. Faire danser les danseurs dans l’eau pour Swan Lake ? « it was fun! » s’exclame Ekman.

Swan Lake E.Berg
Ekman est fasciné par le rythme. Tout son travail est une question de rythme et même une interrogation sur le rythme et comment nous y réagissons. Rondo, pièce créée en 2012 pour les illustre cette fascination pour le rythme, élément vital pour Ekman. « Rondo is all about rhythm. Rhythms in all ways » explique-t-il. Le rythme est en effet créé par toutes sortes de bruits et bruitages, allant du martèlement du sol avec les pointes des danseuses, à la respiration des danseurs en passant par quelqu’un qui court sur un piano !

S’il a créé une majorité de ballets contemporains, Ekman n’en a pas pour autant oublié la technique classique. Lorsque le Royal ballet de Suède lui passe commande en 2010, il crée Tyll (tulle en suédois) en 2012, un ballet sur pointes qui utilise le vocabulaire classique sur une musique composée à partir d’extraits des ballets classiques les plus célèbres. Si Ekman porte un regard amusé sur le ballet et si certains passages prêtent à rire, il se défend de faire une caricature du ballet et décrit plutôt cette pièce comme un « ballet sur le ballet qui explique et questionne celui-ci ».

« Mon but en tant que chorégraphe est toujours de capter votre attention. »

Chorégraphe du divertissement, Alexander Ekman ? Certainement, le divertissement est au centre de son œuvre et du processus créatif même, mais pas dans n’importe quel sens. Selon Ekman, le « divertissement » n’est en rien quelque chose de creux ou qui détourne de la réflexion. Au contraire, il le considère comme une sorte de méditation : si une œuvre est capable de retenir votre attention et de concentrer votre esprit sur une seule idée ou sur un flot de pensées, alors elle est méditative par essence. Sa prochaine création pour l’Opéra de Paris, sur une musique de Mikael Karlsson, s’intitulera Play, ce qui renvoie évidemment au registre du divertissement. Le jeu pour Ekman évoque l’univers de l’enfance et ses plaisirs insouciants. Mais au-delà du pur divertissement, ce ballet est conçu comme une interrogation sur le sens et le rôle du jeu lorsque l’on devient adulte. Rendez-vous en décembre prochain pour voir les surprises qu’Alexander Ekman nous réserve !

Bibliographie

  • Dance Tabs, Interview: Alexander Ekman, Director / Choreographer, on Cacti and other things, par Valerie Lawson, 17 février 2016
  • Interview d’Alexander Ekman pour la National Dance Company Wales, 2014
  • Interview d’Alexander Ekman au sujet de Play, Opéra national de Paris, 25 janvier 2017.

Crédits photographiques : Photographie n° 1: © Peter Greig ; Photographie n° 2 : © Jack Devant ; Photographie n° 3 : Swan Lake © E. Berg.

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