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Aldo Ferraresi, maître oublié du violon

À emporter, CD, Musique de chambre et récital, Musique symphonique

Aldo Ferraresi, « Le Gigli du violon – Enregistrements 1929-1973 inédits » (premier volume de la série « L’Art du violon »). Œuvres de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) ; Niccolò Paganini (1782-1840) ; Antonio Bazzini (1818-1897) ; Mario Guarino (1900-1971) ; Piotr Tchaïkovski (1840-1893) ; Stjepan Šulek (1914-1986) ; Antonín Dvořák (1841-1904) ; Alfredo D’Ambrosio (1871-1914) ; Edward Elgar (1857-1934) ; William Walton (1902-1983) ; Arthur Benjamin (1893-1960) ; Jean Sibelius (1865-1957) ; Dmitri Chostakovitch (1906-1975) ; Aram Khatchatourian (1903-1978) ; Carlo Jachino (1887-1971) ; Salvatore Allegra (1897–1993) ; Franco Mannino (1924-2005) ; Johannes Brahms (1833-1897) ; Gabriel Fauré (1845–1924) ; Eugène Ysaÿe (1858-1931) ; Richard Strauss (1864-1949) ; Pablo de Sarasate (1844-1908) ; Joaquín Turina (1882-1949) ; Franco Alfano (1876-1954) ; Karl Höller (1907-1987) ; George Gershwin (1898-1937) ; Claude Debussy (1862-1918) ; Leopold Godowsky (1870-1938) ; Fritz Kreisler (1875-1962) ; Maurice Ravel (1875-1937) ; Christoph Willibald Gluck (1714-1787) ; Igor Stravinsky (1882-1971) ; Carl Maria von Weber (1786-1826) ; Anton Arensky (1861-1906) ; Felix Mendelssohn (1809-1847) ; Gennaro Napoli (1881-1943) ; Joseph Achron (1886-1943) ; Johann Sebastian Bach (1685-1750) ; Franz Liszt (1811-1886) ; Franz Schubert (1797-1828). Aldo Ferraresi, violon. Augusto Ferraresi, piano (fils d’Aldo) ; Marco Martini, piano ; Ernesto Galdieri, piano ; Prospero Ferraresi, piano (frère d’Aldo) ; Carlo Vidusso, piano ; Giorgio Favaretto, piano. Enrica Alberti, soprano. Quartetto di San Remo. Ainsi que de nombreux orchestres et chefs d’orchestres. 18 CD Rhine Classics. Enregistré entre 1929 et 1973 à Naples, Zurich, Rome, Milan, Nice, Bâle, Londres, Turin. Notices en anglais. Durée : 20 heures

 

Les Clefs d'or

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Si est de nos jours méconnu, il fut jadis considéré comme l’un des grands musiciens de son époque. Aujourd’hui, son héritage discographique nous est offert par un label nouvellement créé, Rhine Classics, dans le cadre de la série « L’Art du violon ».

Né en 1902, appartient à l’une des dernières générations de violonistes qui, par l’originalité de leur style, ont su jouer de manière inimitable, unique et proprement personnelle. Pour de tels instrumentistes, l’idée de perfection n’a de réelle importance que parce qu’elle met en relief la beauté d’une composition en même temps que leurs propres moyens d’expression et leurs capacités virtuoses, et non parce qu’elle satisfait l’ambition de faire entendre idéalement toutes les notes. Si le jeu de ces « vieux maîtres » est susceptible d’être empreint d’un certain maniérisme, il serait aujourd’hui difficile de leur dénier la musicalité. C’est celle-ci, ainsi qu’une légèreté d’archet extraordinaire, qui planent sur les interprétations du violoniste : Ferraresi fait chanter son instrument comme peu d’autres. C’est pourquoi, d’ailleurs, on l’appelle le « Gigli du violon », comparant ainsi son art à celui de , qui possédait une des plus belles voix jamais entendues, avec une maîtrise totale du style et de la technique belcantistes.

Le coffret est très attractif. Non seulement en raison d’un livret bien illustré et accompagné d’un texte de présentation captivant, mais aussi, et peut-être avant tout, par son contenu. Il comprend en effet un grand nombre d’œuvres (y compris de concertos pour violon) ignorées du public français, dont quelques-unes trouvent ici leur enregistrement en première mondiale, comme par exemple le Concerto pour violon et orchestre en ré mineur de , composé en 1951, et enregistré cinq ans plus tard (et dont Aldo Ferraresi est le dédicataire). On notera que parmi ces œuvres, la plupart appartiennent au domaine de la musique contemporaine de la vie de l’artiste. Il y en a d’autres, au contraire, qui ont été écrites à l’âge romantique, comme par exemple le précieux (et peu répandu !) Concerto pour violon et orchestre n°4 en la mineur op. 38 d’, dont l’héritage créatif n’est réputé que pour La Ronde des lutins. Il reste à ajouter que la liste des concertos est complétée par quelques partitions largement connues, qu’il s’agisse de Mozart (Concerto pour violon et orchestre n°5), Beethoven, Tchaïkovski, Elgar et Chostakovitch (1er Concerto). On notera, par contre, que les concertos n’épuisent pas la liste des compositions orchestrales intégrées au coffret, puisque celui-ci comporte également des œuvres d’autres genres, cousues en un seul mouvement, comme, par exemple, deux Mélodies solennelles op. 77a de Sibelius.

En ce qui concerne la musique de chambre, il y a aussi bien des sonates de compositeurs connus, tels que Beethoven, Brahms, Fauré ou Strauss, puis d’autres sorties de la plume d’auteurs oubliés (comme Alfano, Guarino et Höller). Figurent encore d’autres œuvres pour violon et piano (comme El poema de una sanluqueña op. 28 de Turina), de même que pour piano et quatuor à cordes (Quintette pour piano et cordes op. 34 de Brahms), ou encore pour quatuor à cordes seul, exécutées ici par le Quartetto di San Remo dans lequel Aldo Ferraresi était premier violon.

Signalons que le dernier disque du coffret est une histoire de la vie de Ferraresi, racontée par lui-même en italien.

Le jeune virtuose et le maître assagi

Pour les interprétations, le style de Ferraresi se distingue par une ardeur incessante au début de sa carrière, ainsi que par la poésie et l’équilibre des dernières prestations. Le jeune Ferraresi prend des risques, tandis que le maître âgé se contente de la profondeur des couleurs et du calme de la narration.

On admire avant tout le Ferraresi virtuose, ce mélange de puissance et de fantaisie, d’une perfection tranquille et d’une grande plénitude de l’archet, mais aussi d’un lyrisme déchirant et parfois même douloureux. Bien que son violon soit, surtout pour les gravures de maturité, imparfait çà et là en regard des prestations d’un Heifetz ou d’un Milstein, il rayonne d’engagement et captive par sa présence dramatique.

On notera encore que l’héritage discographique d’Aldo Ferraresi est ici présenté sous forme restaurée dans le meilleur son possible. Pour ce qui est des reports, Emilio Pessina a veillé à ce que ces enregistrements puissent profiter de l’ambiance et de la plénitude sonore originale, tout en gardant un léger souffle de fond (notamment pour les enregistrements les plus anciens). Pour cela, il a utilisé de nombreuses sources : disques 78 tours, disques 33 tours, bandes radiophoniques, copies de bandes radiophoniques, ainsi que bandes audio extraites de diffusions télévisées.

Aldo Ferraresi est un violoniste qui mérite d’être redécouvert. Conscient des capacités de son collègue, lui-même osait une boutade qui en dit long : « Pourquoi me demandez-vous de jouer en Italie, lorsque vous avez déjà Aldo Ferraresi ? »

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