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Joseph Jongen et le violoncelle de Henri Demarquette

À emporter, CD, Musique symphonique

Joseph Jongen (1873-1953) : Concerto pour violoncelle et orchestre op. 18 ; Poème n°1 pour violoncelle et orchestre op. 16 ; Poème n°2 pour violoncelle et orchestre op. 46. Henri Demarquette, violoncelle. Orchestre Philharmonique Royal de Liège, direction : Christian Arming. 1 CD Musique en Wallonie. Enregistré en juin 2016, Salle Philharmonique de Liège, Belgique. Notices quadrilingues (français, anglais, néerlandais, allemand) excellentes (Christophe Pirenne). Durée : 55’40

 

mew_joseph_jongen_demarquette_armingPeu à peu, (1873-1953) sort enfin de l’incompréhensible oubli où l’avait relégué une certaine intelligentsia musicale belge. Dès 2003, à l’occasion du 50e anniversaire de sa disparition, une série d’enregistrements à l’initiative de l’ASBL « Les Amis de  », restitue à ce remarquable musicien la place qu’il n’aurait jamais dû quitter. Ce CD sous rubrique, consacré exclusivement à des œuvres pour violoncelle et orchestre par , poursuit l’exploration et honore le compositeur avec une éloquence chaleureuse.

À la suite de son Premier Grand Prix de Rome en 1897 avec sa cantate Comala op. 14, put perfectionner son art en France, en Italie et en Allemagne, notamment à Munich et à Berlin, où il écrit ses premières grandes œuvres orchestrales dont en 1900 le Poème n°1 en ré majeur pour violoncelle et orchestre op. 16 suivi du Concerto pour violoncelle et orchestre op. 18. Le Poème n°1 est essentiellement d’inspiration franckiste, dans la lignée du Poème élégiaque op. 12 d’Eugène Ysaÿe et du Poème pour violon et orchestre op. 25 d’Ernest Chausson, tous deux de 1896.

Dans le Concerto, on décèle en outre l’influence de Richard Strauss par la complexité du contrepoint et la luxuriance de l’orchestration, ce qui rendit d’ailleurs la critique belge assez sévère après une exécution de l’œuvre aux Concerts Ysaÿe le 15 mai 1904 : partition « un peu touffue », « trop encline à la divagation » ; premier Allegro « un peu grandiloquent » et Finale « très dense »… Par contre, l’Allemagne accueillit l’œuvre de façon très élogieuse : il est vrai que le cœur de ce Concerto, l’admirable deuxième mouvement lent, est en comparaison particulièrement réussi et émouvant. Poème n°1 et Concerto sont dédiés au violoncelliste belge Jean Gérardy (1877-1929), jeune prodige et vedette internationale à l’époque.

Déçu par le destin peu favorable à ces deux œuvres, Jongen, toutefois stimulé par l’admirable violoncelliste compatriote (1899-1969), n’entreprendra finalement l’œuvre suivante pour violoncelle et orchestre qu’en janvier 1916, dédiée à celui-ci : le Poème n°2 pour violoncelle et orchestre op. 46 dont le langage ne diffère guère essentiellement de celui du Poème n°1, tout en étant évidemment marqué par la Grande Guerre qui affecta particulièrement le compositeur.

Du Concerto pour violoncelle et orchestre, nous avions déjà connu en très estimable première discographique la fine version de la violoncelliste belge , bien soutenue par l’Orchestre National de Belgique sous la baguette de Roman Kofman (Cypres CYP1634). Toutefois l’interprétation du Français et de l’, sous la direction du chef autrichien , nous paraît plus consistante et exhaustive, offrant par ailleurs une autre première, celle non négligeable des deux Poèmes pour violoncelle et orchestre.

Mais il convient enfin de remarquer que ce n’est qu’après la Grande Guerre que le style de Joseph Jongen devient vraiment personnel, enrichi des apports impressionnistes (Debussy, et surtout Ravel qu’il admirait) et même parfois teinté d’atonalisme. Aussi il est un peu dommage que nos interprètes n’aient pas conclu le CD par la superbe Fantaisie rhapsodique pour violoncelle et orchestre op. 74 (1924), ou par les deux courtes pages que sont le Moto perpetuo pour violoncelle et orchestre op. 68 n°2 (1921), et l’Humoresque pour violoncelle et orchestre op. 92 (1930) dédié à , déjà cité précédemment.

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