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Jurowski et la Staatskapelle de Dresde au Festival Chostakovitch de Gohrisch

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Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie de chambre en ut mineur, op.110a ; Mélodies populaires juives, op. 79a. Arvo Pärt (né en 1935) : Cantus à la mémoire de Benjamin Britten. Mieczysław Weinberg (1919-1996) : Rhapsodie sur des thèmes moldaves, op. 47 n° 1. Staatskapelle de Dresde, direction Michail Jurowski. Evelina Dobračeva, soprano. Marina Prudenskaya, contralto. Vsevolod Grivnov, ténor. 1 CD Berlin Classics: 0300935BC. Enregistré en « live » en 2010, 2012, 2013 au festival Chostakovitch de Gohrisch .Livret bilingue anglais et allemand. Durée : 66’31.

 

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Shostakovich Festival – Michail Jurowski in GorischTrès bel album qui nous donne à entendre quatre œuvres de Dimitri Chostakovitch, , , enregistrées « live » au festival Chostakovitch de Gohrisch en 2010, 2012 et 2013 par à la tête de la .

Au-delà de sa qualité musicale remarquable cette publication nous rappelle que c’est dans cette ville de « suisse saxonne », située près de Dresde, que le compositeur russe composa son Quatuor à cordes n° 8, quatuor autobiographique dont Rudolph Barshai réalisa une superbe adaptation pour orchestre à cordes et, elle souligne l’importante influence de la musique et de la poésie juives dans l’œuvre de Chostakovitch.

Si le célèbre Quatuor à cordes n° 8 fut composé en 1960, son orchestration pour orchestre à cordes, due à Rudolph Barshai, appelée Symphonie de chambre, date de 1967. Bâti sur un thème principal épelant les initiales du compositeur (DSCH), il reprend nombre de citations d’œuvres antérieures tout au long de ses cinq mouvements débutant par une sorte de lamento bientôt interrompu par un jaillissement sonore cataclysmique et effréné, abrupte et acéré, suivi d’une danse sardonique et grotesque, avant un retour plus serein à un silence désespéré. Autant de climats différents parfaitement rendus par la mythique phalange saxonne dont on appréciera la somptuosité bien connue des cordes, tour à tour, élégantes, majestueuses, stridentes, violentes, ainsi que la netteté des attaques déclinant un phrasé particulièrement rêche et affûte, juste dans le ton comme dans la note.

Ambiance bien différente pour le Cantus in Memory of Benjamin Britten. Une œuvre épurée, poignante toute empreinte de regret, de souffrance, de paix et de tristesse composée en 1977 par en hommage à Benjamin Britten disparu en 1976. Une partition construite sur une mélodie descendante scandée par la cloche qui en accentue le caractère mystique et la poésie envoûtante. use, ici, d’une direction à la fois souple et tendue faisant valoir un superbe legato conduisant au climax où la ferveur devient bouleversante.

Qu’on ne s’y trompe pas, la Rhapsodie sur des thèmes moldaves composée en 1949 par Mieczyslaw Weinberg, compositeur d’origine juive et grand ami de Chostakovitch, est en fait une partition construite sur des thèmes juifs collectés en Moldavie, ses accents klezmer évidents en témoignent. Le titre choisi n’ayant pour but que d’éviter la censure antisémite stalinienne. La lecture magistrale de Jurowski fait à juste titre ressortir son appartenance à la musique juive, mettant en avant une dynamique pleine d’allant, des vents d’une parfaite justesse et des percussions conquérantes.

Les Mélodies populaires juives de Dimitri Chostakovitch qui closent cet enregistrement est un cycle vocal pour soprano, contralto et ténor composé en 1948, à partir d’un recueil de poèmes yiddish, traduits en russe, découvert par hasard par le compositeur qui comptait nombre d’amis et d’élèves d’origine juive. Cette question de l’antisémitisme soviétique restera toujours pour lui extrêmement douloureuse. Question sur laquelle il ne transigea jamais, n’hésitant pas afficher musicalement ses opinions dans des œuvres comme le Quatuor n° 8, le Trio n° 2 ou encore la Symphonie n° 13 dite « Babi Yar ». Ce recueil de 11 poèmes fut secondairement orchestré en 1964, ce qui enrichit considérablement son potentiel émotionnel par rapport à la version initiale pour piano. C’est une atmosphère de langueur douloureuse qui domine ce cycle à l’exception des trois derniers poèmes. L’interprétation donnée par les trois solistes et la est tout à fait convaincante par la qualité des voix et l’à propos de l’accompagnement orchestral en parfait accord avec les textes.

Un album superbe par la pertinence de son programme, par l’excellence de sa réalisation musicale et par la direction magistrale de Michail Jurowski qui est, à ce jour, un des rares chefs vivants à avoir connu personnellement Chostakovitch avec qui il joua quelques duos pendant son enfance ! Une légitimité indiscutable et un CD à ne pas manquer.

 

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Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie de chambre en ut mineur, op.110a ; Mélodies populaires juives, op. 79a. Arvo Pärt (né en 1935) : Cantus à la mémoire de Benjamin Britten. Mieczysław Weinberg (1919-1996) : Rhapsodie sur des thèmes moldaves, op. 47 n° 1. Staatskapelle de Dresde, direction Michail Jurowski. Evelina Dobračeva, soprano. Marina Prudenskaya, contralto. Vsevolod Grivnov, ténor. 1 CD Berlin Classics: 0300935BC. Enregistré en « live » en 2010, 2012, 2013 au festival Chostakovitch de Gohrisch .Livret bilingue anglais et allemand. Durée : 66’31.

 
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