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À Condom et Agen, un Barbier de Séville de qualité

La Scène, Opéra, Opéras

Condom. Théâtre des Carmes. 29-XI-2017. Agen. Théâtre Ducourneau. 1 XII 2017. Gioachino Rossini (1792-1868) : Le Barbier de Séville, mélodrame bouffe en deux actes sur un livret de Cesare Sterbini d’après Le Barbier de Séville ou La précaution inutile de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais. Mise en scène : Emmanuel Gardeil. Décors : Jean Ghilardini et Aymeri Duler. Costumes : Madeleine Nicollas. Lumières : Marion Jouhanneau et Sophie Lyon-Caen. Avec : Marc Souchet, Figaro ; Gaëlle Mallada, Rosine ; Charles Mesrine, Il Conte Almaviva ; Julien Véronèse, Don Bartolo ; Julien Bréan, Don Basilio. Émilie Véronèse, piano.

Sur les toits de SévilleLe joli petit Théâtre des Carmes à Condom, récemment reconstruit après un incendie salutaire, accueillait sa production lyrique annuelle avec Le Barbier de Séville produit par la compagnie régionale des Chants de Garonne.

Depuis sa composition par un Rossini de 24 ans, et malgré l’échec de sa création en 1816 à Rome, Le Barbier de Séville n’a guère quitté la scène. Il ne se passe pas une saison lyrique sans qu’un Barbier ne soit monté en Europe ou dans le monde. Ce miracle de longévité dans le goût du public est dû à la légèreté, la fraîcheur, la vivacité et la spontanéité de cette musique. Il est vrai que si l’on entre soucieux ou mélancolique, on ressort toujours plus léger, plein de bonne humeur et d’optimisme d’une représentation du Barbier pour peu que les voix soient belles et que la mise en scène respecte le caractère pétulant de la comedia del’arte. C’est encore le cas avec cette production des Chants de Garonne grâce à une mise en scène d’, pétillante, drôle et bourrée d’inventions.

Avec une grande économie de moyens, l’astucieux dispositif scénique est fait d’éléments mobiles se dépliant et s’articulant à plaisir, de façon à être installé dans de petits théâtres comme dans des salles de villages. Dans la même veine que le décor de Jean Ghilardini, les costumes à la fois contemporains et intemporels de Madeleine Nicollas adoptent cet esprit cartoonesque, qui se prête tant à l’esprit des personnages et de l’ouvrage. La veste du factotum Figaro est un étonnant couteau suisse équipé de toutes sortes d’outils, dont un terminal bancaire numérique d’où il encaisse les paiements du Comte.

À défaut d’argent, des idées !

Dans cette version piano-voix, la trame de l’histoire et la musique de Rossini sont scrupuleusement respectées, même si les personnages des valets et Berthe ont disparu. Si les sous-titres du texte des airs sont projetés, pour des raisons de compréhension tout public, a remplacé les récitatifs par un texte français réécrit, actualisé et bourré de lazzi par rapport aux dialogues de la pièce de Beaumarchais. L’ensemble est désopilant, d’autant plus que les personnages de Bartolo et Basilio sont ridiculisés à souhait.

Bartolo Chaperonne Rosine

Affublé d’une dégaine grotesque, le Basilio de n’en délivre pas moins une Calomnie aussi inquiétante qu’actuelle, tandis que dans les dialogues, Figaro souligne l’importance des réseaux sociaux. À l’aise dans les redoutables vocalises rossiniennes et délivrant un superbe Una voce poco fa, la Rosine de n’a rien d’une oie blanche et tient tête avec malice aux outrances paranoïaques de Bartolo. Son jeu espiègle est irrésistible lors de l’air fameux de Bartolo A un dottor della mia sorte où elle le manipule comme une marionnette avec la télécommande de la télévision… Le Comte de assure une présence scénique d’une duplicité efficace sous ses divers déguisements. Le Figaro de mène son monde selon un joyeux abattage. Mais c’est au Bartolo de que revient notre plus vive admiration pour sa performance burlesque en barbon pantouflard. Au final, le chant rossinien est fort bien servi par ces jeunes chanteurs, dont trois d’entre eux faisaient leur prise de rôle en Rosine, le Comte et Bartolo. Mention spéciale à l’accompagnement pianistique d’ qui assure avec grande justesse et une impressionnante virtuosité la riche partie orchestrale, selon un rythme très soutenu jusqu’à la tempête qui précède le final.

La mise en scène vive et pétillante d’Emmanuel Gardeil fait de ce Barbier une fête comme il se doit, où le bonheur est partagé tant sur scène que dans la salle. À la sortie, les mines sont réjouies autant par le jeu que par la qualité du bel canto.

Crédit photographique : © Alain Huc de Vaubert

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