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La Grenade de Debussy et de Falla par Wilhem Latchoumia

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Ibos. Le Parvis, scène nationale. 23-III-2018. Claude Debussy (1862-1918)/ Manuel De Falla (1876-1946)/ Frederico Mompou (1893-1987) : Soirée dans Grenade, extraits de Préludes, Sérénade andalouse, Fantasia Baetica, Charmes. Piano : Wilhem Latchoumia.

IMG_9119Lors d’une soirée aux couleurs de l’Espagne sur la scène nationale du Parvis Tarbes-Pyrénées, le pianiste propose un répertoire d’œuvres de deux contemporains, Debussy et De Falla qui, au-delà de leur amitié, partageaient aussi leur amour de l’Espagne, et plus précisément de la mythique andalouse, Grenade.

L’ordre de présentation des œuvres choisies pour ce programme reflète l’intention de l’interprète de mettre en lumière deux visions de l’Espagne, toutes deux racontées avec beaucoup de réalisme et de précision. C’est Soirée dans Grenade de Debussy qui assoit le cadre et dessine l’ambiance du concert. porte un regard intimiste et introspectif. L’œuvre transmet néanmoins une grande ouverture sonore exploitant les médiums graves et aigus, permettant à l’auditeur de se laisser transporter dans une balade nocturne au sein de l’agitation andalouse, dégageant toute l’aura des œuvres de Debussy. traduit avec conviction l’intention du compositeur. Debussy était fasciné par l’Espagne, bien qu’il ne pût jamais s’y rendre. C’est donc une Espagne rêvée, espérée, et racontée par son ami De Falla, que le pianiste nous propose. Les mélodies aux sonorités gitanes et les doux contrastes de nuances évoquent une Espagne vue de l’intérieur. Lopez, Albéniz et Soler suivent cette entrée en matière plutôt convaincante. L’interprète témoigne à travers son jeu des tumultes de cette vie trépidante, et ce, tout en légèreté et précision.

Puis Debussy revient avec un extrait de ses Préludes. Brouillard traduit à nouveau cette ambiance qui lui était si chère. Dans feu d’artifice, le pianiste utilise l’opposition entre les registres de manière très orchestrale.

De Falla entre en scène avant l’entracte, avec sa Sérénade andalouse. Les jeux rythmiques sont là, l’Espagne est racontée avec les tripes et avec nostalgie. L’implication de Latchoumia est totale. Il semble parler à son clavier, vit ses gestes, sourit, grimace et parle même parfois. On retrouve la fierté espagnole et à certains moments les mains du pianiste semblent presque exécuter des chorégraphies de flamenco ou de rivalité. Il termine en apothéose dans une intensité pleine de dynamisme et de rigueur rythmique.

Après une courte pause, le concert reprend tout en douceur, dans une ambiance presque méditative avec Charmes de Federico Mompou, comme une mise en miroir de la mélancolie des deux compositeurs mis à l’honneur ce soir. Debussy et son regret de n’avoir finalement jamais pu découvrir ce pays, et De Falla, nostalgique de sa patrie.

Le programme se termine avec un retour sur la terre espagnole de . La Danse du Meunier avec ses forts appuis très toniques propose des harmonies typiques du folklore espagnol. Enfin, la Fantasia Baetica, œuvre anguleuse et surprenante, pleine de dissonances, illustre parfaitement la fougue de la culture ibérique.

Avec une forte intelligence émotionnelle et tout en sobriété et humilité Wilhem Latchoumia a fait briller la scène du parvis à l’occasion de ce programme intéressant.

Crédit photographique : © Laetitia Perbet

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