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Une adaptation de L’Art de la fugue par l’Accademia Bizantina

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Johann Sebastian Bach (1685-1750) : L’Art de la fugue BWV 1080. Accademia Bizantina, Ottavio Dantone : clavecin et direction. 1 CD Decca. Durée : 76:55

 

deccaadf-768x768Cet énième enregistrement de l’ultime cycle de Bach retient l’attention.

L’Art de la fugue a beau être une somme et un sommet de l’art contrapuntique de , il ne représente pas moins un défi de taille pour le claviériste qui veut soutenir l’intérêt de l’auditeur lorsqu’il joue le cycle in extenso ; d’autant que rien n’indique de manière sûre que telle ait été sa destination. D’où l’intérêt de le jouer à plusieurs, comme l’atteste la multitude d’adaptations pour toute sorte d’ensembles instrumentaux. C’est ce qu’a choisi de faire l’ensemble italien . S’il n’ose pas la flûte et les hautbois de son compatriote Rino Alessandrini et de son Concerto Italiano (Opus 111, 1999), ou l’impressionnant attirail de vents et de violes de gambe de Jordi Savall (Alia Vox, 1986/2001), a tout de même eu une idée particulièrement intéressante : faire appel au clavecin et à l’orgue positif en complément d’un quatuor à cordes.

L’ propose ainsi toute une variété de combinaisons, du clavecin ou de l’orgue seul au tutti, en passant par les cordes seules (Contrapunctus 12) ou le clavecin et l’orgue ensemble (Contrapunctus 13). Cette variété existe d’une fugue à l’autre, mais on peut la retrouver également à l’intérieur d’un même morceau, comme dans la Fuga a 3 Soggetti ultime, où le premier sujet est pris aux cordes, le deuxième au clavecin seul et le troisième en tutti avec l’orgue. À l’inverse de la plupart des interprètes, qui recherchent l’unité à travers les fugues du cycle, la troupe d’ n’a aucun scrupule à jouer des contrastes de caractères et de rythmes que la partition permet de toute évidence. Ainsi, avec son jeu sautillant, le Contrapunctus 13 semble un mouvement de sonate pour violon et clavecin, tandis que le Canon in Hypodiapason a des allures de concerto, bien loin de l’atmosphère recueillie et appliquée d’un Contrapunctus 3 à l’orgue seul ou d’un Contrapunctus 8 au clavecin. Au risque de choquer les puristes, les musiciens prennent des risques (le Contrapunctus 9 pris vraiment vite) et proposent des choses qui, sans être franchement de mauvaises idées, peuvent sembler étranges (les accords plaqués du clavecin dans le Contrapunctus 7 ou l’alternance de l’orgue et du clavecin solo dans le Contrapunctus 11).

On sent que prime ici la volonté de rendre vivante cette musique, trop souvent montrée sous un jour austère. Comme jamais la précision ou la musicalité ne sont prises en défaut, comme le jeu est parfaitement conduit tout du long, le plaisir de l’écoute ne s’érode pas, tout comme celui d’entendre se dérouler cette partition d’une perfection contrapuntique inouïe. Cette approche chambriste de L’Art de la fugue, dans le sillage de Rinaldo Alessandrini, convainc finalement.

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Johann Sebastian Bach (1685-1750) : L’Art de la fugue BWV 1080. Accademia Bizantina, Ottavio Dantone : clavecin et direction. 1 CD Decca. Durée : 76:55

 
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