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Musique et sport avec l’ONDIF dirigé par Julien Masmondet

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Philharmonie. 10-IV-2018. Tetsuya Yamamoto (1989*) : In the circle. Claude Debussy (1862-1918) : Jeux, poème orchestral. Arthur Honegger (1892-1955) : Rugby, Mouvement Symphonique n°2, H. 67. Iannis Xenakis (1922-2001) : Rebonds B, pour percussions. Andy Akiho (1979*) : Ricochet, concerto pour ping-pong, violon et percussions. Ann-Estelle Médouze, violon ; Georgi Varbanov, percussions ; Edouard Signolet, mise en espace ; Yann Lheureux , comédien ; Elsa Tauveron , comédienne ; Christophe Legout, ping-pong ; Daniela Dodean-Monteiro, ping-pong. Orchestre national d’Île-de-France, direction : Julien Masmondet.

julien masmondetAvec cinq œuvres des XXe et XXIe siècles, l’Orchestre National d’Ile-de-France dirigé par donne à la Philharmonie de Paris un programme musical centré sur le sport. D’une création du jeune Tetsuya Yamamoto inspirée par les JO de Nagano, le concert évolue vers Debussy et Honneger avant de rebondir vers Xenakis, pour s’achever par un concerto pour ping-pong accueilli triomphalement.

Présenté quatre jours plus tôt au POC d’Alfortville, le concert sportif de l’Orchestre National d’Île-de-France à la Philharmonie débute par la création In the circle… de Tetsuya Yamamoto, Prix du Jury du Concours Île de créations 2018. L’œuvre de dix minutes décomposée en cinq mouvements de deux minutes respecte le règlement imposé pour cette épreuve. Elle démarre dans un style résolument sériel par Fanfare d’Athènes avant de trouver un climax dans les forte du mouvement médian, Citius, Altius, Fortius, non avare en percussions. L’atmosphère se refroidit avec les couleurs boréales de Winter, avant qu’Illumination for Olympia ne clôture cette pièce écrite sur le thème des Jeux Olympiques.

Les deux œuvres suivantes sont déjà des classiques ; d’abord Jeux de Debussy, qui montre tant la qualité des cordes que des vents de l’Orchestre National d’Île-de-France ; puis Rugby, mouvement symphonique n° 2 d’Arthur Honneger écrit après Pacific 231. Faite pour magnifier le rythme et la dynamique de ce sport, la partition aurait pu bénéficier de plus d’intensité de la part de l’orchestre, notamment avec un surplus de compacité des groupes de cordes, mais il faut saluer la tenue rythmique de l’ensemble grâce à la gestuelle évidente du chef .

Le retour d’entracte se développe en brutalité grâce à Rebonds B de Yannis Xenakis, interprété avec force et puissance par Georgi Varbanov, seul sur la scène plongée dans une quasi pénombre aux reflets rouges, tout comme les lumières au bout des baguettes du musicien. Cette œuvre échauffe le public, maintenant prêt pour le Ricochet final, un concerto pour ping-pong d’Andy Akiho d’environ vingt-cinq minutes, créée à Shanghai en 2015. L’œuvre regroupe un orchestre symphonique complet associé à un violon solo – ici superbement tenu par , première violon dans l’orchestre en première partie – ainsi qu’à un percussionniste et deux pongistes.

Le style de composition ne peut cacher sa parenté avec le minimalisme américain par l’utilisation de cellules répétitives au rythme souvent soutenu, même s’il reste d’une forme libre par rapport à cette école et lorgne bien plus vers les Chairman Dances d’un John Adams que vers les œuvres d’un Steeve Reich ou d’un Terry Riley. Deux pongistes jouent alors face au public sur une table de ping-pong placée comme un piano devant le chef. Des capteurs augmentent le volume sonore en suivant rythme du jeu et s’ajoutent aux autres percussions, dont celles de Georgi Varbanov de retour sur scène, et d’autres percussionnistes également très sollicitées dans l’orchestre. L’utilisation du ping-pong reste un gadget souvent remplaçable par des sons que d’autres percussions ou un métronome auraient pu créer, mais l’effet visuel qui en résulte est d’une formidable efficacité.

A cela s’ajoute la prestation exemplaire des deux pongistes, le Français Christophe Legoût et la Roumaine Daniela Dodean-Monteiro, impressionnants de concentration et de rigueur dans la rythmique comme dans les variations d’ampleur des sons recherchées, avec des modulations générées soit par la puissance et la vitesse des échanges, soit par l’utilisation d’autres objets qu’une raquette, comme un verre à pied ou un tambourin. Ce match en trois parties n’aurait toutefois pu offrir le même impact sans l’énergie de l’orchestre, ni sans l’impeccable battue et mise en place du chef Julien Masmondet.

Crédit photographique © Neda Navaee

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