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En Seumeillant du Sollazzo Ensemble, rêveries moyenâgeuses

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Anonyme : El Cant de la Sibilla. Franchinus Gaffurius (1451-1522) : Litania mortuorum discordans (arrangement : A. Danilevskaia). Andrea Stefani (fin du XIVe siècle) : Morte m’a sciolt’, Amor. Anonyme du Robertsbridge Codex : Estampie. Anonyme du Laudario di Cortona : Magdalena degna da laudare. Giovanni da Firenze (milieu du XIVe siècle) : La bella stella. Solage (fin du XIVe siècle) : Fumeux fume. Johannes Symonis de Haspre (? – 1428) : Puisque je suis fumeux. Trebor (fin du XIVe siècle) : En seumeillant. Jacob de Senlèche (fin du XIVe siècle) : En ce gracieux tamps. Anonyme du Ivrea Codex : Or sus, vous dormez trop. Sollazzo Ensemble. 1 CD Editions Ambronay. Enregistré du 5 au 9 mars 2017 au Centre culturel Bonnet de Jujurieux. Notice bilingue (français et anglais). Durée : 62:34

 

Pour ce deuxième enregistrement intitulé En Seumeillant, dreams and visions in the Middle Ages, le jeune s’aventure dans d’étonnantes escapades imaginaires mises en musique durant deux siècles dans toute l’Europe, de l’Italie du XIIIe siècle jusqu’à la France du début du XVe siècle, et confirme son goût pour les chansons du Trecento et de l’.

En seumeillant - Sollazzo Ensemble - AmbronayLe voyage démarre en Catalogne par les divinations énigmatiques de celles qui furent considérées comme des incarnations de la sagesse divine, les sibylles, avec la prophétie mise en musique El Cant de la Sibilla. Chant apocalyptique interprété à chaque Noël pour rappeler l’imminence du jugement dernier aux fidèles, la ferveur religieuse se traduit musicalement par les sonorités mystiques des voix, notamment des piani en début de phrases qui semblent sortir d’outre-tombe jusqu’à une intensification du chant à la dernière strophe, soutenues par un bourdon à la vièle à archet et quelques arpèges ponctuels discrets à la harpe. L’atmosphère ne dénote pas avec la Letania mortuorum discordans qui enchaîne, tradition orale milanaise cette fois-ci, où ce qui semble être du chant grégorien se révèle un contrepoint où les dissonances sont foisonnantes (le « contrepoint discordant » fut reconstitué grâce au traité Pratica musicae de Gaffurius), donnant une impression de malaise à l’écoute de cette musique usitée lors de rites mortuaires. La délivrance et l’apaisement arrivent à la troisième piste de ce disque avec la litanie Morte m’a sciolt’, ultime voyage de l’âme.

Nouvelle étape annoncée par une Estampie, pièce instrumentale pleine de vigueur grâce aux accents fougueux des deux vielles de Sophia et Anna Danilevskaia et à la virtuosité du harpiste Vincent Kibildis. Avec le refrain et les couplets du chant de louange florentin Magdalena degna da laudare, la bienveillance divine s’installe pour trouver son apothéose avec le madrigal italien La bella stella. Accompagné d’un jeu bien calibré à la harpe, le rêveur est guidé par la lumière d’une étoile vers un jardin où un lys blanc se transforme miraculeusement en une rose rouge et blanche (le lys pouvant symboliser autant la Vierge que l’amante), ce chant se concluant par une ligne vocale bien singulière en écho avec l’étonnement du narrateur. Nous aurions placé la deuxième Estampie du manuscrit de Robertsbridge à ce moment pour ne pas dissocier les deux compositions musicales consacrées aux Fumeurs, cette société secrète de la fin du XIVe siècle formée de nobles et d’artistes autour de la figure du poète Eustache Deschamps.

Le langoureux Fumeux fume répond au revendicateur Puisque je sui fumeux, énigmatiques tous deux avec leurs jeux de mots équivoques et cet expérimental. Expression d’un trait de caractère ou fumées hallucinogènes brumeuses d’une étonnante complexité ? La réponse n’est pas encore trouvée, même par les chercheurs spécialisés dans la musique tardo-médiévale. Pour les plus réfractaires, c’est un réveil en fanfare qui clôture ce disque avec la pièce Or sus vous dormez trop, où à travers l’éloquence amoureuse du jeune amant, se retranscrit toute la fantaisie amoureuse médiévale, donnant une dernière occasion à l’ensemble Sollazo d’affirmer une rigueur d’interprétation et une riche palette expressive dans cette variété foisonnante de styles et d’esthétiques.

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Anonyme : El Cant de la Sibilla. Franchinus Gaffurius (1451-1522) : Litania mortuorum discordans (arrangement : A. Danilevskaia). Andrea Stefani (fin du XIVe siècle) : Morte m’a sciolt’, Amor. Anonyme du Robertsbridge Codex : Estampie. Anonyme du Laudario di Cortona : Magdalena degna da laudare. Giovanni da Firenze (milieu du XIVe siècle) : La bella stella. Solage (fin du XIVe siècle) : Fumeux fume. Johannes Symonis de Haspre (? – 1428) : Puisque je suis fumeux. Trebor (fin du XIVe siècle) : En seumeillant. Jacob de Senlèche (fin du XIVe siècle) : En ce gracieux tamps. Anonyme du Ivrea Codex : Or sus, vous dormez trop. Sollazzo Ensemble. 1 CD Editions Ambronay. Enregistré du 5 au 9 mars 2017 au Centre culturel Bonnet de Jujurieux. Notice bilingue (français et anglais). Durée : 62:34

 
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