Un portrait attachant mais un peu trop lisse de Valery Gergiev

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Valery Gergiev, Rencontre, Entretiens avec Bertrand Dermoncourt. Editions Actes Sud, Classica, Arles. 212 pages. 22 euros. 2018.

 

gergiev actes sudChef omniprésent sur la scène internationale, boulimique de musique à la discographie proliférante, est une personnalité hors normes, capable en concert du meilleur mais aussi hélas parfois du moins bon. Une série d’entretiens réalisés par bribes mais ordonnés avec clarté nous permettent de mieux cerner une personnalité fascinante dévorée par un réel amour de son art.

Rédigé et mis en forme avec beaucoup d’intelligence à partir d’entretiens menés de façon un peu chaotique en fonction des déplacements du maestro (le premier à travers la porte d’une chambre d’hôtel pendant qu’il prenait sa douche), ce livre apporte un éclairage bienvenu sur l’une des personnalités les plus étonnantes de la direction d’orchestre actuelle.

On y découvre l’histoire d’un homme dont les talents musicaux explosent très jeune et qui, depuis sa ville natale de Vladikavkaz en Ossétie, va conquérir Léningrad pour affirmer sa puissance à travers l’opéra du Mariinsky. La passion du musicien pour son art éclate à chaque instant ; la liste des compositeurs qu’il admire ne surprendra pas, car on y retrouve Prokofiev avant tout, mais aussi Chostachovitch et Tchaïkovski, les russes l’emportant manifestement dans son cœur sur les autres génies de la musique. Un seul se voit réellement démoli en quelques lignes, Pierre Boulez : « je suis heureux de constater que plus personne n’écrit comme Pierre Boulez. Cette période assez stérile de l’histoire de la musique est terminée, heureusement. Cela dit, c’était un grand chef d’orchestre… »
Quant à ses maîtres au podium, on ne s’étonnera pas non plus de voir Evgueni Mravinsky figurer en tête de se admirations, même s’il ne l’a en fait jamais connu personnellement, devant Kondrachine ou Svetlanov, mais on salue le goût du chef pour Furtwängler ou Knappertsbusch dans Wagner, Celibidache ou Wand (mais encore et toujours aussi Mravinsky ) dans Bruckner.

Non sans humour, Gergiev définit sa propre direction comme « embrouillée » : « ma gestique est floue et j’embrouille plus les orchestres que les autres chefs. Comme ils sont embrouillés, ils font plus d’efforts pour s’y retrouver, et cela augmente l’attention ».

Sur le plan politique, le maestro réaffirme son indéfectible soutien à Poutine et fustige les journalistes occidentaux qui ne comprennent rien à la Russie. Tout ceci dessine un portrait intéressant mais assez lisse et laisse de côté certains sujets très contestés de l’art du chef ossète, notamment l’irrégularité de ses prestations parfois malmenées par l’insuffisance de répétitions et une vie tellement débordante de déplacements et d’engagements qu’inévitablement le résultat s’en ressent. L’accroche assez racoleuse de « véritable Karajan du XXIe siècle» n’en apparaît que plus déplacée tant il y a loin du perfectionnisme du maître autrichien au laisser-aller parfois (mais pas toujours) génial de son disciple russe.

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  • Michel LONCIN

    Pierre Boulez, qui enterrait sans autre forme de procès toute musique non sérielle ante et post 1945 (tout particulièrement Chostakovitch !), recueille ce qu’il a semé …

    « Sur le plan politique, le maestro réaffirme son indéfectible soutien à Poutine et fustige les journalistes occidentaux qui ne comprennent rien à la Russie. » … TOUT A FAIT d’ACCORD !!!

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