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Sunwook Kim en récital à la Philharmonie de Paris

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Philharmonie de Paris. 18-VI-2018. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Andante favori en fa majeur WoO 57 ; Sonate n° 8 en ut mineur op. 13 « Pathétique » ; Sonate n° 14 en ut dièse mineur op. 27 n° 2 « Clair de lune » ; Sonate n° 23 en fa mineur op. 57 « Appassionata ». Sunwook Kim, piano

Sunwook KimAbsent des scènes depuis plusieurs mois, Murray Perahia n’a pu honorer sa tournée de juin. Pour éviter d’annuler un soir de récital à la Philharmonie dans le cadre de la saison Piano Quatre Étoiles, a été invité à le remplacer dans un programme intégralement consacré à Beethoven, au milieu duquel une magnifique Sonate « Clair de Lune ».

Murray Perahia annoncé souffrant depuis l’annulation de sa tournée d’avril aux États-Unis n’a pu se rétablir à temps pour son récital de fin de saison parisien. Dans l’attente d’un retour du septuagénaire à la rentrée, place aux jeunes, avec en contrepartie le Sud-coréen tout juste trentenaire , entendu cette année à Paris seulement en duo avec Edgard Moreau au Théâtre des Champs-Élysées, et donc ce soir à la Philharmonie de Paris avec l’opus 57 déjà interprété en 2017.

L’Andante favori en fa majeur WoO 57 sert de mise en bouche à ce concert intégralement consacré à . L’agilité du doigté impressionne, mais pour l’auditeur qui a maintenu sa participation malgré le remplacement de Murray Perahia, le style et surtout l’absence de toute forme de tradition européenne dans le rendu peuvent troubler. La Sonate n° 8 opus 13, la deuxième du compositeur dans la tonalité de do mineur après la n° 1 de l’opus 10, expose déjà plus de personnalité, bien qu’elle reste quelque peu extérieure à tout sentimentalisme. L’agilité du premier mouvement attire cependant, et même si Sunwook Kim ne propose encore aucune tonalité pathétique dans cette pièce, force est de reconnaître la qualité du jeu autant qu’une souplesse nouvelle chez le pianiste, tant dans les accents du clavier que dans l’utilisation de la pédale.

Le retour d’entracte prépare à de toutes autres sphères, car dès les premiers accords de la Sonate n° 14 en do dièse mineur opus 27 n° 2, dénommée « Clair de Lune » à titre posthume par Rellstab, l’Adagio sostenuto en forme de marche funèbre trouve une intériorité d’une rare puissance. Plus question cette fois de reprocher un discours trop distant : la force émotionnelle est maintenant évidente dans le doigté, et il s’y joint une superbe ductilité des accords de la main droite à l’Allegretto, puis un Presto agitato que jamais sans doute le pianiste d’abord prévu ce soir n’aurait pu interpréter avec tant de fluidité.

La Sonate n° 23 en fa mineur « Appassionata » précède de quelques années le Concerto « Empereur », mais donne à présent à entendre le style plus aguerri d’un compositeur révolutionnaire. La dextérité maîtresse de Kim offre une prestation de référence, malgré quelques accords dissonants du piano à la deuxième octave, puisque l’on a privilégié l’instrument appartenant au directeur de Piano Quatre Étoiles, , plutôt que l’un des magnifiques Steinway & Sons de la Philharmonie. Le déluge d’arpèges du Presto final, exécuté avec là encore une facilité déconcertante par le pianiste, conduit à un tonnerre d’applaudissements, puis à deux rappels, l’Intermezzo n° 2 des Sechs Klavierstücke opus 118 de Brahms, avant l’Impromptu n° 2 de l’opus 90 D. 899 de Schubert.

Crédits photographiques : © John Rudoff

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  • Martin Antoine

    Interessant « l’absence de toute forme de tradition européenne » mais y-a-t-il une vérité quant à ces grands textes musicaux qui ont à priori une portée universelle ?

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