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Oisillons fugitifs aux confins de la Renaissance et du Baroque espagnols

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

« Pajarillos fugitivos ». Chansons et airs de : Enríquez de Valderrábano (vers 1500-après 1557) ; Tomás de Herrera (1585-1654) ; Étienne Moulinié (1599-1676) ; Luis de Milán (avant 1500-après 1561) ; Gabriel Bataille (1574/1575-1630) ; chansons anonymes ; chansons traditionnelles. Jonatan Alvarado : ténor, guitares, vihuela ; Sofia Pedro : soprano. 1 CD Ayros. Enregistré en février 2017 au Palais de Koszęcin en Pologne. Textes de la notice en espagnol et anglais. Durée : 54:21

 

pajarillos

« Pajarillos fugitivos » veut dire en espagnol « Oisillons fugitifs ». Dans un album émouvant et enchanteur,  nous livre des chansons et des airs du Baroque naissant, qui ont pour dénominateur commun la langue castillane et la thématique de la vie affective, notamment celle de l’amour.

Les œuvres réunies dans cet album nous sont parvenues à partir de sources différentes, répandues à travers plusieurs pays d’Europe et d’Amérique latine. Une huitaine d’entre elles sont issues d’un manuscrit copié au Pérou dans la seconde moitié du XVIIe siècle, et dénommé le Codex Zuola en l’honneur de son auteur, le moine franciscain Gregorio de Zuola. Ce recueil comporte – parmi des chroniques, horoscopes, recettes médicinales et observations astronomiques – un bouquet de plus de 40 poèmes, dont 17 se voient accompagnés d’un fond musical. Cinq autres compositions de ce disque, élaborées sur des textes espagnols d’auteurs non identifiés, sont extraites du troisième livre d’Airs de cour d’Étienne Moulinié, rendant hommage à la musique profane de son époque.

Le ténor argentin  présente ces pièces avec une délicatesse de phrasés et la poésie d’un timbre suave. De son exécution, on admire la fraîcheur d’une voix aussi subtile et chaleureuse qu’ample et toute naturelle, sans vibrato ni jeu d’affects. Sa palette expressive pourrait paraître un brin limitée ; pourtant, à l’écoute de cette prestation, on se laisse emporter par les idées interprétatives du chanteur qui, de cette façon, nous permet de plonger plus avant dans le sens des paroles. Cette simplicité caractérise également l’émotion exprimée par la voix de la soprano – tout à la fois fragile, allègre et séductrice, mais aussi, par moments, imprégnée de mélancolie – qui se joint parfois à Alvarado pour former un duo de grande musicalité et finesse. Ils sont particulièrement envoûtants dans la chanson traditionnelle argentine El pajarillo (Petit oiseau), parlant de l’amour vu à travers les yeux d’une personne matériellement pauvre, vivant en harmonie avec la nature.

Pour ce qui est de l’accompagnement de Jonatan Alvarado, nous pouvons entendre aussi bien des guitares renaissance et baroque que la vihuela, un instrument ancien d’origine aragonaise, cousin du luth renaissance. Le jeu du musicien – dépourvu de toute agressivité et orienté selon une approche tantôt ludique, tantôt nostalgique – ravit autant par la limpidité et l’élégance du ton que par la pureté des contours.

Voici un disque différent des autres, fascinant et enchanteur, séduisant et émouvant, dont l’écoute nous procure un nouvel aperçu sur la chanson ancienne.

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