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Birgit Nilsson : une voix à part

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Birgit Nilsson : A league of her own. Film documentaire. Réalisation : Thomas Voigt et Wolfgang Wunderlich. Production : C Major. Durée : 89:00

 

Les Clefs d'or 2018

birgit nilsson dvd unitelÀ l’occasion du centième anniversaire de sa naissance, le label C Major publie un documentaire célébrant la grande soprano suédoise , décédée en 2005.  On lui devait bien ça !

Ne nous mentons pas, ce documentaire est une commande de la Fondation et de son directeur Rutbert Reisch et, de ce fait, il s’adresse avant tout au cercle des admirateurs de la soprano. Toutefois, ce dernier est grand, aussi gigantesque que les moyens déployés par la cantatrice tout au long d’une carrière riche, dense et variée. Pour le grand public, Nilsson était avant tout une grande voix. Pourtant, le premier bienfait de ce documentaire est de rappeler qu’elle n’était pas que cela. La variété de son répertoire, qui s’étendait de Verdi à Strauss, en passant par Mozart, Puccini et bien évidemment Wagner, montre que sans le travail et la technique, sa grande voix n’aurait été qu’une coquille vide et qu’elle n’aurait pas pu assumer cette grande variété de rôles avec cette force et cette fiabilité qui la caractérisaient. Les extraits de concerts sont là pour le marteler et l’on reste étourdi à l’écoute des extraits qui jalonnent le film qui voit se succéder la puissance tellurique des airs de La Walkyrie, l’élégie amoureuse de Tristan et Isolde, le fiel orientalisant de Salomé, les sons filés de son Aïda, la véhémence de sa Lady Macbeth. Avec un regret : celui de ne pas avoir pu l’entendre en salle car le documentaire revient à plusieurs reprises sur la difficulté à capter les grandes voix. Birgit Nilsson, ça se vit en salle ! Définitif et sans doute juste car les captations ne rendent pas toujours justice au métal de cette voix qui fendait l’orchestre comme aime à le rappeler Antonio Pappano.

Alors évidemment, le documentaire alterne classiquement, et de manière parfois un peu rébarbative, les images d’archives importantes ou anecdotiques et les témoignages plus ou moins intéressants (James Levine, Jonas Kaufmann, Nina Stemme, Marilyn Horne, Christa Ludwig, Otto Schenk) et surtout exclusivement laudatifs. Toutefois, par le prisme de cette carrière exceptionnelle, il a aussi le mérite de dresser le portrait d’une époque à travers ses grands jalons (ses Turandot avec Corelli, le travail avec Wieland Wagner, les enregistrements du Ring avec Solti et Böhm…) et les relations que la soprano a entretenues avec les géants de la planète lyrique. Et comme la dame a de l’humour et du caractère, et qu’elle ne s’en laisse pas conter, certaines anecdotes sur les cachets « maximum » de la star ou ses relations avec Karajan (« un grand artiste mais un petit homme ») restent savoureuses. Entière, concrète et drôle, Birgit Nilsson n’avait rien de l’artiste maudite ou incomprise. Pudique, elle faisait le job avec un engagement sans faille et une générosité exemplaire auquel ce documentaire rend un hommage parfois émouvant notamment lorsqu’il dévoile les rares images de la Nilsson remerciant ses fans venus lui offrir une bague à l’effigie de son Isolde et déclarant solennellement son union avec le poulailler de l’opéra de Vienne. Une sorte d’union mystique qui se terminait parfois chez elle autour de boulettes suédoises dont elle seule avait le secret ! La fin d’une époque…

Une artiste entière, drôle, percutante, « larger than life » pourrait-on dire.

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