Lambert et son premier cycle de Leçons de Ténèbres révélé par Marc Mauillon

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Michel Lambert (c.1610-1696) : Leçons de Ténèbres des Mercredi, Jeudi, Vendredi saints. Marc Mauillon, basse-taille. Myriam Rignol, basse de viole. Thibaut Roussel, théorbe. Marouan Mankar-Bennis, clavecin et orgue. 2 CDs Harmonia Mundi. Enregistré en mai 2017, La Courroie, Entraigues-sur-la-Sorgue. Durée : 60:44

 

Lambert LeçonsÉclectique et original dans ses choix musicaux à la scène et au disque, le baryton inaugure avec cette publication consacrée à une collaboration avec le label Harmonia Mundi.

Comme souvent en musique ancienne, le matériel musical est incomplet et les musicologues ou les artistes eux-mêmes complètent ou « restituent » l’œuvre selon des traités musicologiques de l’époque mais également une part d’intuition. C’est le cas ici avec des Leçons de Ténèbres destinées à la Semaine sainte pour les Mercredi, Jeudi et Vendredi saints. Il s’agit du cycle de 1662-1663, une première mondiale, qui diffère donc de ce qu’avait enregistré Ivette Piveteau avec Noémie Rime, Charles Brett, Nathalie Stutzmann et Howard Crook (1988/89, Virgin Classics), à savoir un cycle daté de 1689.

Genre musical emblématique en France entre les règnes de Louis XIII et Louis XV, le contexte de la Semaine sainte a inspiré tout particulièrement Marc-Antoine Charpentier (1680), François Couperin (1714) et Michel-Richard de Lalande (1730), ces Leçons de Ténèbres étant toutes ultérieures à celles de enregistrées ici. Traditionnellement ces pièces étaient plutôt interprétées par trois voix de dessus, mais les interprètes supposent que le compositeur les a lui-même chantés, d’où le choix de tout confier à la voix de basse-taille de . C’est d’ailleurs une des limites de l’entreprise de notre point de vue, l’écoute en continu distillant un certain ennui, et ce malgré tout le soin porté à la réalisation.

L’écriture de la ligne mélodique est basée sur le plain-chant et est subtilement mais très abondamment ornée, ressemblant en ça au recitar cantando de Giulio Caccini par exemple. L’interprétation de Marc Mauillon est toute en finesse, le continuo qui l’accompagne étant parfaitement au diapason pour exprimer ce climat de recueillement propre aux Leçons de Ténèbres. L’art de la déclamation, de l’intelligibilité du texte, de la nuance dans les affects est à mettre au crédit du chanteur et on peut remercier l’ensemble des musiciens qui redonnent vie à ce cycle.

La beauté de la prise de son, la qualité du livret musicologique (Catherine Massip et Thomas Leconte, en plus des notes d’intention des interprètes) participent à l’intérêt de cette publication qui illustre à nouveau le fait que Marc Mauillon ne choisit résolument pas la facilité.

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