César Franck par Ben van Oosten à Saint-Ouen de Rouen

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César Auguste Franck (1822-1890) : Intégrale de l’œuvre pour orgue. Ben van Oosten à l’orgue Aristide Cavaillé-Coll (1890) de l’abbaye Saint-Ouen de Rouen. 4 CDs MDG Gold. Enregistré à Rouen en mai, novembre 2017 et avril 2018. Livret trilingue français, anglais et allemand. Durée : 4h42:06

 

Les Clefs ResMusica

The-Organ-WorksTrès connu dans le monde de l’orgue, s’est déjà distingué par plusieurs intégrales consacrées à Vierne, Widor, Guilmant et Dupré. Il complète cette grande série par les œuvres de sur le mythique instrument de Saint-Ouen de Rouen construit par en 1890.

En 1846, le jeune quitte Liège pour Paris. Âgé de seulement 23 ans, c’est déjà un solide pianiste et organiste. Il obtient rapidement un premier poste à Notre-Dame de Lorette, puis par la suite grâce à l’appui de Cavaillé-Coll la tribune de Sainte-Clotilde où ce dernier vient d’installer un grand instrument. C’est à cette tribune prestigieuse que se construisit essentiellement son œuvre pour orgue, composée traditionnellement de 12 grandes pièces, dont trois d’entre elles furent conçues pour le nouvel orgue du Trocadéro. disait « Mon orgue, c’est un orchestre », louant ainsi les vertus symphoniques des orgues de Cavaillé-Coll, le plus grand facteur de son temps. Son œuvre musicale se construit de la sorte, grâce à cet orgue, sorte d’harmonium géant où les sons bien particuliers des jeux de fonds mêlés aux jeux d’anche sont quasiment omniprésents.

Le présent coffret propose, outre les douze grandes pièces, tout un ensemble d’œuvres pour la plupart de jeunesse. On y entend un Franck très influencé par le style du Second Empire. Lefébure-Wely n’est pas très loin avec des cantilènes nostalgiques et des morceaux de bravoure aux rythmes aguicheurs. offre également une sélection de Pièces posthumes pour l’harmonium ou l’orgue à pédales pour l’office ordinaire. Une nouvelle fois ces œuvres montrent l’influence mondaine des salons faisant glisser une musique religieuse vers un style profane.

Pour cet ensemble de quatre disques, c’est l’orgue de Saint-Ouen de Rouen qui a été choisi, cher dans le cœur de cet interprète qui y a déjà gravé une grande partie de sa discographie. Cet orgue représente le chef-d’œuvre absolu de Cavaillé-Coll. C’est le dernier grand instrument dont il s’occupera à part entière, nous sommes en 1890. Il est évident que Franck ne jouait pas sur un instrument aussi important avec des chamades et une contre-bombarde de 32 pieds à la pédale, mais il l’aurait très certainement utilisées s’il en avait eu à sa disposition. L’orgue de Rouen, s’il n’est pas identique à celui que connu Franck à Sainte-Clotilde, en renferme l’esprit, grâce à la perfection de son harmonie est demeure l’ambassadeur idéal pour ces pages.

Ben van Oosten aborde ces œuvres avec une solide culture de l’orgue romantique. On est frappé par la justesse des équilibres, autant par le choix des registrations que par les tempi. Le choix des mélanges de jeux fut clairement notés dans l’édition originale (format à la française) publié chez Durand à partir de 1868, bien qu’Eugène Gigout y apporta quelques modifications dès les premières éditions. Quant aux tempi, on les ressent comme parfaits, rappelant un peu la manière de Wilhelm Furtwängler, avec ce double tempo, l’un basé sur la pulsation rythmique et le deuxième légèrement plus lent et voué aux mélodies et aux accents lyriques. Le geste est large et respire abondamment. De plus la prise de son est particulièrement réussie, bien maîtrisée dans cette acoustique de cathédrale. On remarquera aussi la justesse de l’orgue, reflet d’un bon entretien. En guise de bonus, Ben van Oosten nous offre une deuxième version de la Fantaisie en ut que Franck avait remaniée pour l’inauguration de l’orgue de Notre-Dame de Paris en 1868.

Ce coffret représente une version de référence au sein d’une discographie pléthorique, où culminent déjà les noms de Jeanne Demessieux, Daniel Roth ou André Isoir. Celle-ci, dans l’esprit le plus profond du « Pater Seraphicus », occupe une place de tout premier rang. En écoutant ces pages de l’un des plus grands compositeurs de la fin du XIXe siècle, on se remémorera sa célèbre phrase : « Si vous saviez comme je l’aime mon orgue ! Il est si souple à mes doigts et si docile à mes pensées ».

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