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Jerome Robbins, une œuvre multi-facette éclatante

Artistes, Chorégraphes, Danse , Portraits

Si vous n’aimez que la musique country ou le rock’n roll, ce dossier n’est pas fait pour vous. La « art music » des États-Unis, éclectique et audacieuse, a su s’imposer au siècle dernier comme un vivier de personnalités revendiquant un style musical affranchi des influences européennes. Pour accéder au dossier complet : Danse et Musique américaines

 

Jerome Robbins 3Récompensé de dix oscars, West Side Story fait incontestablement partie des chefs-d’œuvre du 7ème art. Les plus experts savent pourtant qu’avant de devenir un succès cinématographique multi oscarisé, c’était un ballet chorégraphié par , celui-là même qui co-dirigea le et créa plus d’une soixantaine de pièces au cours de sa carrière.

L’œuvre du chorégraphe est prolifique et protéiforme, Un Violon sur le toit, c’est lui, Un Jour à New York, c’est lui, Dances at a Gathering, encore lui. L’œuvre du chorégraphe est un mélange unique dans le monde de la danse, des ballets romantiques, des ballets presque burlesques, comme The Concert, des comédies musicales…Mais qui était Monsieur Robbins, né Rabinowitz en 1918 aux États-Unis dans une famille d’émigrés russes ?

et la naissance du style américain

Bercé dès son plus jeune âge dans un univers artistique entre chant, danse, théâtre et musique, Jerome Robbins se distingue en 1944 avec une première pièce d’envergure, Fancy Free, celle-là même qui fait son entrée au répertoire de l’Opéra de Paris cette année. Œuvre de jeunesse, œuvre prémonitoire diraient certains, avec aux manettes une équipe de (futurs) prodiges : Robbins à la danse, Bernstein (Leonard on entend) à la musique, l’écrivain Arthur Laurents en librettiste et pour les paroles. Le succès prend et le monde du ballet s’ouvre à lui. En 1948, il intègre le fameux dirigé par Georges Balanchine, maitre russe à l’allure aristocratique formé à l’école Vaganova. Rapidement, il en devient premier danseur, mais le directeur de la compagnie nourrit une intention bien spécifique, celle de développer un style proprement américain, et le jeune homme qui a grandi dans le New Jersey dispose de tout le potentiel nécessaire pour participer à la construction de l’identité singulière d’une troupe à peine formée (le NYCB a été fondé en 1948 par Mr. B). Ainsi, aux côtés des styles russe et français dansés par les maisons historiques, s’affirme outre-Atlantique « le style américain », profondément classique dans ses racines et agrémenté d’une touche de théâtralité héritée de la comédie musicale. La danse de Robbins est ciselée jusque dans les moindres détails, ce qui n’est pas sans rappeler l’approche minutieuse si spécifique aux comédies musicales.

Jerome Robbins et le Musical

L’œuvre de Jerome Robbins est multi-facette, alors qu’il entame une collaboration avec Mr. B, il participe également à la définition moderne du Musical. Sur les planches de Broadway, grâce à Robbins, la danse n’est plus un ornement mais participe à la construction narrative. Le succès le plus fracassant de sa carrière est, à n’en pas douter, celui de West Side Story qui conserve dans sa version filmée les chorégraphies de Robbins (à noter que Steven Spielberg prépare un remake).

Il dira lui-même que c’est l’œuvre la plus complète de sa carrière, celle mêlant « le chant, la danse, la comédie, la musique, la peinture, la lumière, les couleurs ». West Side Story est une œuvre totale où le maître illustre à la perfection sa conception de la place déterminante de la danse sur scène, au même titre que le chant. Le tableau de l’affrontement entre les Jets et les Sharks en est l’exemple ultime, le langage du corps se suffit à lui-même pour créer un moment d’anthologie. Au-delà de la danse, West Side Story porte un propos innovant, comme le raconte Arthur Laurents dans ses Mémoires, « c’est une des premières fois que la comédie musicale traite de sujets sérieux, tels que la haine ethnique ou le meurtre ». Au côté du chef-d’œuvre s’accumulent quantité de réussites à voir et revoir, The King and I, Gypsy, Peter Pan, Miss Liberty ou encore Call Me Madam. Des triomphes qui n’auraient pas vu le jour sans la puissance créative du chorégraphe et un travail exigeant.

Jerome Robbins, un perfectionniste

« Easy », la voix du maître raisonne encore à l’oreille de danseurs et pourtant … Les danseurs qui ont travaillé avec lui le disent, Jerome Robbins était un perfectionniste. Le moindre détail de chacune de ses chorégraphies était étudié avec la plus grande rigueur en répétition. Il était possible de travailler pendant des heures un mouvement, relève -Frohlich. Oui, chaque détail comptait. Sans doute marqué par le travail des comédies musicales, machine qui garantit au public le même spectacle qu’il vienne à la première … ou à la 100ème date, le maître avait le goût du détail, si bien que l’on entrait en scène préparé comme jamais, rapportent certains danseurs. L’amoureux du mouvement l’était aussi, et surtout peut-être de la musique, la danse s’inscrivant sur la musique en parfaite symbiose.

Jerome Robbins, un amoureux de la musique

Une vidéo publiée sur le site de la Jerome Robbins Foundation témoigne du rapport quasi obsessionnel du chorégraphe avec la musique : « lorsqu’une partition est déjà écrite, avant de commencer le travail d’écriture chorégraphique je m’imprégnais de la musique des mois durant, depuis le lever jusqu’au coucher » disait-il. Les collaborations avec danseurs et chorégraphes confirment la méticulosité de Jerome Robbins, faisant de la danse et de la musique un tout indissociable.

Si pour la comédie musicale, restera un partenaire fidèle, le monde du ballet révèle l’attachement du chorégraphe pour Chopin. Paradoxal ou révélateur, le chorégraphe raffiné et épuré raffole de l’œuvre du musicien polonais, qui marquera nombre de ses créations (In the Night, Other Dances…). Deux romantiques qui s’expriment de manière si différentes et pourtant s’accordent sur scène dans une même intention. Pour l’un, des élans musicaux portés par un flot de notes qui font de ses œuvres des torrents d’émotions, saisissant inéluctablement l’auditeur. A ces mesures noircies, à ces élans irrésistibles, s’oppose l’apparente simplicité dans l’économie de pas de l’autre, une fausse radicalité, qui révèle en réalité une intransigeante exigence pour atteindre la perfection qui œuvre, par la pureté du geste, à l’emportement le plus subtil. L’accord se fait dans la complémentarité, la ressemblance dans la même dualité. Classique et romantique, virtuose et improvisateur pour Chopin disait , on pourrait en dire autant de Robbins classique et moderne, épuré et éclatant à la fois. Car Robbins est tout à la fois et à chaque fois entièrement.

Jerome Robbins décède en 1998 et depuis lors, c’est la génération de danseurs formée à ses côtés qui œuvre à la transmission de sa danse, de sa technique, de son sens de la musicalité et de la perfection. La postérité de Robbins est incontestable et le plus saisissant reste sans doute la puissance créatrice d’un homme qui aura créé une danse émotive, intérieure, tout en composant des pièces d’une vitalité hors norme.

Crédits photographiques : © Martha Swope / The New York Public Library

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