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Hommage à Jerome Robbins à l’Opéra de Paris

Danse , La Scène, Spectacles Danse

Paris. Opéra Garnier. 29-X-2018. Ballet de l’Opéra national de Paris : Hommage à Jerome Robbins. Chorégraphies : Jerome Robbins.
– Fancy Free (entrée au répertoire). Musique : Leonard Bernstein. Décors : Oliver Smith. Costumes : Kermit Love. Lumières : Jennifer Tipton. Avec Alice Renavand, Stéphane Bullion, Karl Paquette, François Alu, Eleonora Abbagnato, Aurélia Bellet, Alexandre Carniato
– A suite of dances. Musique : Johann Sebastian Bach. Costumes : Santo Loquasto. Lumières : Jennifer Tipton. Violoncelle : Sonia Wieder-Atherton. Avec Mathias Heymann
– Afternoon of a faun. Musique : Claude Debussy. Décors : Jean Rosenthal. Costumes : Irene Sharaff. Lumières : Jennifer Tipton. Avec Hugo Marchand (Le Faune), Amandine Albisson (La Nymphe)
– Glass Pieces. Musique : Philip Glass. Décors : Jerome Robbins, Ronald Bates. Costumes : Ben Benson. Lumières : Jennifer Tipton. Avec Ludmila Pagliero, Stéphane Bullion, et les Étoiles, les Premiers Danseurs et le Corps de Ballet de l’Opéra de Paris
Orchestre de l’Opéra national de Paris, direction : Valery Ovsyanikov

fancy_free_c_sebastien_mathe-OnPUne soirée de ballets comme on les aime à l’Opéra de Paris, avec cet Hommage à qui permet l’entrée au répertoire longtemps attendue de Fancy Free, son premier ballet, sur la musique de .

Aussi incroyable que cela puisse paraître, Fancy Free, le premier ballet de , ne figurait pas encore au répertoire du Ballet de l’Opéra de Paris. Et pour cause, il fallait pour cela réunir un casting atypique, correspondant en tous points aux archétypes définis par le chorégraphe.

Dans le trio de marins en goguette découvrant New-York, est absolument parfait en matelot hâbleur et acrobate : il a l’énergie et l’abattage nécessaires pour cette partition presque sur mesure. est plus fragile dans la partie centrale du trio et retrouve les accents mélancoliques du rôle de Baptiste dans Les enfants du Paradis. Quant à , il joue à merveille le latin lover, séducteur et charmant.

, et Aurélia Bellet sont épatantes en pin-up des années 40. Les coiffures et les maquillages sont très réussis pour ce ballet créé en 1944, en pleine Seconde Guerre Mondiale. On retrouve dans cette mini comédie musicale, première collaboration entre Jerome Robbins et , les accents du futur West Side Story, notamment dans les bagarres entre les trois marins ou quand les filles entrent en scène. Brillant !

Après un précipité, se révèle en magnifique artiste dans A suite of dances, qui demande une exceptionnelle musicalité. Léger et lumineux, il dialogue harmonieusement avec Sonia Wieder-Atherthon au violoncelle solo sur des extraits de trois suites de Bach. La dernière fois que l’on avait vu danser cette pièce, c’était sur la scène du Théâtre des Champs-Élysées par Nicolas Le Riche. Rappelons que ce ballet, qui appelle un interprète hors norme, a été créé par Michael Barishnikov dans le cadre du White Oak Dance Project en 1994.

Dans Afternoon of a faun, qui suit l’entracte, n’a pas encore le métier, ni le magnétisme de ses aînées qui l’ont interprété sur cette même scène, mais elle apporte de la fraîcheur dans ce pas de deux éthéré. , en revanche, est sublimement animal et félin et rappelle par sa présence un certain… . Il tient en tout cas avec ce duo un grand rôle. Une très belle surprise…

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La soirée s’achève avec Glass Pieces, qui fait la part belle au corps de ballet. Découpé en trois parties, ce ballet faussement minimaliste demande une écoute attentive pour en saisir toutes les nuances. Dans la première partie, trois couples s’élancent au milieu d’une foule affairée. La partition est millimétrée et le corps de ballet forme un bel écrin aux duos formés par , Axel Ibot, , , et . Dans la deuxième partie, hypnotique, les filles forment une frise en fond de scène, suivant la ligne de basse, tandis que le couple formé par et dansent sur la mélodie. Ils sont merveilleusement bien assortis et d’une pureté sans pareille. Enfin, la troisième et dernière partie, sur la Marche funèbre de l’opéra Akhnaten, est un feu d’artifice. C’est un équilibre parfait entre technique académique et construction contemporaine. Garçons et filles sont au cordeau dans cette chorégraphie dynamique, rythmée et athlétique, tout en laissant apparaître une joie visible de danser. C’est aussi pour interpréter Jerome Robbins que de jeunes artistes choisissent aujourd’hui encore de rejoindre le Ballet de l’Opéra de Paris…

Crédits photographiques : © Sébastien Mathé, OnP

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  • Antoine C

    Encore une fois : comment peut-on faire une critique de danse sans mentionner, ne serait-ce qu’allusivement, l’orchestre puisque, miracle et pour une fois, ce n’était pas une bande son enregistrée ?

    Et c’est là que tout se complique puisque, n’en déplaise aux critiques, il faut que la danse se coordonne avec la musique… Cela semble une évidence, mais c’est loin d’être toujours le cas. La faute à ces « chefs de ballet » imposés par l’Opéra de Paris et qui ne remplissent absolument pas leur rôle. Qu’on me dise qu’ils ont du métier, certes, ils reviennent d’année en année sans que personne ne pose un regard critique sur leur conduite. Mais il faut tout de même admettre que M. Ovsyanikov a une direction molle et routinière, pour ne pas dire indigente.

    Comment avoir un Fancy Free cohérent sans une musique investie et avec un minimum de swing ? Quand on se borne d’une manière scolaire à faire cohabiter des instrument sans intonation, sans interprétation, sans volonté, le ballet perd beaucoup de son piquant, voire, ce qui est plus grave, de son second degré.

    Mais le pire était à venir avec les pièces de Glass qui sont loin d’être aisées à diriger. On peut tolérer qu’il n’y ait aucune intention d’investir les répétitions des thèmes, mais il est plus difficile d’admettre les décalages. D’une battue égale (pour Bernstein, Debussy et Glass c’est un exploit…), aplatissant tout, M. Ovsyanikov a passé 5 minutes à tenter d’obtenir un contrepoint correct des cuivres sans y parvenir. D’autant plus qu’il ne sait pas donner de départ sans se tourner entièrement vers les instruments auxquels il s’adresse (délaissant le reste de l’orchestre). Bref, il faudrait enfin que l’on s’intéresse à la direction musicale des ballets pour que les amoureux de danse et de musique y trouvent leur compte, mais aussi et surtout pour servir dignement et accompagner pertinemment la formidable prestation des danseurs!

    • Musicasola

      Je n’ai pas vu le spectacle, mais permettez-moi de vous poser une question : le chef… ou l’orchestre ? J’ai souvent vu diriger Ovsyanikov à Munich, Stuttgart ou Londres, j’ai vu souvent des ballets à Paris avec tous les chefs de ballet habituels (vous souvenez-vous de David Coleman?) : Ovsyanikov n’est pas un mauvais chef, par contre l’accompagnement de ballet à Paris est presque toujours un problème, que ce soit parce qu’il y a une mauvaise tendance au ralentissement des tempi (sur demande des danseurs !), soit parce que l’orchestre y met une mauvaise volonté que les orchestres d’autres grandes maisons ne mettent pas à l’égard de la musique de danse…

      • Antoine C

        Le procès de l’orchestre est un mauvais procès. La bonne question est : pourquoi est-ce que quand Mm. Ovsyanikov et Pahn dirigent la musique sombre dans un ennui total ? Cela peut être en effet la faute de l’orchestre. Le souci c’est que quand Salonen ou Maxime Pascal sont à la baguette, cela ne rend pas du tout la même chose… Il ne me semble donc pas que cela soit de la faute des musiciens mais plutôt de la qualité des chefs de ballet. Cette (insuffisante) qualité peut d’ailleurs provenir d’une demande des danseurs qui souhaitent être seuls décideurs sur scène (je me souviens de Don Quichotte l’année dernière où les danseurs revenaient saluer après leur numéro alors que M. Ovsyanikov souhaitait reprendre la musique… ambiance…). La solution semble trouvée : une musique enregistrée ou des partitions indignes pour les créations, finis les débats !

        • Musicasola

          Comment expliquez-vous alors que M. Ovsyanikov (et quelques autres…) soit bien meilleurs quand il n’est pas à Paris? Les noms que vous citez, Salonen, Pascal, sont des chefs que l’orchestre respecte, à juste titre ; le problème classique à l’Opéra de Paris, c’est que l’orchestre ne joue bien que quand il estime que ça vaut le coup. Et ça marche aussi à l’opéra, pas seulement au ballet…

          • Antoine C

            Je pense que, tout en étant bien meilleurs, il ne se hisseraient qu’au niveau de chefs moyens. Ayant vu diriger M. Ovsyanikov un bon nombre de fois depuis quelques années (comme M. Pahn d’ailleurs), il me semble que sa technique étique et son problème d’investissement ne peuvent pas faire des miracles, même avec un orchestre dévoué. Et il faut quand même noter que lorsque Maxime Pascal a dirigé au ballet pour la première fois, c’était un véritable inconnu qui avait quand même réussi quelque chose qui tenait réellement la route. Je conviens volontiers que l’orchestre de l’opéra est un peu capricieux, mais fondamentalement travailleur. Il ne pardonne pas les implications moindres et les incompréhensions (Jordan lors de la Damnation de Faust par exemple). Il a certainement une part de responsabilité, mais sans direction musicale il n’y peut rien.

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