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L’œuvre pour piano de Bruckner, ou les marges du génie

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Anton Bruckner (1824-1896) : Œuvres pour piano à deux et quatre mains : morceaux du livre des études avec Otto Kitzler, Quadrille des lanciers, trois petites pièces pour quatre mains, Quadrille pour quatre mains, Klavierstück, Stille Betrachtung an einem Herbstabend, Steiermarket, Fantasie, Erinnerung. Ana-Marija Markovina, Rudolf Meister (piano). Hänssler Classic Profil HC17054. Enregistrement réalisé à Bottrop le 18 juillet 2017. Notice bilingue : anglais et allemand. Durée : 60:00

 

Bruckner-piano

Bruckner n’a rien laissé d’essentiel pour le piano, mais l’enregistrement de ses pièces et feuillets d’album apporte sur son œuvre et sa personnalité un éclairage intéressant, quoique marginal. Ce nouveau CD, plus complet que ceux précédemment parus chez CPO et Bis est donc à saluer d’une (petite) pierre blanche.

Organiste de génie de l’avis unanime de tous ceux qui l’ont entendu, Bruckner n’a presque rien laissé pour l’instrument-roi, préférant improviser et livrer à ses auditeurs les idées de ses grandes symphonies en avant-première. Sa maîtrise du clavier s’étendait bien sûr au piano, les leçons qu’il donnait à ses jeunes élèves ayant été pour lui un moyen de subsister pendant ses années de vache maigre. Mais le piano ne fut jamais le confident de ses états d’esprit comme il le fut pour Chopin, Schumann ou Liszt. Et son œuvre pour piano n’est qu’un ramassis de piécettes sans envergure (beaucoup ne durent même pas une minute !), dont aucune, soyons franc, n’est digne du futur symphoniste. Il cessera d’ailleurs d’écrire pour le piano une fois entrepris le grand cycle orchestral qui fera sa gloire.

Néanmoins le CD d’, très complet (plus que les gravures antérieures de Wolfgang Brunner chez CPO et surtout Fumiko Shigara chez Bis), permet de mesurer le degré de maîtrise d’écriture de Bruckner y compris dans les moindres feuillets d’album de quelques mesures… Et l’entendre utiliser les thèmes de la Fille du régiment pour son quadrille des lanciers est un plaisir de gourmet. Seules les dernières pièces du CD, qui portent d’ailleurs, ce n’est pas tous à fait un hasard, des titres allemands, laissent percevoir un léger pré-écho du futur « ménestrel de Dieu » comme l’avait affectueusement surnommé Liszt. Markinova a la bonne idée de jouer sur un somptueux Bösendorfer impérial, le célèbre facteur viennois étant celui qui avait déjà fourni à Bruckner son propre instrument qu’on voit sur ses photos d’époque (le CD de Brunner chez CPO présentait un Bösendorfer du XIXe siècle au charme sonore inimitable). Un disque mineur mais charmant et instructif au regard de l’œuvre brucknérien et de ses cathédrales symphoniques.

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