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Hans Knappertsbusch et sa vision de Brahms et Bruckner

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Johannes Brahms (1833-1897) : Intégrale des 4 symphonies ; Variations sur un thème de Joseph Haydn, op. 56 ; Ouverture pour une fête académique, op. 80 ; Ouverture tragique, op. 81. Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonies n° 3 en ré mineur « Wagner », n° 4 en mi bémol majeur « Romantique », n° 5 en si bémol majeur, n° 7 en mi majeur, no 8 en ut mineur, n° 9 (inachevée) en ré mineur. Staatskapelle Dresden (?), Kölner Rundfunk-Sinfonieorchester, Münchner Philharmoniker, Orchester der Bayerischen Staatsoper München, Wiener Philharmoniker, Berliner Philharmoniker, direction : Hans Knappertsbusch. 1 coffret 10 CD Profil Medien PH18048. Enregistré entre mars 1944 et juin 1957. ADD [mono/stéréo]. Notice (allemand, anglais) succincte. Durée : 9 h 35’

 

04__881488180480Profil Medien de Hänssler Classic semble initier une «  Edition » avec des enregistrements de symphonies de Brahms et Bruckner déjà publiés par divers labels auparavant, comme Music & Arts et, plus douteux, Andromeda, Arlecchino, Golden Melodram, Grammofono 2000 et autres Living Stage…

Et c’est bien là le problème !… Si au point de vue qualité du son, le label allemand Profil se classe en tête des autres publications, y compris celles de Music & Arts pour les Bruckner (sous la réserve formulée ci-dessous), il n’a pas été à l’abri de cette erreur inadmissible propagée par les labels pirates précités : en réalité il n’existe pas d’enregistrement de la Symphonie n° 1 en ut mineur op. 68 de Brahms par Knappertsbusch, et en lieu et place de la Staatskapelle de Dresde, nous avons affaire ici à un enregistrement live du 17 octobre 1955 par l’Orchestre symphonique de la radio de Cologne sous la baguette d’ ! Un label comme Memories le savait et n’avait publié que les trois dernières symphonies… Évidemment, il était tentant de constituer une hypothétique intégrale des symphonies de Brahms par Knappertsbusch, mais dans l’état actuel des investigations, elle n’existe pas, et c’est raté ! Voilà ce qui arrive lorsqu’un enregistrement mal attribué est publié par une cascade successive d’étiquettes relativement douteuses se copiant l’une l’autre sans vérification. De plus, alors que Music & Arts indique les dates précises des enregistrements (jour, mois, année), Profil ne donne que les années, sans lieux d’enregistrement, ce qui peut faire douter de la provenance de leurs sources et entraîner des confusions dont on pourrait se passer.

Toutefois cette négligence déplorable n’enlève évidemment en rien les qualités remarquables des témoignages interprétatifs de Klemperer pour la Symphonie n° 1 de Brahms (qu’il sera passionnant de comparer avec sa version studio plus monumentale du Philharmonia), et de Knappertsbusch qui est cette fois bien le chef des trois autres symphonies brahmsiennes ainsi que des Symphonies n° 3, 4, 5, 7, 8, 9 de Bruckner.

(1888-1965) fut l’un des monstres sacrés de la génération de chefs tels que Mengelberg ou Furtwängler qui imprégnèrent de leur forte personnalité les œuvres qu’ils honoraient. Il consacra essentiellement son art aux grands compositeurs austro-allemands, en particulier Richard Wagner (1813-1883) dont il fut un interprète incomparable qui le conduisit au statut de légende, l’un des derniers détenteurs d’une tradition parfois combattue mais jamais égalée, héritée de Hans Richter au Festival de Bayreuth, lui-même unanimement considéré comme l’authentique dépositaire de la pensée de Wagner. Diplômé du Conservatoire de Cologne et de l’Université de Bonn, il eut son premier engagement à Mülheim le 2 décembre 1910 et allait être successivement directeur de l’Opéra d’Elberfeld (1913-1918), chef d’orchestre à l’Opéra de Leipzig (1918-1919), directeur de la musique à celui de Dessau (1919-1922), chef d’orchestre à l’Opéra de Munich en 1922, puis à l’Opéra de Vienne où il se retira en 1935. Il devait revenir à Munich en 1945. Chef essentiellement romantique, au style empreint de grandeur, de majesté et de force dramatique convenant particulièrement à Wagner et Bruckner, Knappertsbusch resta farouchement fidèle aux toutes premières versions imprimées des symphonies de ce dernier, dans un extrême respect des traditions, au mépris des versions dites originales, ce qui lui attira bien des controverses auprès des puristes…

Les versions des symphonies de Bruckner choisies par Profil semblent être exactement celles de Music & Arts, hormis pour la Symphonie n° 5 en si bémol majeur, seule en stéréo tout comme d’ailleurs les Variations sur un thème de Haydn op. 56 de Brahms, provenant vraisemblablement toutes deux des enregistrements Decca bien connus, les autres enregistrements radio mono ayant par ailleurs subi une légère spatialisation sonore réverbérante plutôt discutable. Il est regrettable que pour la Symphonie n° 5 de Bruckner, Profil n’ait pas choisi la version radio de l’Orchestre Philharmonique de Munich du 19 mars 1959 (Music & Arts) plutôt que celle du Philharmonique de Vienne de mai 1956 où les conditions techniques et artistiques de Decca étaient – une fois n’est pas coutume – loin d’être optimales : à Munich, les contrastes de tempo sont plus accentués et plus vifs, les timbales et les cuivres plus affirmés ; le deuxième mouvement est plus large et plus flexible ; le Finale génère bien plus de puissance cumulative, aboutissant à une restitution écrasante du monumental choral.

Quant aux symphonies de Brahms, où les reprises sont omises suivant les habitudes de l’époque, elles étonneront plus d’un non seulement par le tempo de certains mouvements, mais aussi par de légères imprécisions dues au manque de répétitions, légendaire chez ce chef qui était loin de les apprécier… Et pourtant on se prend à se laisser emporter par le plaisir, la joie de Knappertsbusch et ses musiciens à faire de la musique avec une si grande spontanéité, telle une improvisation collective de l’instant, une communion, un témoignage précieux de l’immense chef d’orchestre, même s’il existe nombre d’interprétations de ces symphonies plus urgentes que celles présentées ici.

Finalement, en conclusion – et il faut bien en revenir à cela – un appel à tous les éditeurs d’enregistrements historiques sans exception : vérifiez donc l’authenticité de vos sources ! Car finalement, comment l’auditeur peut-il être certain que ce qu’il écoute est bien ce qui est proposé ?…

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Johannes Brahms (1833-1897) : Intégrale des 4 symphonies ; Variations sur un thème de Joseph Haydn, op. 56 ; Ouverture pour une fête académique, op. 80 ; Ouverture tragique, op. 81. Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonies n° 3 en ré mineur « Wagner », n° 4 en mi bémol majeur « Romantique », n° 5 en si bémol majeur, n° 7 en mi majeur, no 8 en ut mineur, n° 9 (inachevée) en ré mineur. Staatskapelle Dresden (?), Kölner Rundfunk-Sinfonieorchester, Münchner Philharmoniker, Orchester der Bayerischen Staatsoper München, Wiener Philharmoniker, Berliner Philharmoniker, direction : Hans Knappertsbusch. 1 coffret 10 CD Profil Medien PH18048. Enregistré entre mars 1944 et juin 1957. ADD [mono/stéréo]. Notice (allemand, anglais) succincte. Durée : 9 h 35’

 
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