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L’opéra de Charles Garnier, une oeuvre d’art total

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L’opéra de Charles Garnier, une oeuvre d’art total. Gérard Fontaine. Photographies Jean-Pierre Delagarde. Collection Monographies d’édifices. Éditions du Patrimoine, en coédition avec l’Opéra national de Paris. 290 pages. Dépôt légal octobre 2018. 35€

 

l-opera-de-charles-garnier-editions-du-patrimoine-2018L’Opéra de , de Gérard Fontaine est un hommage vibrant à l’architecte et aux artistes qu’il a réuni autour de lui. Un livre qui se lit presque comme un roman. Au prix de quelques impasses. 

Il convient d’évacuer en premier lieu un malentendu que l’éditeur lui-même a provoqué. Si l’ouvrage est épais, lourd et riche de ses 300 pages et autant d’illustrations, il n’est pas exhaustif. Il n’est pas non plus un ouvrage sur l’Opéra Garnier tel qu’il est aujourd’hui. C’est un livre sur l’Opéra tel que l’a conçu dans ses moindres détails avec une passion maniaque, et comment les générations successives l’ont entretenu, amélioré, restauré.

Il ne faut pas le feuilleter au gré de sa curiosité, il faut véritablement le lire, dans l’ordre dans lequel l’auteur l’a pensé; Car c’est comme cela que l’on entre dans ce bâtiment hors norme, que l’on peut se représenter l’effet qu’il a provoqué sur ses contemporains, quels défis techniques et esthétiques ont été relevés par l’architecte et l’équipe d’artistes qu’il a réunis, soumis à sa vision d’ensemble et galvanisés – tel le peintre du grand foyer Paul Baudry qui se ruina presque (provisoirement et de son plein gré) en se consacrant pendant 10 ans à la réalisation des 370 mètres carrés du plafond, et qui serait digne d’être admiré dans les conditions d’un musée.

Guidé par l’auteur, visiblement épris de son sujet, on comprend comment les espaces ont été conçus, et pourquoi aujourd’hui certaines salles essentielles ont perdu de leur sens. Ainsi de la Rotonde des abonnés, soit en raison de l’inachèvement du projet initial après la chute de Napoléon III (ainsi de l’Entrée du chef d’État qui ne fut jamais achevée), ou de l’évolution de la société (l’Entrée des abonnés en calèche remplacée désormais par un restaurant). Au fil des décennies, le bâtiment a continué à vivre, il a été électrifié dans les années 1880, équipé d’ascenseur dans les années 1930 (et y a connu sa pire « restauration »), a vu le plafond de la salle remplacé par celui de Chagall, et depuis les années 2000 fait l’objet d’une restauration visant à restituer le projet initial de l’architecte. L’auteur s’attache à nous convaincre de la modernité de ce bâtiment, pour son époque et pour le XXe siècle, et réflexion faite, notre regard en ressort changé.

Alors, c’est vrai, il y a des impasses. Certaines sont parfaitement justifiées par le parti pris de l’ouvrage : on ne voit aucune illustration des aménagements postérieurs à la vie de l’architecte, car elles nous détourneraient de l’essentiel, à savoir la conception idéale recherchée et réalisée par Garnier. D’autres impasses peuvent être regrettées, telle l’omission de l’affaire des cloisons mobiles des loges, détruites sans l’autorisation nécessaire des autorités du patrimoine, et les photos de la salle datent visiblement d’avant ces altérations. L’affaire n’est judiciairement pas close, les protagonistes de cette affaire sont encore en fonction, il est donc compréhensible que le livre, qui a l’onction de l’Opéra national de Paris, soit silencieux sur ce point. En attendant, les modifications antérieures sont dûment reportées, comme un reproche silencieux?

Quoiqu’il en soit, ces manques sont compensés par une foule remarquable de détails sur les matériaux utilisés (les marbres !), leur provenance, leur prix, les techniques utilisées (l’or, les broderies), qui font prendre conscience que Garnier a aussi déployé une ingéniosité extraordinaire à donner une impression de luxe infini avec des moyens financiers limités. C’est ainsi que l’Opéra Garnier a coûté moins cher à franc constant que l’Opéra Bastille.

Gérard Fontaine a beaucoup écrit et publié sur l’Opéra Garnier, y compris chez le même éditeur en employant le même travail photographique de Jean-Pierre Delagarde. Mais si le contenu du livre n’est pas vraiment neuf, il n’est pas moins le fruit d’une passion d’une vie. Après l’avoir lu, vous aurez l’impression à votre prochaine visite ou représentation d’entrer dans l’Opéra de Charles Garnier lui-même. Préparez-vous à cette expérience !

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