Banniere-ClefsResmu-ok

Avec le Concert de La Loge, un ours bien léché

À emporter, CD, Musique d'ensemble

Joseph Haydn (1732-1809) : Symphonie N° 82 en ut majeur, Hob. I :82 « L’Ours » ; Jean-Baptiste Davaux (1742-1822) : Symphonie concertante mêlée d’airs patriotiques pour deux violons principaux ; François Devienne (1759-1803) : Symphonie concertante n° 4. Le Concert de La Loge. Chouchane Siranossian, violon ; Tami Krausz, flûte ; Emma Black, hautbois ; Javier Zafra, basson ; Nicolas Chedmail, cor. Violon et direction : Julien Chauvin. 1 CD Aparté. Enregistré en octobre 2017 à l’Auditorium du Louvre (Paris) et au conservatoire Jean-Baptiste Lully de Puteaux en novembre 2017. Notice en français et anglais. Durée : 64:38

 

ours haydn chauvin aparteAprès La Reine et La Poule, et son Concert de la Loge poursuivent leur réjouissant parcours des symphonies parisiennes de Haydn, qu’ils agrémentent d’œuvres contemporaines plus ou moins connues jouées dans les années 1780-1790.

On sait que les noms des symphonies « à titre » de Haydn, ne doivent rien à leur auteur et il en va de même pour cette 82e en ut majeur. L’éditeur viennois Artaria la plaça en première position du recueil des six symphonies « parisiennes », bien qu’elle fût la dernière composée dans ce cycle. Son surnom lui a été attribué en 1812 à cause du rythme de contredanse avec la basse de musette, éminemment populaire du finale.

Selon son étude du manuscrit autographe de Haydn de 1787 conservé à la Bibliothèque nationale de France, qui ne comporte que des parties séparées de cor, a choisi de ne pas utiliser de trompettes, mais il conserve les timbales. Il en résulte une couleur changée, moins guerrière, moins brillante, qui devient plus dramatique. Le moins que l’on puisse dire c’est que, fidèle à son usage, adopte des tempos très vifs et une rythmique survitaminée qui accentuent le côté joyeux et pittoresque de la symphonie et le caractère aimable que l’on sait de Haydn.

L’apothéose de la symphonie concertante

La symphonie concertante destinée à faire briller un ou plusieurs solistes était très en vogue dans la France de la fin du XVIIIe siècle et fut l’un de ses promoteurs avec Cambini, Saint-George et Bréval. Depuis longtemps déjà, Davaux sacrifiait à la mode d’utiliser et orchestrer des airs connus, que ce fussent des ouvertures, ariettes, airs d’opéras, d’opéras comiques, faciles à retenir et à exécuter. Il n’est pas étonnant que sa Symphonie concertante mêlée d’airs patriotiques ait remporté un vif succès avec d’élégantes variations sur la Marseillaise. Elle est assortie de La Carmagnole des royalistes et du sanglant Ça ira, tandis que l’Adagio un poco andante propose un chant patriotique sur l’air de la romance Vous qui d’amoureuse aventure, extraite de l’opéra-comique Renaud d’Ast de Dalayrac, qui deviendra le chant officiel de l’Empire Veillons au salut de l’Empire. C’est fort bien orchestré avec une brillante partie de deux violons solos, mais cela reste une œuvre anecdotique, liée à une époque donnée.

Enregistrée pour la première fois, la Symphonie concertante n° 4 pour flûte, hautbois, basson et cor de présente une qualité musicale supérieure, avec les mêmes instruments solistes (on disait alors à Paris des récitants) que la Symphonie concertante pour instruments à vent K 297b de Mozart. Ils dialoguent joyeusement dans l’allegro initial, tandis qu’ils rivalisent de virtuosité dans le second mouvement Gracioso con variazioni. Elle fut créée au Concert de la Loge Olympique avant d’être reprise au Concert Spirituel en mai 1789, puis publiée la même année chez l’éditeur Imbault. Elle remporta immédiatement un grand succès et continua à être jouée lors des concerts des professeurs du conservatoire jusqu’à la fin de l’Empire.

Lors de l’enregistrement public et des concerts où l’ensemble donne cette œuvre, Julien Chauvin a demandé au public d’applaudir chaque intervention soliste, ainsi que le voulait l’usage et comme cela se pratique aujourd’hui en jazz. Si cette initiative peut être bienvenue en concert, elle n’est pas forcément des plus heureuses au disque.

Comme pour les albums précédents, on apprécie le soin éditorial du label avec un livret fort bien documenté au point de vue musicologique, comprenant des textes passionnants signés de Daniel Piollet, , Michelle Garnier-Panafieu, Florence Badol-Bertrand et Romain Feist.

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.