Les guitares de l’OSG au Nouveau théâtre de Montreuil

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble

Montreuil. Nouveau théâtre de Montreuil-CDN, salle Maria Casarès. 6-XII-2018. Benjamin Dupé (né en 1976) : Strings in the Air with feet over the Floor (An Exhibition to Listen to) pour six guitares. Henry Fourès (né en 1948) : Six White Dots pour six guitares électriques, jongleur, dispositif électroacoustique et balles augmentées. Open Source Guitars (OSG) : Robert Menczel, Florin Emhardt, Martin Köhler, Phileas Baun, Mikolai Pociecha, Boris Slavov, Marius Schnurr, guitares et guitares électriques ; Barbara Lüneburg, direction artistique ; Franz David, création lumière ; Augustin Muller, Sébastien Naves (Ircam), Nicolas Déflache (GMEM), réalisation informatique musicale

43705676_2381470345229023_6857372779390435328_nDeux créations françaises, des garçons dans le vent et des cordes dans l’air, celles des six guitares, sèches ou électriques, de l’ (OSG)… Sur le plateau du Nouveau théâtre de Montreuil, l’ensemble allemand donne à voir et à entendre les pièces de et .

L’OSG, formé en 2008 à Trossingen, aime se mettre en scène et participer à une forme de théâtre musical. Ils sont sous des draps blancs, tels des tableaux qui se révèlent progressivement aux yeux du public dans Strings in the Air with feet over the Floor (An Exhibition to Listen to), la pièce de (commande de l’) dont la création en octobre dernier au festival de Donaueschingen a eu lieu au Museum Art Plus. L’enjeu est de créer avec les six guitares sèches reliées au dispositif électronique, une sorte de méta-instrument inouï, repoussant aussi loin que possible les limites instrumentales au sein d’une performance ludique autant qu’inattendue et insolite : percutées, frottées, grattées dans leurs moindres recoins et avec énergie, les guitares sont partiellement désaccordées (scordatura de la corde grave), laissant entendre de forts jolis sons qui « pleurent » à la faveur du traitement électronique live. Les petits ventilateurs orange et autres accessoires vibrants dirigés sur les cordes ou devant les micros (s’agissant du métronome très sollicité), participent de cette exploration sonore tous azimuts, louvoyant entre instants intimistes et hystérie collective. Les six garçons parfaitement concentrés prennent le temps de se limer les ongles ou d’ajuster leur cale-pied, des réflexes de guitaristes que Dupé intègre à ce petit théâtre de gestes et de sons qu’enchantent nos six performeurs.

On les retrouve, guitares électriques sous le bras, dans Six White Dots (Six points blancs) de , une commande de la Hochschule für Musik de Trossingen donnée en seconde partie de soirée. De grande envergure (cinquante minutes), la pièce développe plus avant le dispositif électronique des balles « augmentées » (pourvues de capteurs), que a manipulées pour la première fois en 2016 dans Dels dos principis entendu lors du festival Manifeste. En costume de ville et pieds nus, l’artiste jongleur captive immédiatement nos regards, dans un préambule où la guitare basse est en solo (Marius Schnurr), les deux musiciens à jardin jouant leur instrument avec un archet façon viole de gambe. Comme il aime le faire, Henry Fourès conçoit un espace sonore mouvant et pluridimensionnel, entre électronique live et sons fixés, parties écrites et moments improvisés, dans une trajectoire continue que rythment les interventions du jongleur. Lorsqu’il prend sa deuxième balle, les guitaristes se lèvent pour amorcer un set de rock fusion portant le son jusqu’à l’incandescence. Avec ses trois balles blanches et une ambiance bleu-nuit, le jongleur est sur le devant la scène, laissant davantage s’exercer la fascination du geste et de la trace sonore qu’il induit.

Par fondu enchaîné toujours, on passe du dedans au dehors (l’oiseau de nuit nous y conduit) avec une séquence dite acousmatique (provenant des seuls haut-parleurs). Elle est projetée dans le noir, évoquant le souvenir du compagnon de route et sa « musique anecdotique ». Lorsqu’il réinvestit la scène, a noué sa cravate dont il se sert pour jongler avec des grelots, « augmentés » eux aussi, dans un montage finement réalisé où l’ambigüité des sources sonores est totale. Les guitares ont été posées sur des supports, en mode cithare cette fois, des cymbales installées sur le cordier pour tirer de ses instruments hybrides percussions sèches, sons glissés, oscillations, distorsions… à l’origine d’une improvisation collective toute en finesse fixant l’attention sur les seuls instrumentistes. Le dernier numéro de avec ses boules rebondissantes s’accompagne du solo très spectaculaire du guitariste , en phase, voire en synchronie avec l’énergie du geste du jongleur. Autant d’idées et de situations de jeu qui renouvellent l’écoute et pétrissent la matière sonore. Fourès choisit l’espace raréfié des dernières minutes pour envoyer sur les haut-parleurs la guitare sèche jouant une bossa-nova… un rien décalée mais très poétique !

Crédits photographiques : © Nouveau théâtre de Montreuil

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