Mozart à Paris, une BD de première qualité par Frantz Duchazeau

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Mozart à Paris. Frantz Duchazeau. Casterman. 94 p. 18,95 €. Septembre 2018

 

mozazrt_a_parisDécidément, l’actualité est riche concernant la représentation de Mozart en bandes-dessinées. Après Gradimir Smudja et Thierry Joor et leur Mausart, voici et son Mozart à Paris.

L’approche ici est radicalement différente : très documenté, cet album retrace toutes les difficultés que connut lors de son second voyage à Paris en 1778, quelques mois au milieu d’un voyage qui le vit passer en compagnie de sa mère par Mannheim, Strasbourg et Munich. Impécuniosité, manque de reconnaissance, vexations diverses de la part de ses « protecteurs », difficultés à faire reconnaître son génie auprès d’un public surtout occupé de la querelle entre Gluck et Piccinni, pressions à distance de son père, absence de sa bien-aimée Aloysia Weber : rien ne lui est épargné, sans oublier bien sûr la mort de sa mère Anna Maria, inhumée à Saint-Eustache.

S’appuyant notamment sur des biographies et sur la correspondance publiée, met en scène, dans cet épisode peu connu de la vie du compositeur, le Mozart à la personnalité complexe que l’on connaît désormais, tantôt homme du monde et bon camarade, tantôt impertinent (et même pris d’accès verbaux à caractère scatologiques), traînant toujours sa réputation d’enfant prodige, et très souvent en pleine effervescence créatrice. On le voit au travail, vivant de donner de pénibles leçons, composant et retouchant ses œuvres (notamment la Symphonie concertante K297b), ou s’impatientant de ne pas voir arriver la commande d’un opéra.

Tout cela donne une bande-dessinée de bonne ampleur, dense, passionnante, qui dessine avec vraisemblance un portrait sensible du jeune Mozart. À l’issue de la lecture, pourtant, celui-ci garde toujours une large part de mystère. Le portrait peu flatteur du Paris de l’époque est quant à lui renforcé par le soin et la minutie des détails, aussi bien dans les scènes d’intérieur que dans les vues extérieures (de même dans les quelques pages sur Strasbourg et Salzbourg notamment). La liberté et la créativité sont à rechercher davantage dans le rendu de personnages à la physionomie légèrement déformée à la manière de Christophe Blain (Wolfgang est vraiment petit et a vraiment un grand nez sous le crayon de Frantz Duchazeau…), et plus encore dans des passages à caractère onirique où le dessinateur joue avec virtuosité sur les échelles et sur l’image de Mozart enfant.

L’amateur de bande dessinée de qualité aussi bien que le passionné de Mozart trouveront assurément leur compte avec cet album.

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