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Féodor Chaliapine, édition complète définitive

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Féodor Chaliapine – Intégrale des enregistrements. Airs d’opéra, mélodies, chants folkloriques russes et ukrainiens, chants liturgiques orthodoxes russes, romances gitanes de Alexandrov, Eyvind Alnæs, Arkhangelski, Beethoven, Bellini, Boito, Borodine, Brahms, Chaliapine, Clarke, Delibes, Dargomyjski, Donizetti, Flégier, Glazounov, Glinka, Gounod, Gretchaninov, Grieg, Ibert, Karatygine, Kedrov, Koenemann, Korganov, Liadov, Liapounov, Lishine, Malashkine, Manykine-Nevstruev, Massenet, Meyerbeer, Moussorgski, Mozart, Nadson, Puccini, Rachmaninov, Rimski-Korsakov, Rossini, Rouget de Lisle, Rubinstein, Schubert, Schumann, Serov, Slonov, Sokolov, Strokine, Tchaïkovski, Vedel, Verdi, Verstovski, Zharov. 1 coffret 13 CD Marston 51301-2. Enregistré entre 1898 et février 1936 à Moscou, Saint-Pétersbourg, Milan, Paris, Londres, Hayes, New York City, Camden, Tokyo. ADD [mono]. Notices unilingues (anglais) excellentes avec riche iconographie. Durée totale : 16:23:32

 

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ChaliapineEnfin ! Grâce à la magie et la persévérance de Ward Marston, la voilà enfin cette intégrale définitive tant désirée depuis des décennies, que certains éditeurs avaient entreprise précédemment avec plus ou moins de bonheur : l’une en ligne (Music Online), assez inégale, incomplète et souvent filtrée dans sa réalisation technique ; l’autre chez Arbiter, plutôt correcte du point de vue sonore malgré des exemplaires assez bruités, initiée en 2000, mais hélas arrêtée en 2004 au cinquième volume…

Féodor Ivanovitch Chaliapine (1873-1938) est né dans un quartier pauvre de Kazan. La faim, l’ivresse de son père et les souffrances de sa mère ont formé ses premières impressions d’enfance. Cette existence sans joie et sans éclat l’a obligé à rechercher quelque chose de différent et hors de l’ordinaire. Un jour d’hiver, alors qu’il avait huit ans, il entra dans une église pour se réchauffer. Entendre les garçons chanter dans la chorale le faisait tellement désirer de se joindre à eux qu’il a rapidement appris à lire à vue. Mais il a dû d’abord exercer les métiers les plus divers pour subsister, ce qui le mit en contact intime avec le peuple russe pour lequel il éprouva d’emblée une profonde sympathie qu’il sut si merveilleusement exprimer par son art avec toute la noblesse qu’on lui connaît. Que ce soit dans le chant russe, italien ou français, il s’attacha surtout aux personnages de caractère et à leur psychologie, tout autant par son génie d’acteur que celui de chanteur. Ses interprétations de Boris Godounov qu’il introduisit en pionnier notamment en Angleterre et en France avec les plus grands triomphes sont devenues légendaires pour l’éternité, et à juste titre d’ailleurs.

Mais il n’y a pas que Boris : Chaliapine s’imposa en Dossifeï dans La Khovantchina de Moussorgski ; en Prince Galitzki ou en Khan Kontchak dans Le Prince Igor de Borodine ; en Ivan le Terrible dans La Pskovitaine, et en Salieri dans Mozart et Salieri de Rimski-Korsakov ; en Ivan Soussanine dans Une Vie pour le Tsar de Glinka ; en meunier dans Roussalka de Dargomyjski ; en Holopherne dans la Judith de Serov ; dans Le Démon d’Anton Rubinstein… Et tout cela pour ne citer que l’opéra russe… Attiré par l’opéra français, il marqua de sa forte personnalité le rôle de Méphistophélès dans le Faust de Gounod, crée le Don Quichotte de Massenet en 1910, et confia au disque, le 13 mars 1933, les fameuses Quatre Chansons composées par Jacques Ibert (1890-1962) pour le film Don Quichotte de Georg Wilhelm Pabst (1885-1967), dans lequel Chaliapine incarne le héros à l’écran cette même année. S’agissant d’un artiste qui avait profondément marqué son époque, des funérailles sans précédent suivirent son décès à Paris le 12 avril 1938.

Si les cylindres sont dans un état trop précaire pour mériter des auditions répétées et ne sont présents ici qu’à titre documentaire (d’ailleurs en appendice au CD 13), dès les toutes premières sessions sur disque acoustique à l’Hôtel Continental de Moscou en janvier et février 1902, et celles de Saint-Pétersbourg d’octobre 1907, de Milan en octobre 1907 et de Paris en juin 1908, nous entendons avec une étonnante clarté cette merveilleuse voix dans des pages de divers compositeurs russes, italiens et français. Également dans des chansons folkloriques russes qu’il défendra toute sa vie, le tout avec cette voix déjà si caractéristique dans toute la panoplie de la jeunesse, aux accents de ténor dans les notes les plus hautes, avec un timbre riche de baryton-basse et un vibrato léger, discret dans le registre grave, et dans la partie supérieure, une voix presque sans aucun vibrato, hormis à voix haute avec une proportion accrue de voix de poitrine. En fait, sa méthode ressemble à celle de la légendaire basse française (1851-1914) qui, selon Caruso, « chantait comme un violoncelle ». Cette technique, issue de la vieille école italienne du chant, a non seulement permis à Chaliapine de chanter des airs dans une haute tessiture, mais surtout de conserver sa voix intacte jusqu’à sa dernière session d’enregistrement à Tokyo, le 6 février 1936.

Les CDs du coffret se répartissent comme suit : CD 1 au CD 7 deux premières plages, gravures acoustiques du 23 janvier 1902 au 8 octobre 1924 ; CD 7 (suite) au CD 13 dix-sept premières plages, gravures électriques du 26 octobre 1925 au 6 février 1936 ; CD 13 (suite), cylindres (acoustiques) 1898-1902. Il est nécessaire d’insister sur le fait que Ward Marston a poussé l’intégralité du projet non seulement jusqu’à présenter le plus de versions alternatives de certains 78 tours (et souvent non publiées à l’époque), mais également jusqu’à y joindre les faces associées où l’illustre basse russe ne chante pas, mais qui sont nécessaires pour la continuité musicale : c’est notamment le cas pour les célèbres prises de son « sur le vif » en public, comme les représentations au Royal Opera House de Covent Garden du 31 mai 1926 du Mefistofele de Boito, du 22 juin 1928 du Faust de Gounod, et surtout du 4 juillet 1928 de Boris Godounov de Moussorgski.

Ward Marston confirme également sa conscience professionnelle, sa passion et son enthousiasme envers en précisant « avoir tenté de localiser tous les pressages test de Chaliapine non publiés existants, mais il est impossible de savoir ce qui existe dans les fonds de tous les collectionneurs. En fait, on pense que trois disques non publiés existent quelque part, mais ils ne sont pas encore apparus. Nous espérons que les collectionneurs nous contacteront avec des informations sur tous les enregistrements de Chaliapine qui ne sont pas inclus ici. Si tel est le cas, nous nous efforcerons de les publier. »

Enfin pour les transferts, Marston a pu disposer de plus d’une centaine de pressages vinyle de matrices originales dont on sait qu’ils sont plus silencieux que les disques à gomme laque. Le reste a été remasterisé à partir des meilleurs pressages commerciaux disponibles. Aussi il n’est guère étonnant que le résultat sonore soit exceptionnel, et on peut affirmer qu’actuellement cette réalisation est pour Ward Marston une apothéose, l’œuvre de toute une vie, en attendant bien sûr l’accomplissement futur que sera l’intégrale des gravures électriques du fameux ténor irlandais John McCormack (1884-1945) qui elle ne comptera pas moins de 16 CDs !

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