L’orgue de Mozart et Haydn selon Yves Rechsteiner et Henri-Charles Caget

À emporter, CD, Musique d'ensemble

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791). Josef Haydn (1732-1809) : œuvres pour orgue. Yves Rechsteiner, orgue. Henri-Charles Caget, percussions. Enregistré en mai 2018 à la cathédrale de Berne, Suisse. 1 CD. Durée: 68:22

 

MozHayiqueLes interprètes ont choisi dans l’œuvre immense des deux génies viennois des pièces librement adaptées pour l’orgue et les percussions, faisant ainsi briller les mille facettes de l’aspect orchestral de ce mélange original.

Mozart et Haydn n’ont écrit pour l’orgue que des pièces pour instrument mécanique (si l’on excepte quelques concertos de Haydn). Les organistes doivent donc emprunter à leur répertoire pour piano, ou transcrire des œuvres pour orchestre. L’orgue de l’époque de Mozart et Haydn cherche à imiter les effets de l’orchestre ; dès la fin du XVIIIe siècle, les facteurs d’orgues dotent leurs instruments de registres imitant le rossignol, le roulement des timbales, les effets d’orage… On retrouvera ces accessoires de percussions tout au long du XIXe siècle, particulièrement dans les orgues italiens. C’est à ce monde sonore qu’ et ont voulu rattacher leurs transcriptions. Leur parfaite complicité donne l’impression que tous les effets de percussion proviennent de l’intérieur de l’orgue et ne font qu’un avec lui. C’est aussi la prouesse technique de cet enregistrement qui, grâce à une véritable forêt de micros, permet de faire entendre chaque détail du jeu subtil de cette interprétation, d’une précision quasi horlogère (on est en Suisse !) en même temps que d’une liberté débridée.

Après ses enregistrements de Rameau et de Berlioz, Yves Rechstreiner porte ici très haut l’art de la transcription. Il se révèle là en véritable coloriste, comme dans les variations beethovéniennes sur La ci darem la mano du Don Giovanni de Mozart. L’Andante de la symphonie La surprise de Haydn offre un régal d’effets pittoresques contrastés, depuis le subtil carillon et les chants d’oiseaux jusqu’aux roulements de tambour qui accompagnent le forte de l’orgue et au fameux coup de timbale qui donna son titre à l’œuvre. Dans certains mouvements de symphonies de Haydn, il nous semble parfois entendre un orgue Wurlitzer de cinéma (particulièrement dans le Presto de la Symphonie n°92), eux aussi pourvus de percussions. Dans le célèbre Rondo alla turca de Mozart, typique de l’engouement de l’époque pour les turqueries, on voit véritablement défiler devant nous la troupe des janissaires, comme le permettaient certains pianoforte accessoirisés. Enfin, l’enregistrement se clôt par la grande Fantaisie en ut mineur de Mozart dont les percussions soulignent le caractère angoissé, ponctué par les notes graves jouées à l’orgue sur la pédale de 32 pieds.

Les interprètes créent ainsi un univers sonore très personnel, où les percussions renforcent le caractère descriptif et les affects de ces musiques. Et comme le dit dans le texte du livret, on peut imaginer que Mozart « aurait bien rigolé s’il avait été là ».

Banniere-ClefsResmu-ok

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.