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Nouvelle Madame Butterfly du Centre Lyrique Clermont-Auvergne

La Scène, Opéra, Opéras

Clermont-Ferrand. Opéra Théâtre. 19-I-2019. Giacomo Puccini (1858-1924) : Madame Butterfly, tragédie japonaise en trois actes sur un livret de Luigi Illica et Giuseppe Giacosa. Mise en scène : Pierre Thirion-Vallet. Décor : Frank Aracil. Costumes : Véronique Henriot. Maquillages et coiffure : Marie-Christine Beaubrun. Lumières : Véronique Marsy. Avec : Noriko Urata, Madame Butterfly ; Magali Paliès, Suzuki ; Antonel Boldan, B. F. Pinkerton ; Pauline Feracci, Kate Pinkerton ; Jean-Marc Salzmann, Sharpless ; Joseph Kauzman, Goro ; François Lilamand, Le prince Yamadori ; Benoit Gadel, l’oncle Bonzo ; Matthias Rossbach, Yakusidé ; Aurélien Pernay, Le commissaire impérial ; Katia Anapolskaya, la mère de Madame Butterfly ; Christine Rigaud, la tante ; Elodie Romand, la cousine. Chœur du Centre Lyrique Clermont-Auvergne. Orchestre Les Métamorphoses, direction : Amaury du Closel

BUTTERFLY-1-0001webLes trois premières représentations de cette nouvelle production de Madame Butterfly par le Centre Lyrique Clermont-Auvergne et Opéra Nomade précèdent un plus grand nombre en Ile-de-France, dans une mise en scène classique et respectueuse.

Remarquée dans La Petite Renarde rusée que ResMusica avait chroniquée à Besançon, excelle ce soir sur une scène qu’elle connaît bien depuis sa victoire au concours international de chant à Clermont en 2005. Déjà abordé il y a longtemps en version de concert, le rôle de Cio-Cio San est véritablement fait pour la soprano japonaise, bien au-delà d’origines similaires qui n’expliquent pas à elles seules la réussite de cette incarnation. Parée des magnifiques costumes de Véronique Henriot réalisés par quatre couturières de l’Atelier du Centre Lyrique, transmet le caractère juvénile de cette jeune fille d’une quinzaine d’années par une attitude enfantine et des inspirations rêveuses au premier acte. Son entrée marquée par des phrases aériennes, délicates et mélancoliques décline vers un érotisme raffiné lors du duo d’amour à la fin de l’acte. Mais la chanteuse montre par la suite qu’elle a les épaules assez larges pour assumer pleinement un opéra dont le sort et l’évolution du rôle-titre constituent l’unique ressort du drame. Voilà donc une voix forte d’une projection puissante sur toute la tessiture, sans fatigue apparente tout au long du spectacle malgré l’endurance nécessaire au rôle ; voilà aussi des aigus dardés sans failles ne faisant pas obstacle à un chant toujours nuancé et au service de l’expressivité ; voilà surtout des mots qui vibrent tout naturellement dans la bouche de .

À ses côtés, ne détient pas toujours les bonnes cartes pour rendre honorablement justice à Pinkerton. Un jeu scénique assez scolaire répond à un chant quelque peu limité face à la tessiture tendue des interventions de l’époux de Madame Butterfly. Les aigus serrés poussent le ténor dans ses derniers retranchements, celui-ci marquant au fur et à mesure sa prestation par une fatigue apparente. Peu assuré, semble regarder la baguette d’ avec un brin d’appréhension, son corps marquant même discrètement la battue du chef d’orchestre.

Les seconds rôles sont menés honorablement, la mise en scène leur faisant la part belle et particulièrement celui de Suzuki que mène sans pâlir une seule seconde. D’une servante discrète à une amie compatissante, la mezzo-soprano, lauréate en 2009 et 2011 du concours international de chant clermontois, fait évoluer son personnage de belle manière, par une sobriété de bon aloi et une conviction indispensable pour convaincre.

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Visuellement, la mise en scène classique de , directeur du Centre Lyrique Clermont-Auvergne, réunit les qualités essentielles que sont la limpidité et l’efficacité. Le décor unique de Frank Aracil est ainsi naturellement influencé de l’art de vivre à la japonaise où la pureté des lignes des claustras, le minimalisme de l’intérieur de la maison des jeunes mariés, et la poésie de fleurs de cerisier apportent le juste raffinement nécessaire. Tout aussi coutumier, le fond lumineux coloré stylise l’ensemble de la scène, accompagnant le sort de la jeune geisha en passant d’un bleu chatoyant à un rouge sanguinaire. L’utilisation d’une poupée grossière de chiffons pour l’enfant de Cio-Cio San est à mettre en regard avec le mariage de la jeune femme : un leurre auquel seule la Japonaise pleine d’amour croyait.

L’effectif réduit des chœurs, ici limités à huit voix féminines puis deux masculines, comme de l’ composé d’une petite trentaine de musiciens, ne dénature pas le dramatisme de Puccini grâce au sérieux et à l’investissement d’une fosse menée efficacement par . Évidemment, l’ampleur orchestrale n’est pas attendue, mais les envolées tragiques de l’ouvrage répondent à l’appel, cette configuration donnant aussi toute sa délicatesse au chœur de femmes du premier acte, comme à la coloration orientale sortie tout droit de l’imagination de Puccini.

Crédits photographiques : © Ludovic Combe

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