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Douze études ou l’hommage de Karol Beffa à Ligeti

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Karol Beffa (né en 1973) : Douze études. Tristan Pfaff, piano. 1 CD Ad Vitam. Enregistré à l’auditorium de l’Orchestre national d’Île-de-France à Alfortville en juillet 2018. Livret bilingue (français, anglais). Durée : 63:00

 

douze-etudes300Après En blanc et noir, son enregistrement récent d’improvisations, le compositeur confie l’intégralité de ses Douze Études pour piano à .

Pour sa première œuvre d’ampleur pour piano seul, , improvisateur virtuose, choisit la forme de l’étude. Une forme qui permet une expression condensée des choix esthétiques d’un compositeur, mais également dans laquelle la contrainte stimule l’imagination. Pensons à celles de Debussy, par exemple. Ces deux cahiers d’études, composés entre 2000 et 2011 et créés dans leur intégralité en 2014, rassemblent six premières pièces courtes (six minutes et demi maximum) et ramassées autour d’une idée simple, et six autres, souvent plus rythmées, de construction plus complexe, et plus longues.

L’œuvre laisse une impression partagée. La richesse de l’entrelacement des voix, la virtuosité rythmique et la capacité à instaurer un climat de mystère séduisent sans doute. L’interprétation convaincue de y contribue largement. Le pianiste maîtrise une partition difficile, à l’instar des plus fameuses études pour piano du répertoire, restant toujours limpide, même dans les enchevêtrements les plus complexes de voix (études 3 et 7), incisif et percutant (études 5, 8 et 12, saisissantes), ou délicat (études 4 et 6, envoûtantes, évoquant parfois Debussy). Pourtant, l’alternance de ces climats semble parfois redondante et le recours à certaines techniques un peu systématique : rythmes syncopés, descentes chromatiques, mouvement perpétuel. Certaines études, efficaces sur l’instant, résistent moins à une réécoute.

Difficile aussi d’oublier l’admiration du compositeur pour Ligeti, auquel il a consacré une imposante monographie, et à ses Études, objet d’une thèse. Ces études ne laissent d’évoquer les « clouds and clocks » de Ligeti, comme le rappelle d’ailleurs également le livret. Œuvre pour voix de femmes et orchestre, Clouds and clocks évoque par extension deux façons de ressentir le temps, diffuse et continue pour la première, pulsée et rythmée, reposant sur des mouvements perpétuels, pour la seconde. On peut penser au temps strié / temps lisse théorisé par Pierre Boulez. Ainsi, les études 1, 6 ou 7 instaurent-elles un climat contemplatif ou mystérieux, avec des répétitions de motifs chromatiques et répétés, des cascades de notes. Les études 2, 5 ou 10 ont recours aux rythmes syncopés, parfois proches du jazz, à des staccatos véloces (étude 8). Ces types de temporalités peuvent aussi se croiser, comme dans l’étude 3. Il y a donc une forme d’hommage au maître hongrois. La filiation au répertoire ou au jazz pourra peut-être décevoir ou agacer certains. Il reste que ces études posent plus que jamais la question de la place de la mémoire dans la composition, l’intégration du passé dans un univers personnel. En bonus, Trois chorals dans le style de Bach rappellent, s’il était besoin, le goût pour le pastiche d’un compositeur sur le fil entre histoire et création.

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Karol Beffa (né en 1973) : Douze études. Tristan Pfaff, piano. 1 CD Ad Vitam. Enregistré à l’auditorium de l’Orchestre national d’Île-de-France à Alfortville en juillet 2018. Livret bilingue (français, anglais). Durée : 63:00

 
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