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Le dialogue amoureux du violon et de la viole d’Erlebach

À emporter, CD, Musique d'ensemble

Philipp Heinrich Erlebach (1657-1714) : six sonates en trio pour violon, viole de gambe et basse continue. Ensemble L’Achéron, direction : François Joubert-Caillet. Enregistré à l’église Notre-Dame de Centeilles en avril 2018. 1 CD Ricercar. Durée : 69:02

 

ErlebachAprès nous avoir régalés avec le répertoire anglais pour consort de violes, l’Achéron de François Joubert-Caillet nous emmène en Thuringe sur les traces de .

Ce musicien, attaché à la cour de Rudolstadt à la fin du dix-septième siècle, est trop mal connu, à l’instar de ses contemporains Reincken ou Krieger. Cela est en partie dû à l’incendie du château de Rudolstadt dans lequel ses compositions sont parties en fumée en 1735. Il nous reste les œuvres qui ont été publiées de son vivant, dont ces six Sonate a violino e viola da gamba colo suo basso continuo éditées en 1694.

Jamais les goûts réunis entre Italie et France n’auront été mieux illustrés : chaque sonate en trio d’Erlebach commence par une sonate italienne en trois mouvements suivie par une suite française en quatre danses. Et les deux instruments qui dialoguent à part égale sont les étendards respectifs de ces deux styles : le violon pour l’Italie, et la viole de gambe pour la France. Entre les deux, la réalisation de la basse continue sert de lien et réconcilie les deux instruments de la plus belle des façons. C’est ce même modèle que l’on retrouve dans les sonates de Buxtehude. Ici, c’est plus un dialogue amoureux qu’une joute entre rivaux qui est évoqué entre le violon (féminin ?) et la viole (masculin ?). Ceci est particulièrement sensible dans les sarabandes à variations qui concluent les sonates, et dans le début de la Sonata sesta. Et si les dialogues en imitation sont un procédé typiquement italien, les lignes mélodiques empruntent clairement leurs affects à la langue française.

Le violon de chante tout en délicatesse, paré d’une ornementation sensible. Deux des sonates font appel à l’accord en scordatura, une autre demande un violon piccolo, mais le résultat sonore est si lumineux qu’on oublie la prouesse technique. La basse de viole de François Joubert-Caillet lui répond sur le même registre, lyrique et souple. Quant au continuo, il offre un tapis moelleux à leurs ébats amoureux. Ce que fait au clavecin et à l’orgue est un modèle du genre : ses accords se fondent dans le discours, le soutiennent et le mettent en valeur, avec la complicité de l’archiluth de .

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